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Philosophie

« Peu importe, j’allais vivre ». Un extrait de l’autobiographie d’Assata Shakur

Contretemps · mis à jour 26 juin

Nous publions un extrait de l’autobiographie d’Assata Shakur, dans laquelle elle raconte ses souvenirs, de son enfance à son exil à Cuba, en accordant une place centrale à son expérience de la prison durant six ans. Comme l’indique l’excellente maison d’édition « Premiers matins de novembre », qui publie ce livre, il constitue une source d'inspiration inaltérable pour celles et ceux qui, à travers le monde, exigent la dignité et la justice.

Violence policière extrême

L’extrait décrit une scène de violence policière brutale et systématique envers Assata Shakur, une militante noire américaine, après un échange de tirs où son compagnon Zayd est tué. Les policiers, armés et en uniforme, la traînent hors de la voiture, la rouent de coups de poing, de pied et lui braquent une arme sur le visage en hurlant des insultes racistes (« porcs », « salope »). Ils la menacent de mort (« t’as intérêt à ouvrir ta grande gueule ou je te fais sauter ta putain d’cervelle ») et envisagent de l’achever. Assata, gravement blessée (son bras semble arraché par une balle, ses poumons en feu), est laissée à l’abandon dans le caniveau avant l’arrivée des secours. Ces violences illustrent un contexte de répression raciale et politique aux États-Unis dans les années 1970, où les mouvements de libération noire comme la Black Liberation Army (BLA) étaient ciblés par les forces de l’ordre.

Soins médicaux négligés

Assata Shakur, transportée en ambulance, subit des soins médicaux chaotiques et indignes. Les ambulanciers, après un examen superficiel, hésitent à la prendre en charge (« faut qu’on attende »), laissant la situation se dégrader. À l’hôpital, elle est traitée comme un suspect plutôt qu’une patiente : les médecins, dont un chef de service, l’agressent verbalement (« Pourquoi t’as tiré sur le policier ? ») et la manipulent brutalement, provoquant des douleurs intenses. Une infirmière noire tente de l’aider, mais les policiers d’État (State Troopers, une unité de police aux États-Unis) l’empêchent de communiquer librement. Assata, consciente mais incapable de parler clairement (elle bave, ses poumons sont endommagés), subit des tests intrusifs comme une analyse par activation neutronique pour vérifier si elle a utilisé une arme à feu. Ces actes relèvent d’un déni de soins et d’une instrumentalisation de la médecine à des fins répressives.

Harcèlement et torture psychologique

Dans l’hôpital du comté de Middlesex (New Jersey, États-Unis), Assata est soumise à un harcèlement constant de la part des policiers et des inspecteurs. Ces derniers alternent entre menaces (« C’est c’qui t’attend avant l’aube si tu nous dis pas c’qu’on veut savoir »), promesses fallacieuses et questions répétitives sur la Black Liberation Army (BLA), un groupe armé militant pour la libération des Noirs aux États-Unis. Ils utilisent des techniques de torture psychologique : coups déguisés en examens médicaux, insultes racistes, pression pour obtenir des aveux. Un agent de sécurité noir, en uniforme mais non policier, lui offre un soutien discret en serrant le poing, geste de solidarité clandestine. Assata, épuisée, alterne entre colère (« Chiens, porcs, sales pourceaux dégueulasses ! ») et résignation, mais refuse de coopérer. La nuit entière est marquée par ce cycle de violence verbale et physique.

Contexte hospitalier oppressif

L’hôpital devient un lieu de détention déguisé. Assata est transférée dans une chambre luxueuse (suite Johnson), normalement réservée aux patients fortunés, mais ici transformée en cellule surveillée. Ses mouvements sont restreints par des menottes fixées à son lit, et la pièce est verrouillée, accessible uniquement via un salon gardé par trois policiers d’État. Les conversations radio des policiers révèlent une paranoïa extrême : ils traquent des personnes de couleur suspectes dans les environs, sans jamais mentionner de Blancs. Assata apprend que l’établissement est quadrillé par des forces de l’ordre, craignant une évasion. Malgré l’administration de Demerol (un antidouleur opioïde), elle reste dans une position inconfortable, surveillée en permanence. Ce dispositif illustre comment les institutions médicales peuvent servir de prisons improvisées pour les militants.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les violences physiques et psychologiques, Assata Shakur maintient une détermination farouche à survivre et à préserver son intégrité. Elle refuse les derniers sacrements (*derniers rites catholiques pour les mourants*), symbolisant son rejet de la mort et de l’hypocrisie des institutions. Une infirmière noire, bien que mal comprise dans ses tentatives d’aide, parvient à contacter son avocate (également sa tante) en utilisant son *nom d’esclave* (nom imposé aux esclaves africains, ici probablement son nom de naissance). Assata, affaiblie mais lucide, comprend que sa survie dépend de sa capacité à rester elle-même face à l’oppression. Le lendemain, elle est transférée en soins intensifs, où les infirmières expriment un soulagement de la voir quitter le service précédent, saturé par la présence policière. Ces détails soulignent sa résilience et l’isolement des institutions face à la résistance individuelle.

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