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Géopolitique

L’exceptionnelle intervention conjointe de Tokyo et Washington pour soutenir le yen

Courrier International · mis à jour il y a 3 h

Soucieux d’améliorer sa balance commerciale et d’éviter une augmentation de ses taux d’intérêt, le Trésor américain a soutenu la monnaie japonaise en achetant des yens. Une initiative rare, mais dont les effets pourraient être de courte durée, estime la presse japonaise..

Faiblesse historique du yen

Le yen japonais a atteint une valeur historiquement basse le 28 juillet 2026, avec un taux de change de près de 164 yens pour un dollar américain. Cette situation marque la plus forte dépréciation de la devise depuis 1986. Depuis 2020, le yen est en déclin continu, ce qui pose des défis économiques pour le Japon. Une devise faible signifie que les produits japonais deviennent moins chers à l’exportation, ce qui peut avantager les entreprises nippones sur les marchés internationaux. Cependant, cette faiblesse a aussi des effets négatifs, comme une inflation accrue dans le pays, car les importations deviennent plus coûteuses. Le yen est la monnaie officielle du Japon, utilisée par environ 126 millions d’habitants.

Intervention conjointe rare

Face à cette situation, le Japon a décidé d’intervenir sur le marché des changes le 31 juillet 2026 pour soutenir la valeur de son yen. Une intervention sur le marché des changes consiste pour une banque centrale à acheter ou vendre sa propre monnaie afin d’en influencer le cours. Cette opération n’est pas nouvelle pour le Japon, qui y a recours régulièrement depuis plusieurs années. Cependant, ce qui est exceptionnel ici, c’est l’implication directe des États-Unis. Le département du Trésor américain a participé en achetant également des yens, une première depuis 1998. Le montant exact de cette intervention n’a pas été révélé, mais le résultat a été immédiat : le yen s’est légèrement renforcé, passant à 156 yens pour un dollar. Cette collaboration entre Tokyo et Washington est rare, car elle ne se produit généralement qu’en cas de crise majeure, comme une catastrophe naturelle ou une crise monétaire.

Motivations américaines

Les États-Unis ont accepté d’aider le Japon pour deux raisons principales. D’abord, Donald Trump, alors président américain, considère que la faiblesse du yen favorise injustement les exportations japonaises vers les États-Unis. En d’autres termes, les produits japonais deviennent moins chers aux États-Unis, ce qui peut désavantager les entreprises américaines. Ensuite, Washington craignait que l’intervention japonaise ne perturbe les marchés financiers américains. Pour soutenir le yen, le Japon devait vendre des obligations américaines à court terme, ce qui aurait pu faire monter les taux d’intérêt à long terme aux États-Unis. Les taux d’intérêt représentent le coût d’emprunt de l’argent et influencent l’économie. Une hausse des taux pourrait freiner la croissance économique américaine.

Ce que ça pourrait changer

Malgré cette intervention conjointe, les effets pourraient être temporaires, selon les analystes. Le *Nihon Keizai Shimbun*, un journal économique japonais, souligne que les problèmes de fond ne sont pas résolus. Par exemple, la faiblesse du yen continue d’alimenter l’inflation au Japon, car les importations deviennent plus chères. Pour y remédier, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a annoncé des mesures pour soutenir le pouvoir d’achat, comme une réduction de la TVA sur les produits alimentaires de 8 % à 1 % à partir d’avril 2027. Cependant, cette politique pourrait aggraver la dette publique japonaise, qui représente déjà 250 % du PIB du pays. La dette publique correspond à l’ensemble des emprunts contractés par un État. Enfin, certains experts estiment que cette opération n’a fait que gagner du temps sans apporter de solution durable aux déséquilibres économiques.

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