Réintroduction des pesticides interdits : est-ce vraiment « la science » qui décidera ?
<img src='https://reporterre.net/local/cache-vignettes/L700xH467/_dsc5513-09492.jpg?1785251702' class='spip_logo' width='700' height='467' alt="" /> <p>Seule la science sera décisionnaire dans la réintroduction de l'acétamipride et du flupyradifurone, assurent gouvernement et élus. Mais les critères du texte adopté ont peu à voir avec les pratiques de l'Anses, désignée arbitre scientifique. <br class='autobr' /> «<small class="fine d-inline"> </small>La science, la science, rien que la science<small class="fine d-inline"> </small>», répétait le sénateur Les Républicains (<span class="caps">LR</span>) Julien Dive au pupitre de l'Assemblée nationale, lors des débats sur la loi d'urgence agricole, lundi 21 juillet au soir. Le lendemain, sur France Inter, la (…)</p> <a href="https://reporterre.net/Reintroduction-des-pesticides-i
Résumé
Contexte politique actuel
En France, le gouvernement envisage de réautoriser certains pesticides précédemment interdits, une décision qui suscite des débats.
Cette proposition s’inscrit dans un contexte où les agriculteurs font face à des difficultés économiques croissantes, notamment en raison de la hausse des coûts de production et de la concurrence internationale.
Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a évoqué la possibilité de réintroduire des substances comme le chlorpyrifos ou le S-métolachlore, deux pesticides classés comme dangereux pour la santé humaine et l’environnement.
Ces molécules avaient été interdites en 2020 dans l’Union européenne en raison de leurs effets néfastes avérés, notamment sur le système nerveux et les écosystèmes aquatiques.
La réautorisation serait conditionnée à des dérogations temporaires, sous couvert de « sécurité alimentaire » et de « compétitivité des exploitations ».
Cette initiative s’aligne sur une tendance européenne plus large, où certains États membres poussent pour un assouplissement des réglementations phytosanitaires.
Rôle de la science contesté
Le gouvernement français justifie cette réintroduction en invoquant la nécessité de s’appuyer sur « la science » pour évaluer les risques.
Pourtant, cette approche est vivement critiquée par des scientifiques et des associations environnementales.
En effet, les études scientifiques indépendantes, comme celles de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), ont clairement établi les dangers de ces pesticides.
Par exemple, le chlorpyrifos est classé comme perturbateur endocrinien et a été associé à des troubles du développement chez les enfants.
Les détracteurs soulignent que la science utilisée pour justifier ces réautorisations est souvent financée ou influencée par l’industrie agrochimique, ce qui pose un problème de conflit d’intérêts.
De plus, les critères d’évaluation des risques sont parfois jugés trop laxistes, notamment en ce qui concerne les effets à long terme sur la santé publique et la biodiversité.
Pressions des lobbies agricoles
Les organisations représentant les agriculteurs, comme la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), exercent une pression importante sur le gouvernement pour obtenir des dérogations.
Ces syndicats estiment que l’interdiction des pesticides aggrave les difficultés économiques des exploitations, déjà fragilisées par la hausse des prix de l’énergie et des engrais.
En 2022, la FNSEA avait déjà obtenu une dérogation pour l’utilisation du S-métolachlore dans certaines régions, malgré son interdiction initiale.
Les lobbies agricoles argumentent que ces substances sont indispensables pour lutter contre les adventices (mauvaises herbes) et préserver les rendements agricoles, essentiels pour assurer la souveraineté alimentaire de la France.
Cependant, des études montrent que des alternatives existent, comme l’agroécologie ou les méthodes de rotation des cultures, mais leur adoption reste limitée en raison de coûts ou de manque de soutien technique.
Risques pour la santé et l’environnement
Les pesticides concernés par cette possible réautorisation sont connus pour leurs effets toxiques.
Le chlorpyrifos, par exemple, est un insecticide organophosphoré utilisé pour lutter contre les parasites des cultures.
Il a été interdit en 2020 car il est suspecté d’être responsable de troubles neurologiques chez les enfants exposés in utero ou pendant l’enfance.
Des études épidémiologiques ont montré une corrélation entre son utilisation et une baisse du quotient intellectuel (QI) chez les enfants.
Quant au S-métolachlore, il s’agit d’un herbicide classé comme cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).
Son utilisation est également liée à la contamination des eaux souterraines, un problème majeur en France où 20 % des points de surveillance des nappes phréatiques dépassent les normes de qualité pour les pesticides.
Ces risques soulèvent des questions sur la priorité donnée à la santé publique par rapport aux intérêts économiques à court terme.
Alternatives et débats sociétaux
Face à cette situation, des experts et des associations plaident pour une transition vers des modèles agricoles moins dépendants des pesticides.
Des solutions comme l’agroforesterie, la lutte biologique ou les techniques culturales simplifiées sont promues pour réduire l’usage des produits chimiques.
Par exemple, l’introduction de prédateurs naturels des parasites ou l’utilisation de couverts végétaux pour limiter la prolifération des adventices permettent de diminuer les besoins en pesticides.
Cependant, ces méthodes nécessitent un accompagnement technique et financier des agriculteurs, ainsi qu’un changement des pratiques culturales.
Le débat dépasse le cadre technique : il interroge la place de l’agriculture dans la société.
Faut-il privilégier la productivité à tout prix, ou accepter une baisse des rendements pour préserver la santé et l’environnement ?
Cette question divise les acteurs du secteur, entre ceux qui défendent une agriculture intensive et ceux qui prônent une transition vers des systèmes plus durables.
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