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Société

Des extraits d'ADN confirment que la variole est arrivée en Amérique avec les colons européens

Slate FR · mis à jour il y a 3 h

Des échantillons d'ADN prélevés sur des momies incas ont confirmé la présence d'une souche de variole importée d'Europe. Les chercheurs ont désormais la preuve biologique que le virus a bien été amené sur le continent américain par les colons européens..

Découverte historique

Des chercheurs ont identifié pour la première fois des traces de variole dans l’ADN de momies chiliennes vieilles de plus de 400 ans. Cette découverte, publiée en 2026, confirme que le virus a été introduit en Amérique par les colons européens. Shigeki Nakagome, professeur à l’université de Dublin, précise que ces fragments d’ADN viral constituent la première preuve moléculaire de cette origine européenne. La variole, maladie extrêmement contagieuse, a décimé des populations entières en raison de l’absence d’immunité naturelle chez les populations autochtones. Les souches les plus virulentes pouvaient tuer jusqu’à 30 % des personnes infectées, laissant souvent des cicatrices permanentes sur les survivants. Cette découverte s’appuie sur l’analyse de 41 corps momifiés, exhumés au nord du Chili depuis 1957, et enveloppés dans des couvertures avec des offrandes funéraires.

Méthode scientifique

Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe de chercheurs a étudié des échantillons osseux prélevés sur les momies chiliennes. Leur objectif initial était d’analyser l’ADN humain, mais ils ont également recherché des traces d’agents pathogènes anciens. Constanza de la Fuente Castro, coauteure de l’étude et chercheuse à l’université du Chili, explique que cette approche a permis de détecter des fragments d’ADN correspondant au virus de la variole, datés du XVIe ou XVIIe siècle. En reconstituant les génomes viraux et en les comparant à d’autres souches anciennes et modernes, les scientifiques ont identifié une lignée européenne remontant au Moyen Âge ou au début de l’époque moderne. Cette méthode a aussi révélé des cas de variole non documentés dans les archives historiques, offrant un nouvel éclairage sur la propagation du virus.

Impact démographique

Matthew Ward, historien à l’université de Dundee, souligne que les épidémies de variole ont causé la mort de jusqu’à 95 % de la population autochtone en Amérique. Cette hécatombe a profondément modifié le cours de l’histoire coloniale, en affaiblissant les sociétés locales et en facilitant la domination européenne. La variole, transmise par les colons, s’est propagée de manière fulgurante en raison de l’absence totale d’immunité chez les populations amérindiennes. Les survivants, souvent marqués par des cicatrices, ont vu leur vie sociale et économique bouleversée. Cette découverte renforce l’hypothèse selon laquelle les épidémies ont joué un rôle clé dans la colonisation des Amériques, bien au-delà des seuls conflits militaires.

Défis éthiques

L’étude des momies chiliennes a soulevé des questions éthiques majeures, tant pour les communautés autochtones que pour les scientifiques. Constanza de la Fuente Castro insiste sur le respect dû aux défunts, rappelant que chaque analyse d’ADN représente une personne, et non une simple donnée. Les sépultures, perturbées lors des exhumations, ont également posé des défis techniques, avec une perte partielle de matériel biologique. Ces enjeux soulignent la nécessité d’un équilibre entre la recherche scientifique et le respect des cultures et des individus. Les chercheurs ont veillé à mener leurs travaux avec la plus grande prudence, en collaboration avec les communautés concernées, pour éviter toute exploitation ou désacralisation des restes humains.

Ce que ça pourrait changer

Cette découverte ouvre de nouvelles pistes pour comprendre le rôle des épidémies dans la colonisation. Matthew Ward suggère que sans ces vagues de variole, l’histoire des Amériques aurait pu être radicalement différente. Les historiens cherchent désormais à déterminer si les colons européens ont pu, volontairement ou non, favoriser la propagation de maladies comme la variole. Cette question s’inscrit dans un débat plus large sur les méthodes utilisées par les puissances coloniales pour soumettre les populations locales. Les résultats de cette étude pourraient ainsi contribuer à réévaluer l’impact des épidémies dans l’effondrement des civilisations précolombiennes et dans la construction des sociétés modernes en Amérique.

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