Rechercher l’ennui à tout prix, pas forcément l’idée du siècle
Contre la tyrannie des smartphones qui absorbent toute notre attention, faut-il se forcer à s’ennuyer ? Ce n’est pas si simple, expliquent les spécialistes des neurosciences : se priver de toute activité pendant de trop longs moments est même “fondamentalement stupide” !.
Un laboratoire de l’ennui existe à l’université York à Toronto, où des chercheurs en neurosciences étudient les effets de l’oisiveté subie. James Danckert, spécialiste de ces travaux, explique que l’ennui n’est pas une simple absence d’activité, mais un sentiment de faim pour le cerveau, comparable à une envie de manger. Selon lui, l’ennui est un mécanisme qui pousse à chercher une activité enrichissante, car son but est de disparaître. Ainsi, s’imposer des heures d’ennui, comme le suggère parfois une tendance actuelle, n’a pas de vertus réparatrices. Danckert qualifie cette idée de stupide, car elle ignore la fonction naturelle de l’ennui : inciter à l’action. Son équipe travaille sur ces mécanismes pour mieux comprendre comment le cerveau réagit à l’inaction forcée.
Derrière la quête moderne de l’ennui se cache souvent une soif de déconnexion, selon James Danckert. Les individus cherchent à échapper au stress ou à la surstimulation, mais confondent l’ennui avec la détente. Danckert souligne que s’ennuyer volontairement pendant de longues périodes n’est pas la solution, car cela ne répond pas au besoin réel de repos ou de calme. Il recommande plutôt des activités comme la lecture ou une promenade en forêt pour atteindre cet état de détente. L’article précise que cette confusion est fréquente, notamment dans un contexte où le scrolling (défilement sur les réseaux sociaux) et les écrans dominent le temps libre.
Anisa Purbasari Horton, journaliste indonésienne établie en Australie, a mené une expérience personnelle sur l’ennui. Après avoir réduit son temps passé sur les réseaux sociaux en le remplaçant par de la lecture (essais théoriques le matin et fictions le soir), elle a constaté qu’elle ne supportait pas les moments d’inactivité, comme attendre en file ou dans les transports. Elle comblait ces temps morts par des podcasts ou des réseaux sociaux. En s’autorisant à laisser son esprit vagabonder, elle a remarqué des résultats immédiats : son cerveau a commencé à formuler des questions, qu’elle a ensuite transformées en idées pour ses articles. Cette expérience illustre comment l’ennui, à petite dose, peut stimuler la créativité.
Les chercheurs en neurosciences Daniel Hermens et Michelle Kennedy, cités dans The Conversation, confirment que l’ennui peut être utile à petite dose. Il agit comme un contrepoint à la stimulation permanente de notre cerveau, souvent provoquée par les écrans et les sollicitations numériques. Cependant, ils mettent en garde contre un excès d’ennui, qui peut devenir contre-productif. L’article souligne que cette tendance à rechercher l’ennui s’inscrit dans un mouvement plus large de ralentissement, face à un monde perçu comme chaotique. Le numéro d’été de Courrier international explore cette aspiration sous le titre L’Appel du calme.
L’article s’inscrit dans le numéro d’été 2026 de *Courrier international*, intitulé *L’Appel du calme* (numéro 1864), disponible en kiosque jusqu’au 12 août. Ce numéro explore la tendance croissante à ralentir et à retrouver le goût de l’oisiveté, face à la surcharge informationnelle et aux sollicitations constantes. Il inclut des contributions de la presse étrangère, comme *Nautilus* (magazine scientifique) et *Fast Company* (magazine américain), ainsi qu’un dessin de Mark Long, illustrant cette aspiration. Le numéro propose aussi des hors-séries sur des thèmes connexes, comme un atlas des communications ou des offres d’abonnements numériques.

