NapseflowNapseflow
Article externe

Canicule et loi agricole : « Les "assoiffeurs" profitent des crises pour renforcer leur mainmise sur l'eau »

Reporterre· 1 juillet 2026

Alors que la vigilance sécheresse s'étend à plus de 80 départements, la loi agricole, examinée au Sénat, risque de renforcer davantage la mainmise du secteur sur l'eau, écrivent les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik. Fabien Benoit et Nicolas Celnik, sont journalistes indépendants, auteur…

Résumé

1

Canicule et crise de l'eau

L'article aborde la situation de sécheresse extrême en France, aggravée par des températures record lors des canicules de 2022 et 2023.

Ces épisodes de chaleur intense ont entraîné une baisse significative des niveaux d'eau dans les sols et les cours d'eau, mettant en lumière les tensions autour de la gestion de cette ressource.

Le terme canicule désigne une période de forte chaleur prolongée, souvent accompagnée de nuits tropicales (températures nocturnes supérieures à 20°C).

Ces phénomènes sont de plus en plus fréquents en raison du changement climatique, ce qui aggrave les pressions sur les ressources hydriques.

L'article souligne que cette sécheresse n'est pas seulement naturelle, mais aussi le résultat de choix politiques et économiques qui favorisent certains usages de l'eau au détriment d'autres.

2

Loi agricole et urgence

Un projet de loi agricole, présenté comme une réponse à la sécheresse, est critiqué pour ses dispositions perçues comme favorisant les grands groupes industriels au détriment des petits agriculteurs et des écosystèmes.

Ce texte, souvent appelé loi d'urgence agricole, vise à adapter les pratiques agricoles aux contraintes climatiques, mais ses détracteurs y voient un outil pour renforcer le pouvoir des grands groupes (entreprises agroalimentaires et industrielles) sur la gestion de l'eau.

Ces groupes sont surnommés les « assoiffeurs » par leurs opposants, car ils seraient les principaux bénéficiaires de mesures permettant de prélever davantage d'eau pour des cultures intensives ou des activités industrielles, au détriment des besoins domestiques ou environnementaux.

La loi est actuellement en discussion au Parlement français.

3

Conflit d'usages de l'eau

L'article met en lumière les conflits d'intérêts autour de l'eau, une ressource vitale mais limitée.

En France, l'eau est gérée selon un principe de priorité d'usage, où les besoins domestiques (eau potable) sont censés primer sur les usages agricoles ou industriels.

Cependant, les « assoiffeurs » seraient en train de contourner ce principe en obtenant des dérogations ou des autorisations pour prélever de l'eau en période de sécheresse, au nom de la sécurité alimentaire ou de la compétitivité économique.

Par exemple, des entreprises comme Veolia ou Suez (spécialisées dans la gestion de l'eau) ou des coopératives agricoles comme Terres Inovia (qui représente les producteurs de grandes cultures) seraient parmi les principaux acteurs de cette mainmise.

Ces pratiques exacerbent les inégalités d'accès à l'eau, notamment pour les petits agriculteurs ou les collectivités locales.

4

Impact sur les écosystèmes

Les prélèvements massifs d'eau par les industries et l'agriculture intensive ont des conséquences dramatiques sur les écosystèmes aquatiques.

Les cours d'eau et les nappes phréatiques voient leurs niveaux baisser, mettant en danger des espèces animales et végétales déjà fragilisées par le changement climatique.

Par exemple, des poissons comme le saumon ou l'anguille, ainsi que des plantes aquatiques, disparaissent progressivement dans certaines régions.

Les zones humides, qui jouent un rôle clé dans la régulation des flux d'eau et la biodiversité, sont également menacées.

En France, près de 50 % des zones humides ont disparu depuis le début du XXe siècle en raison de l'urbanisation, de l'agriculture intensive et des prélèvements d'eau.

Ces écosystèmes sont pourtant essentiels pour filtrer l'eau, limiter les inondations et stocker le carbone.

5

Réactions des associations

Face à cette situation, des associations environnementales comme France Nature Environnement ou Les Amis de la Terre dénoncent une gestion de l'eau qui privilégie les intérêts économiques à court terme au détriment de la durabilité.

Elles soulignent que les « assoiffeurs » profitent des crises pour imposer leurs modèles, sans tenir compte des alertes scientifiques sur l'épuisement des ressources.

Par exemple, en 2022, plus de 700 communes en France ont connu des restrictions d'eau, et 20 % des nappes phréatiques étaient en situation de stress hydrique (niveau anormalement bas).

Les associations appellent à une réforme de la gestion de l'eau, incluant une meilleure régulation des prélèvements, une tarification progressive pour limiter le gaspillage et une protection renforcée des écosystèmes.

6

Propositions pour l'avenir

Pour répondre à cette crise, plusieurs pistes sont évoquées dans l'article.

La première consiste à revoir les règles d'attribution de l'eau, en instaurant des quotas stricts pour les usages industriels et agricoles, et en réservant une part minimale aux écosystèmes.

Une autre proposition est de développer des infrastructures vertes, comme la restauration des zones humides ou la création de bassins de rétention, pour mieux gérer les ressources en période de sécheresse.

Enfin, certains experts plaident pour une démocratisation de la gestion de l'eau, en associant davantage les citoyens et les collectivités locales aux décisions.

L'objectif est de passer d'une logique de profit à une logique de durabilité, où l'eau serait considérée comme un bien commun plutôt qu'une marchandise.

Commentaires (0)

Connecte-toi pour commenter

Se connecter

Aucun commentaire pour le moment.

Voir aussi

Plus de contenus dans cette catégorie →

Découvre plus de contenu sur Napseflow