La mythologie chinoise 5/10 : L'Empereur jaune
Une fois le monde créé et le chaos maîtrisé, sont venus les temps des rois et des empereurs. Les Chinois les désignent comme les trois Augustes et les cinq Empereurs. Parmi ces derniers, un s'est imposé : Huangdi, l'Empereur Jaune.
Résumé
Empereur Jaune fondateur
Huangdi, surnommé l'Empereur Jaune, est une figure mythique chinoise considérée comme un ancêtre fondateur et unificateur des tribus.
Il incarne la violence légitime et la victoire sur le chaos, notamment face à son double maléfique Chiyou et à Yandi, l'Empereur ardent.
Son rôle dépasse celui d'un simple sage : il représente l'unification politique et la création d'un État centralisé.
Le jaune, couleur centrale dans sa symbolique, évoque l'unicité du monde et l'unification nécessaire.
Cette figure émerge clairement entre le Ve et le IIIe siècle avant notre ère, durant la période des Royaumes combattants, marquée par des conflits entre principautés rivales cherchant une solution unificatrice.
Contrairement à d'autres figures comme Yao ou Shun, Huangdi n'est pas associé à l'abdication ou à la transmission pacifique du pouvoir, mais à la force et à la victoire.
Symbolique du jaune
Le jaune occupe une place centrale dans la symbolique de l'Empereur Jaune.
Dans la culture chinoise, cette couleur représente le centre du monde, l'équilibre et l'unicité.
Elle incarne aussi l'idée d'un monde qui ne peut être qu'un, sans division.
Cette symbolique est renforcée par le fait que Huangdi est associé à la création d'un État unifié, où le pouvoir ne peut être partagé.
Sous la dynastie des Han, à partir du tournant de notre ère, cette figure est institutionnalisée et son culte est intégré dans l'histoire officielle.
Le Parti communiste chinois utilise aujourd'hui cette symbolique pour promouvoir l'unité nationale, notamment en honorant Huangdi lors de la fête de Pure clarté, où des représentants de Han du continent, Taïwan, Hongkong et de la diaspora se rassemblent.
Huang-Lao et non-agir
Sous la dynastie des Han, un courant philosophique discret mais influent émerge : le Huang-Lao, qui associe l'Empereur Jaune à Laozi, fondateur du taoïsme.
Ce courant propose une conception du corps et du corps politique fondée sur le wuwei (le non-agir).
Selon cette idée, l'équilibre du monde est fragile : toute intervention excessive du souverain risquerait de le perturber.
Frédéric Obringer souligne que cette philosophie prône une forme de passivité active, où le dirigeant doit laisser le monde suivre son cours naturel pour préserver l'unité.
Cette vision contraste avec l'image d'un Huangdi guerrier, montrant la polyvalence de sa figure à travers les siècles.
Résurgence fin XIXe siècle
À la fin du XIXe siècle, l'Empereur Jaune connaît un retour en grâce dans un contexte de crise pour la dynastie des Qing.
Les puissances européennes et le Japon exercent des pressions sur la Chine, tandis que l'archéologie découvre des vestiges concrets à Anyang, dans le Henan, confirmant partiellement certains mythes.
Cette période voit l'émergence de la formule Huangdi zisun (les descendants de l'Empereur Jaune), utilisée par les réformistes Liang Qichao et Kang Youwei pour désigner l'ensemble des peuples chinois.
Cependant, Sun Yat-sen, figure de la révolution chinoise, restreint cette notion aux seuls Han, excluant les autres groupes ethniques.
Cette réinterprétation reflète les tensions politiques de l'époque.
Instrumentalisation politique
Le Parti communiste chinois (PCC) a d'abord détruit une partie du patrimoine lié à Huangdi pendant la Révolution culturelle (1966-1976), avant de s'en emparer à partir des années 1980.
Cette réappropriation coïncide avec la démaoïsation partielle de la société et la volonté de Pékin de revendiquer Taïwan.
Sous Xi Jinping, le culte de l'Empereur Jaune est amplifié : au musée de Xi'an, il est présenté comme l'ancêtre mythique central dès la première scénographie.
Cette stratégie vise à légitimer l'autorité du PCC en s'appuyant sur une figure historique unificatrice, brouillant parfois la frontière entre mythe et réalité historique.
Le PCC utilise ainsi Huangdi pour renforcer l'identité nationale et l'unité du pays.
Médecine et Huangdi Neijing
L'Empereur Jaune est aussi associé à la médecine chinoise, notamment via le Huangdi Neijing (Classique interne de l'Empereur Jaune), souvent considéré comme la « Bible de la médecine chinoise ».
Ce texte, encore étudié aujourd'hui par les acupuncteurs, propose une vision naturaliste du corps et de la maladie.
Il s'appuie sur des concepts comme le yin et le yang, les cinq éléments et le qi (souffle vital).
Selon Frédéric Obringer, cette approche marque une rupture avec les croyances antérieures, où la maladie était attribuée à des ancêtres mécontents ou à des possessions démoniaques.
Le Huangdi Neijing est né entre le IVe et le IIIe siècle avant notre ère, à partir de textes découverts dans des tombes de Mawangdui (Hunan), fermées en 168 avant notre ère.
Évolution historique
L'Empereur Jaune traverse les siècles en évoluant : tantôt ancêtre primordial, tantôt patron des techniques ou maître médical.
Son culte connaît des hauts et des bas, notamment sous Yuan Shikai en 1916, qui réhabilite les rites impériaux.
Aujourd'hui, il reste une figure vivace, honorée chaque année lors de la fête de Pure clarté au tumulus de Huangling (Shaanxi).
Le PCC organise cette cérémonie pour rassembler les Chinois de différents territoires, y compris Taïwan.
Cette continuité montre comment un mythe ancien peut être réactualisé pour servir des objectifs politiques contemporains, tout en conservant une dimension culturelle et identitaire forte.
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