Raser l’enfance
À Paris, dans plusieurs foyers distincts relevant de l’Aide sociale à l’enfance, des enfants ont eu le crâne rasé. Les âges ne sont pas les mêmes, les lieux ne se recouvrent pas, les justifications avancées diffèrent ; le geste, en revanche, se répète. Et c’est cette répétition – plus que l’exception – qui oblige à en interroger la portée politique, institutionnelle et symbolique. Rediffusion d’un article du 14 janvier 2026. L’article Raser l’enfance est apparu en premier sur AOC media - Analyse Opinion Critique.
Résumé
Rasage d'enfants
Dans plusieurs foyers parisiens relevant de l’Aide sociale à l’enfance, des enfants ont été rasés de force.
Ces événements se sont produits dans des lieux distincts, à des dates différentes et avec des justifications variables.
Cependant, le geste lui-même – le rasage du crâne – s’est répété à plusieurs reprises, ce qui soulève des questions sur sa signification politique, institutionnelle et symbolique.
Par exemple, dans le 13e arrondissement, à Paris, un enfant de huit ans nommé Eliott a été rasé en guise de sanction disciplinaire dans un foyer géré par l’association Jean-Cotxet.
Le rasage n’a pas été réalisé en secret : il a été filmé et diffusé dans une boucle WhatsApp professionnelle entre éducateurs, ce qui suggère que l’humiliation de l’enfant faisait partie intégrante de la punition.
Détails de la scène
La scène de rasage a été décrite avec précision : l’enfant, Eliott, était assis sur une chaise, torse nu, les bras croisés sur sa poitrine dans un geste d’autoprotection.
Une éducatrice maintenait sa tête immobile tandis qu’une autre actionnait la tondeuse.
Le crâne était déjà à moitié rasé, avec une ligne irrégulière séparant la peau nue d’une mèche de cheveux résiduelle.
Les cheveux tombaient au sol par plaques, comme des déchets ordinaires.
L’enfant ne criait pas et ne bougeait pas, son regard ne rencontrant aucun regard.
Un éducateur présent a lancé une moquerie en disant : « On va t’appeler double-face », tandis qu’un autre enfant assistant à la scène a comparé l’enfant rasé à Aladin.
Le silence de l’enfant contrastait avec l’activité des adultes, qui parlaient et commentaient probablement la scène.
Contexte institutionnel
Ces événements se déroulent dans des foyers relevant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), un dispositif français chargé de protéger les mineurs en danger.
Les foyers comme celui de Jenner, géré par l’association Jean-Cotxet, accueillent des enfants placés pour des raisons variées (maltraitance, négligence, etc.).
L’article souligne que le rasage n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une série d’incidents graves au sein de ces structures.
Par exemple, il mentionne la mort de Lily en 2024, ainsi que celles de Méline (11 ans, pendue en 2023) et Kimberley (15 ans, décédée en 2021).
Ces drames illustrent des dysfonctionnements récurrents dans la prise en charge des enfants protégés.
Portée politique et symbolique
L’auteur de l’article, Sylvain George, interroge la portée politique et symbolique de ces actes.
Le rasage forcé d’un enfant peut être analysé comme un symbole de domination et de contrôle, où le corps de l’enfant devient un terrain d’expression du pouvoir des adultes.
Cette pratique rappelle des mécanismes historiques de punition et d’humiliation, comme ceux décrits par Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975), où la punition ne vise pas seulement à corriger, mais aussi à marquer socialement le corps du puni.
L’humiliation publique, comme la diffusion de la vidéo, renforce cette dimension symbolique, transformant l’enfant en objet de moquerie et de spectacle.
Analyse des mécanismes
L’article s’appuie sur des concepts sociologiques et philosophiques pour expliquer ces mécanismes.
Par exemple, il cite Erving Goffman (Asiles, 1968), qui analyse comment les institutions totales (comme les foyers pour enfants) façonnent les identités des individus en les soumettant à des rituels de dégradation.
Il évoque aussi Mary Douglas (De la souillure, 2005), qui étudie comment les sociétés associent certaines pratiques (comme le rasage) à des notions de pureté ou de souillure.
Enfin, il mentionne Judith Butler (Ce qui fait une vie, 2010), qui montre comment la violence physique et symbolique peut nier l’humanité d’une personne, notamment celle des enfants.
Réactions et conséquences
L’humiliation subie par Eliott a été signalée à la justice, mais l’article ne précise pas les suites judiciaires ou disciplinaires données à ces événements.
Il souligne cependant que ces pratiques ne sont pas des exceptions, mais s’inscrivent dans un contexte plus large de violences institutionnelles.
L’auteur invite à interroger les conditions qui permettent de telles pratiques : manque de formation des éducateurs, absence de contrôle efficace, ou encore une culture institutionnelle qui normalise la punition humiliante.
Ces questions rejoignent des débats plus larges sur la protection de l’enfance et les droits des mineurs placés.
Commentaires (0)
Connecte-toi pour commenter
Se connecterAucun commentaire pour le moment.
Découvre plus de contenu sur Napseflow


