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Mbappé ne défend pas ? Et si, au football comme dans l’entreprise, le débat était mal posé ?

<name>Laurent Modolo, Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université Bourgogne Europe</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/laurent-modolo-2708908"/>· 9 juillet 2026

Le footballeur Kylian Mbappé est parfois critiqué pour son jeu insuffisamment défensif. Or, ces propos se basent sur ce qu’ils voient en ignorant les consignes qui lui ont été données. Au-delà du football, cette attitude se retrouve souvent dans le monde professionnel. Elle révèle surtout un dysfon…

Résumé

1

Mbappé critiqué à tort

Kylian Mbappé, joueur de football et capitaine de l'équipe de France, est parfois critiqué pour ne pas défendre suffisamment.

Ces reproches s'appuient sur des observations visibles, comme ses déplacements ou son absence de pressing, mais ignorent les consignes précises de son entraîneur, Didier Deschamps.

Ce dernier lui a attribué un rôle spécifique dans l'axe offensif et lui a confié le brassard de capitaine, ce qui implique une responsabilité différente de celle des autres joueurs.

Sans connaître ces directives, juger son comportement revient à évaluer une action sans en comprendre le contexte, ce qui peut conduire à des conclusions erronées.

Par exemple, lors des critiques accumulées avant le Mondial 2026, des statistiques sur son faible volume d'actions défensives ont été mises en avant, mais peu d'observateurs savaient précisément ce que Deschamps attendait de lui.

2

Norme implicite trompeuse

Dans le football comme dans le monde professionnel, une norme implicite suggère que « tout le monde doit défendre » ou que « un bon salarié est visible à son poste ».

Cette affirmation devient une règle non écrite, selon laquelle celui qui ne respecte pas ce comportement dévie des attentes.

Pourtant, cette norme suppose que tous les individus, quel que soit leur rôle, doivent adopter le même comportement, ce qui est rarement le cas.

Par exemple, un commercial qui prospecte ou un manager qui coordonne des équipes ne produit pas toujours des actions directement visibles, mais cela ne signifie pas qu'il ne remplit pas ses missions.

Cette erreur de raisonnement est fréquente car elle repose sur des signes faciles à observer, comme la présence physique ou l'activité apparente, plutôt que sur les objectifs réels assignés.

3

Comportement vs objectifs

Un comportement observable, comme marcher sur un terrain ou quitter le bureau à 17 heures, ne reflète pas nécessairement l'effort ou l'efficacité d'une personne.

Par exemple, un salarié qui part à l'heure peut avoir terminé ses tâches, tandis qu'un autre qui reste tard pourrait simplement compenser une mauvaise organisation.

De même, un manager en réunion toute la journée semble inactif aux yeux de certains, alors que son rôle consiste précisément à coordonner des équipes.

L'erreur commune est de juger l'activité visible sans connaître l'objectif assigné.

Didier Deschamps a placé Mbappé dans un rôle offensif, où son efficacité dépend de la coordination avec ses coéquipiers, et non de ses actions défensives individuelles.

Cette distinction entre ce qui est visible et ce qui est demandé est cruciale pour éviter des évaluations injustes.

4

Erreur fréquente en entreprise

Cette erreur de jugement, qui consiste à évaluer une personne sur ce qui est visible plutôt que sur ce qui lui a été demandé, est très répandue dans le monde professionnel.

Elle génère souvent un sentiment d'injustice chez les salariés, qui ont l'impression d'être évalués sur des critères inadaptés.

Par exemple, un commercial peut être jugé peu impliqué parce qu'il passe ses journées en rendez-vous clients, alors que prospecter et négocier font partie intégrante de son métier.

De même, un employé qui quitte le bureau à l'heure peut être perçu comme moins engagé, alors qu'il a peut-être terminé ses missions.

Ces jugements reposent sur des normes culturelles implicites, comme la valorisation de la présence physique ou de la disponibilité permanente, qui ne reflètent pas toujours la réalité des objectifs assignés.

5

Attentes floues, évaluations biaisées

Lorsque les attentes d'une organisation ne sont pas clairement définies et communiquées, chaque individu interprète les comportements selon ses propres critères.

Certains valorisent la présence, d'autres la réactivité ou la disponibilité, ce qui crée une asymétrie dans les évaluations.

Par exemple, un salarié peut être jugé sur sa capacité à rester tard au bureau, tandis qu'un autre est évalué sur sa productivité.

Cette absence de cadre partagé explique pourquoi de nombreux employés ressentent une injustice : ils estiment être jugés sur des critères inadéquats, comme la visibilité de leur travail plutôt que sur leur contribution réelle.

Didier Deschamps, en attribuant un rôle précis à Mbappé, illustre cette nécessité de clarifier les attentes pour éviter des interprétations erronées.

6

Solution : clarifier les rôles

Pour éviter les jugements hâtifs et les évaluations biaisées, il est essentiel de rendre les attentes explicites, tant pour les collaborateurs que pour ceux qui les observent.

Cela implique de définir clairement les rôles, les objectifs et les critères d'évaluation pour chaque poste.

Par exemple, dans le football, Didier Deschamps a attribué à Mbappé un rôle offensif, ce qui explique pourquoi ses actions défensives ne sont pas prioritaires.

Dans une entreprise, cela pourrait signifier formaliser les missions d'un commercial ou d'un manager, afin que leurs contributions soient évaluées à l'aune de leurs objectifs réels et non de leur visibilité.

Cette clarification permet de réduire les sentiments d'injustice et d'améliorer la cohérence des évaluations, tant dans le sport que dans le monde professionnel.

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