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Géopolitique

En Russie, la presse tabloïd raille les artistes émigrés “tombés dans l’oubli”

Courrier International · mis à jour il y a 3 h

Les médias russes alignés sur le pouvoir alimentent une campagne de dénigrement visant les personnalités publiques qui, condamnant la guerre contre l’Ukraine, ont quitté le pays. La presse tabloïd se montre particulièrement véhémente, les accusant de déloyauté et d’ingratitude.

Campagne de dénigrement

En Russie, certains médias tabloïds proches du pouvoir mènent une campagne de moqueries et de critiques envers les artistes ayant quitté le pays après avoir condamné l’invasion de l’Ukraine en 2022. Ces personnalités, autrefois célébrées dans ces mêmes médias, sont désormais présentées comme des figures oubliées et déloyales. Le journal Komsomolskaïa Pravda, par exemple, utilise un ton sarcastique pour décrire leur situation actuelle, les accusant d’avoir « fui, critiqué, puis fané ». L’article souligne que ces artistes, qui avaient dénoncé la guerre, sont désormais perçus comme ingrats par une partie de la presse russe, alignée sur la ligne officielle du gouvernement.

Cibles des tabloïds

Parmi les artistes visés par cette campagne, on trouve des figures majeures du show-business russe comme la musicienne Zemfira, la chanteuse Alla Pougatcheva et son mari, l’humoriste Maxime Galkine, ainsi que l’actrice Chulpan Khamatova. Ces personnalités ont émigré après le début de la guerre en Ukraine et ont critiqué publiquement l’invasion. Le journal Komsomolskaïa Pravda rapporte leur présence lors d’événements en Lettonie, comme le festival de Jurmala, où elles auraient été rejetées par les publics ukrainien et letton. Le tabloïd insiste sur leur prétendue perte de popularité à l’étranger, affirmant que leur carrière est « soit en suspens, soit complètement abandonnée ».

Termes et accusations

Les artistes émigrés sont désignés par le terme Ouïekhavchiyé (« ceux qui sont partis »), souvent accompagné d’un astérisque rappelant leur inscription sur la liste des agents de l’étranger ou des terroristes et extrémistes. Par exemple, l’acteur Artour Smolianinov, qui a critiqué la guerre, est présenté comme un opposant haineux envers la Russie. Le journal Komsomolskaïa Pravda utilise un langage chargé de stéréotypes d’État pour les décrire, les accusant de s’être « tiré une balle dans le pied » en quittant leur pays. Ces termes reflètent une rhétorique officielle visant à discréditer les opposants à la guerre.

Réactions et justifications

Le député russe Vitali Milonov, connu pour ses positions conservatrices, intervient pour justifier cette campagne. Il affirme que ces artistes ont « choisi leur destin » et que leur situation actuelle est le résultat de leurs propres choix. Milonov déclare que ceux qui ont demandé des sanctions contre la Russie ou critiqué le peuple russe « devront répondre de leurs actes devant la justice ». Il rejette toute idée de clémence envers eux, les présentant comme des traîtres méritant leur sort. Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte où le gouvernement russe durcit son discours envers les opposants à la guerre.

Ce que ça pourrait changer

Cette campagne de dénigrement s’inscrit dans un contexte plus large de répression des voix dissidentes en Russie. Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, le gouvernement russe a renforcé son contrôle sur les médias et les opposants politiques. Les artistes émigrés, en critiquant publiquement la guerre, sont devenus des cibles privilégiées de cette politique. Les médias d’État, comme *Komsomolskaïa Pravda*, jouent un rôle clé dans cette stratégie en présentant les émigrés comme des traîtres ou des figures pitoyables, afin de décourager toute velléité de contestation.

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