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La rue ou un logement, un choix pas si évident

ICI Radio-Canada· 2 août 2026
 La rue ou un logement, un choix pas si évident

Un homme sans-abri préfère la vie en campement à son appartement subventionné pour éviter l'isolement.

Résumé

1

Deux amis inséparables

Denis et Mario forment un duo d’amis soudés par dix années de vie commune, malgré les difficultés.

Denis, 68 ans, souffre de problèmes de santé (scoliose, opérations au pied) et se déplace avec une canne, tout en continuant à faire du vélo.

Mario, plus grand et maigre, est atteint d’emphysème, une maladie pulmonaire chronique qui limite sa respiration et le rend vulnérable au froid.

Les deux hommes se sont rencontrés il y a une dizaine d’années à Saint-Jean-sur-Richelieu, où Mario a sorti Denis d’une situation de grande précarité.

Depuis, ils ne se sont plus quittés, partageant un logement ou un campement selon les circonstances.

Leur relation repose sur une entraide constante : Denis va chercher chaque matin les médicaments de Mario à la pharmacie, tandis que ce dernier prépare des repas pour tous.

Leur lien est décrit comme indéfectible, presque familial, et symbolise une solidarité rare dans la rue.

2

Un logement obtenu

Grâce à l’organisme Point de rue, une association d’aide aux personnes en situation d’itinérance, Denis et Mario ont obtenu un appartement subventionné à Trois-Rivières.

L’organisme prend en charge une partie du loyer et fournit des meubles, ce qui rassure les propriétaires.

Le logement est équipé d’un canapé, d’une table, d’un lit pour Denis, d’un frigo à monter et d’un sofa pour Mario.

Cependant, ce dernier n’y dort pas encore.

L’appartement est perçu comme un progrès, mais Mario évoque une hésitation à y vivre seul, préférant le campement pour son calme et ses liens sociaux.

Denis, lui, utilise déjà le logement pour dormir, mais passe ses journées avec Mario.

Cette situation illustre un paradoxe : l’accès à un logement ne signifie pas toujours une sortie définitive de la rue, surtout lorsque des raisons psychologiques ou sociales entrent en jeu.

3

La vie dans le campement

Mario et Denis vivent dans un campement caché dans un boisé près d’une voie ferrée, à l’abri des regards.

Leur installation est relativement organisée : tentes, tables fabriquées avec des branches, et même un piège à rats construit par Mario après une morsure.

Cependant, les conditions restent précaires : la tente de Mario a été inondée lors d’une pluie, et des rats ont mordu deux campeurs, nécessitant une injection de tétanos.

Malgré cela, Mario apprécie ce mode de vie pour sa tranquillité et les liens qu’il y tisse.

Il compare le campement à son enfance passée dans une ferme, où il travaillait avec son père.

Pour lui, la nature offre un cadre apaisant, loin du bruit et de la rapidité de la ville.

Le groupe compte cinq personnes, dont un chien nommé Puppy, et fonctionne sur un modèle d’entraide où chacun contribue selon ses moyens.

4

Destruction et résilience

Le campement de Mario et Denis a été rasé le 28 novembre 2025 par des engins de chantier, les privant de leur abri, de leur chauffage et de leurs panneaux solaires.

Denis, qui se trouvait dans la tente au moment de la destruction, décrit cet événement comme une injustice : *Je perdais toute encore une fois.

Je trouvais pas ça correct.

Déjà là qu’on n’a pas d’argent, ils nous ont enlevé ce qu’on a pour s’abriter*.

Cette perte a renforcé leur détermination à reconstruire, malgré la précarité.

Mario, ingénieux, a fabriqué une nouvelle table, et Denis rêve d’acheter deux vélos électriques avec ses arriérés de pension de vieillesse pour voyager ensemble.

Leur résilience montre comment des personnes en situation d’itinérance s’adaptent et trouvent des solutions, même dans l’adversité.

5

Un choix complexe

Le récit de Mario et Denis révèle une réalité souvent ignorée : quitter la rue ne se résume pas à obtenir un logement.

Pour Mario, le campement représente bien plus qu’un abri : c’est un espace de liberté, de liens sociaux et de sens.

Il explique : *En ville, ça va trop vite, y a trop de monde.

Je pourrais fermer les rideaux de mon appartement, mais… il serait tout seul*.

Denis, de son côté, alterne entre le logement et le campement, mais reste attaché à leur duo.

Leur histoire soulève des questions sur les solutions à l’itinérance : faut-il imposer des logements, ou respecter les choix des personnes concernées ?

L’article montre que la sortie de la rue est un processus individuel, influencé par des facteurs psychologiques, sociaux et même culturels, comme l’attachement à un mode de vie.

6

Le rôle de Point de rue

L’organisme Point de rue joue un rôle clé dans l’accompagnement des personnes en situation d’itinérance à Trois-Rivières.

Il propose des logements subventionnés, comme celui attribué à Denis et Mario, et encadre le paiement du loyer pour rassurer les propriétaires.

L’organisme agit aussi comme intermédiaire entre les locataires et les bailleurs, facilitant l’accès à un logement stable.

Cependant, son intervention ne suffit pas toujours à résoudre tous les problèmes : Mario, bien que bénéficiaire d’un logement, choisit de continuer à vivre dans le campement.

Cela illustre les limites des solutions traditionnelles face à des situations complexes, où le logement seul ne garantit pas une sortie durable de la rue.

Point de rue représente une approche pragmatique, mais aussi un exemple des défis persistants dans la lutte contre l’itinérance.

7

Projets et solidarité

Malgré leur précarité, Denis et Mario nourrissent des projets à long terme.

Denis rêve d’acheter deux vélos électriques avec ses arriérés de pension de vieillesse pour voyager ensemble à travers le Québec.

Mario, de son côté, souhaite créer des liens autour de lui et aider les autres campeurs, comme il l’a fait pour Denis il y a dix ans.

Leur solidarité se manifeste au quotidien : Denis quête de l’argent en ville et achète de la nourriture ou de la liqueur pour partager avec le groupe, tandis que Mario fabrique des objets utiles comme des tables ou des pièges à rats.

Cette entraide dépasse le simple besoin matériel : elle donne un sens à leur vie et renforce leur sentiment d’appartenance.

Leur histoire montre que, même dans la rue, les projets et les rêves persistent.

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