Ottawa et Québec ont conclu « une entente de façade » sur le caribou, dénonce l’APNQL

L’entente avait été annoncée par voie de communiqué le 30 juin par la ministre fédérale de l'Environnement.
Résumé
Entente critiquée par l'APNQL
L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), qui représente les communautés autochtones de la région, a vivement critiqué l’entente signée entre le gouvernement fédéral canadien et celui du Québec pour protéger le caribou.
Selon elle, cette entente est une entente de façade, c’est-à-dire qu’elle donne l’impression d’une action concrète sans engagements réels.
L’APNQL reproche notamment l’absence de mesures précises dans le communiqué officiel publié le 30 juin, qui annonçait pourtant un financement de 40 millions de dollars sur cinq ans.
Cette somme se décompose en 25 millions versés par Ottawa à Québec et 15 millions destinés directement aux communautés autochtones.
La critique porte aussi sur le manque de consultation des Premières Nations, pourtant exigée par un jugement de la Cour supérieure en 2024.
Financement sans actions
Le financement de 40 millions de dollars annoncé par les ministres Julie Dabrusin (Environnement Canada) et Pascale Déry (Environnement Québec) est au cœur de l’entente, mais il est vivement critiqué car il ne s’accompagne d’aucune mesure concrète pour protéger le caribou.
Le caribou est une espèce classée vulnérable au Québec, ce qui signifie qu’elle risque de disparaître si aucune action n’est entreprise.
L’APNQL souligne que cette approche privilégie l’injection de fonds plutôt que des actions collaboratives et contraignantes, c’est-à-dire des mesures obligatoires et concertées avec les communautés autochtones.
Le chef de l’APNQL, Francis Verreault-Paul, a comparé cette stratégie à de la poudre aux yeux, une expression qui désigne une illusion ou une fausse promesse.
Manquement à la consultation
L’APNQL dénonce le fait que les Premières Nations n’ont pas été consultées lors de la préparation de cette entente, alors qu’un jugement de la Cour supérieure en 2024 avait explicitement exigé un processus de consultation spécifique avec les Autochtones.
Les communautés autochtones affirment avoir appris l’existence de l’entente seulement 24 heures avant sa publication officielle.
Cette absence de consultation est d’autant plus problématique que le caribou occupe une place centrale dans la culture autochtone, notamment pour les Innus de Mashteuiatsh, une communauté située au Lac-Saint-Jean.
Les Premières Nations estiment que leurs droits, leurs responsabilités et leurs connaissances traditionnelles sont ignorés dans cette approche.
Contexte politique tendu
Cette entente intervient dans un contexte politique marqué par des tensions entre Ottawa et Québec concernant la protection du caribou.
En août 2022, une commission indépendante avait publié un rapport urgent soulignant la nécessité d’agir pour sauver cette espèce menacée.
Face à l’inaction du Québec, l’ancien ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, avait menacé en 2023 d’utiliser un décret d’urgence, une mesure exceptionnelle permettant de protéger une espèce en danger sans passer par les procédures habituelles.
Cependant, cette menace n’a jamais été mise à exécution, et Steven Guilbeault a quitté ses fonctions depuis.
L’APNQL accuse le Canada de choisir la voie du moindre effort, c’est-à-dire une stratégie qui évite les actions fortes au profit de compromis superficiels.
Réactions et enjeux
L’entente a été critiquée par plusieurs chefs autochtones, qui expriment leurs inquiétudes quant à l’efficacité des mesures proposées.
Le caribou, dont les populations sont en déclin au Québec, est une espèce symbolique pour les communautés autochtones, tant sur le plan culturel que spirituel.
Cependant, l’entente a reçu un accueil plus favorable de la part d’un expert externe, Martin-Hugues St-Laurent, professeur en biologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) et spécialiste du caribou.
Malgré cette divergence de vues, l’APNQL maintient sa position : pour elle, cette entente ne répond pas aux exigences légales et culturelles nécessaires à la protection durable de l’espèce.
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