À l’ONU, les voix de la Shoah face au retour de la haine
La grande salle de l’Assemblée générale était comble, mardi à New York, pour la journée internationale consacrée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. En présence du chef des Nations Unies et de dizaines de délégations, la cérémonie a mis au centre celles et ceux dont la voix se fait chaque année plus rare : les survivants..
Chaque 27 janvier, l’ONU commémore la libération du camp d’Auschwitz en 1945, marquant la fin de l’Holocauste. Cette date rappelle l’extermination de six millions de Juifs par les nazis, mais aussi celle d’autres groupes comme les Roms, les Sintis, les personnes handicapées et les personnes LGBTIQ+. En 2026, cette cérémonie a pris une dimension urgente, soulignant que la mémoire de ces événements ne doit pas rester dans le passé. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a insisté sur la nécessité de lier cette mémoire aux enjeux actuels, comme la montée des discours de haine et des violences antisémites. La cérémonie a débuté par une minute de silence en hommage aux victimes, suivie de témoignages de survivants.
Quatre survivantes de la Shoah ont partagé leurs récits à l’ONU. Evelyn Konrad, 97 ans, a évoqué la perte de sa famille, dont sa grand-mère déportée à Treblinka, un camp d’extermination nazi en Pologne. Sara Weinstein, née en 1935 en Ukraine, a décrit sa survie dans la forêt pendant trois ans, cachée avec sa mère, qui est morte en la protégeant. Marion Blumenthal Lazan, née en 1934 en Allemagne, a raconté son passage par les camps de Westerbork et Bergen-Belsen, où elle a joué à un jeu symbolique pour sauver sa famille. Halyna Tomenko, survivante rom, a souligné l’oubli historique entourant le génocide des Roms, perpétré par balles et sans registres officiels. Leurs témoignages rappellent que la Shoah a commencé par des mots, des lois et l’indifférence avant de mener à l’extermination.
Les intervenants ont rappelé que la Shoah n’a pas surgi brutalement, mais s’est construite progressivement. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a qualifié la Shoah de « avertissement » contre la négation du passé et l’instrumentalisation des discours de haine. Annalena Baerbock, présidente de l’Assemblée générale, a souligné que la violence a commencé par des lois, des mots et le silence des voisins. Volker Türk a appelé à des lois interdisant la discrimination et à des responsables politiques unificateurs. Ces déclarations reflètent une préoccupation croissante face à la résurgence de l’antisémitisme et des discours de haine, notamment sur les réseaux sociaux.
L’ONU a mis en place plusieurs programmes pour lutter contre l’antisémitisme et les discours de haine. Le Programme de sensibilisation des Nations Unies sur l’Holocauste promeut l’enseignement de l’Holocauste et combat sa négation via des expositions en ligne et des ressources pédagogiques. Le Bureau des Nations Unies pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger identifie les signes avant-coureurs de génocides et de crimes connexes. Un cours en ligne gratuit est proposé à tous les employés de l’ONU pour reconnaître et combattre les discours de haine. L’initiative #NoToHate encourage la tolérance et l’inclusion, avec des ressources adaptées aux enfants. Ces actions s’inscrivent dans un plan global pour renforcer la surveillance et la réponse face à l’antisémitisme.
Une étude de l’UNESCO, publiée à l’occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, révèle une augmentation alarmante de l’antisémitisme dans les écoles. Sur plus de 2 000 enseignants interrogés dans 23 pays de l’Union européenne, 78 % ont été confrontés à des incidents antisémites en classe. Plus de 60 % ont entendu des propos négationnistes ou des distorsions de l’Holocauste, et 10 % ont rapporté des agressions physiques contre des élèves juifs. Pourtant, 70 % des enseignants n’ont reçu aucune formation spécifique pour y faire face. Ces chiffres illustrent l’urgence d’agir, alors que la haine se propage rapidement, notamment via les réseaux sociaux.
Les survivantes et les responsables de l’ONU ont insisté sur le fait que se souvenir de la Shoah ne suffit pas. La mémoire doit se transformer en vigilance active pour prévenir la répétition de tels crimes. Volker Türk a appelé à protéger l’avenir en luttant contre la haine et la discrimination, tandis que les survivantes ont rappelé que les traumatismes se transmettent et que la force réside dans la transmission de cette mémoire. La cérémonie a souligné que la Shoah reste un avertissement, et que son enseignement doit servir à protéger les générations futures contre les mécanismes de déshumanisation et de persécution.

