Inspection du hijab, gifle, arrestation : le quotidien sous le régime taliban
Une femme est interpellée pour avoir fait ses courses seule. Le commerçant qui l'a servie est giflé puis emmené pour être interrogé. Une enseignante est refoulée à l'entrée de sa propre école parce qu'elle ne porte pas le vêtement jugé conforme.
Résumé
Restrictions vestimentaires strictes
Entre avril et juin 2026, les autorités talibanes en Afghanistan ont renforcé les règles concernant le port du hijab, un voile couvrant la tête et le corps selon leurs critères.
Entre le 6 et le 8 juin, au moins 30 femmes ont été arrêtées à Hérat pour avoir porté un hijab jugé « inapproprié ».
Le 19 juin, le ministère de facto du Hajj et des Affaires religieuses a diffusé un document de dix pages précisant les exigences : le voile doit couvrir l’ensemble du corps sauf les yeux, être ample, épais, sans ornement ni parfum.
Ces règles s’appliquent à toutes les femmes, y compris les commerçantes et les patientes dans les établissements de santé.
Par exemple, à Kandahar, des magasins vendant des produits cosmétiques ont reçu l’ordre de refuser l’entrée aux femmes non accompagnées d’un mahram, un tuteur masculin obligatoire.
Ces mesures illustrent la volonté des talibanes de contrôler strictement l’apparence et les déplacements des femmes, sous peine d’arrestations ou de châtiments.
Contrôle des déplacements féminins
Depuis 2021, les talibanes imposent aux femmes afghanes de ne quitter leur domicile qu’accompagnées d’un mahram, un tuteur masculin (père, frère, mari ou fils).
Cette règle s’applique dans les lieux publics, y compris les commerces et les établissements de santé.
Par exemple, à Logar, une femme a reçu un avertissement verbal pour avoir fait ses courses seule, tandis que le commerçant qui l’a servie a été giflé puis arrêté par le Bureau de la promotion de la vertu et de la prévention du vice.
Il n’a été libéré qu’après l’intervention de notables locaux et la signature d’une lettre promettant de ne plus servir de femmes sans mahram.
Ces restrictions visent à limiter l’autonomie des femmes et à renforcer leur dépendance à un homme de leur famille.
Mariage et divorce sous contrôle
En avril 2026, les autorités talibanes ont adopté un nouveau Code de séparation judiciaire des époux qui subordonne le mariage d’une femme à l’autorisation de son mahram.
Ce texte, qui cautionne implicitement les mariages d’enfants, impose également des obstacles extrêmes aux femmes souhaitant divorcer ou obtenir une séparation.
Par exemple, une femme ne peut se remarier qu’avec l’accord de son tuteur masculin, ce qui réduit considérablement ses droits et sa liberté de choix.
Ces mesures s’inscrivent dans une politique plus large de contrôle des femmes et de leurs décisions personnelles, limitant leur accès à la justice et à l’autonomie.
Exclusion des femmes de l'éducation
Depuis décembre 2022, les talibanes interdisent aux femmes et aux filles afghanes l’accès à l’enseignement supérieur.
En mai et juin 2026, les examens d’entrée dans les universités publiques ont eu lieu, mais seuls 120 000 candidats masculins y ont participé.
Aucune femme n’a été autorisée à se présenter.
De plus, les enseignantes risquent de perdre leur emploi si elles ne portent pas le tchador, un voile couvrant l’ensemble du corps.
À Hérat, des enseignantes ont été interdites d’accès à une école de filles pour ne pas avoir porté ce voile.
Ces restrictions illustrent la volonté des talibanes de marginaliser les femmes dans le domaine éducatif et professionnel.
Interdiction d'accès à l'ONU
Depuis le 7 septembre 2025, les autorités talibanes interdisent aux femmes afghanes, qu’elles soient membres du personnel, prestataires ou visiteuses, d’accéder à tous les locaux des Nations Unies en Afghanistan.
Au 30 juin 2026, cette interdiction durait depuis 296 jours.
Cette mesure s’ajoute aux autres restrictions imposées aux femmes et vise à renforcer leur isolement dans les espaces publics et professionnels.
Elle limite également leur accès à des services essentiels et à des opportunités économiques ou éducatives.
Arrestations et châtiments arbitraires
Entre avril et juin 2026, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a documenté au moins 389 arrestations et détentions arbitraires, ainsi que 65 cas de mauvais traitements imputés aux agents du Bureau de la promotion de la vertu et de la prévention du vice.
La plupart de ces affaires concernaient des violations des règles relatives au hijab pour les femmes, des barbes jugées trop courtes ou des coupes de cheveux « occidentales » pour les hommes, ou encore le fait d’écouter de la musique.
De plus, 137 châtiments corporels judiciaires ont été exécutés, dont des flagellations publiques pour rupture du jeûne du Ramadan ou des relations jugées illicites.
Ces mesures visent à imposer une interprétation stricte de la charia et à réprimer toute forme de dissentiment.
Violences contre anciens responsables
Entre le 1er avril et le 30 juin 2026, les autorités talibanes ont arrêté au moins 29 anciens responsables gouvernementaux ou membres des forces de sécurité afghanes.
Cinq cas de torture ou de mauvais traitements et huit homicides ont également été recensés.
Par exemple, un ancien officier de l’armée nationale afghane aurait disparu le jour même de son retour forcé d’Iran à Hérat.
Ces violences ciblent spécifiquement ceux qui ont servi sous le gouvernement précédent ou dans les forces de sécurité, reflétant une politique de répression systématique contre les anciens opposants au régime taliban.
Restrictions religieuses et culturelles
Les autorités talibanes ont fermé de nombreux lieux de culte ismaéliens (jamaat khana) dans la province du Badakhchan depuis janvier 2026 et ordonné aux fidèles de ne plus les utiliser.
Des restrictions ont également été imposées aux commémorations chiites de l’Achoura, avec des arrestations liées à l’affichage de symboles religieux.
Ces mesures visent à contrôler les pratiques religieuses minoritaires et à imposer une interprétation sunnite rigoriste de l’islam.
Par ailleurs, une attaque meurtrière contre des civils rassemblés devant un sanctuaire chiite à Hérat, le 10 avril 2026, a fait 12 morts et 14 blessés, sans que l’auteur ne soit identifié.
Censure des médias
Le rapport de la MANUA recense plusieurs cas d’arrestation de journalistes, de suspension de médias et de fermeture de stations de radio en Afghanistan entre avril et juin 2026.
Ces incidents illustrent les conditions de travail extrêmement difficiles des professionnels des médias, soumis à des exigences strictes en matière d’autorisation, à des contraintes financières et à des interventions des autorités.
Les journalistes doivent obtenir des autorisations pour exercer, ce qui limite leur liberté d’informer et leur capacité à couvrir des sujets sensibles, notamment ceux liés aux droits des femmes ou à la situation politique.
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