La culture en danger (2/2) : les forces sombres en ordre de bataille
Face à l'offensive de l'extrême droite qui reprend paradoxalement le concept d'« hégémonie culturelle » de Gramsci, il faut réaffirmer le sens d'une culture joyeuse, ouverte et libre. Le second volet de cet article propose l'idée d'États généraux de la culture, pour donner un écho aux enjeux cultur…
Résumé
Menace sur la culture
L’article souligne une crise profonde et durable des politiques culturelles en France, marquée par une érosion de l’ambition politique républicaine dédiée à ce secteur.
Cette situation s’accompagne d’une dégradation de la coopération entre les collectivités publiques, autrefois volontaires et structurées, ainsi que d’une crise budgétaire croissante.
Depuis plusieurs années, ces facteurs fragilisent l’ensemble des productions culturelles, qu’elles soient artistiques, médiatiques ou patrimoniales.
Le texte évoque un « vent mauvais » soufflant sur ce domaine, illustrant une détérioration globale des conditions de création et de diffusion culturelle.
L’auteur, Jean-Pierre Saez, chercheur et photographe, ancien directeur de l’Observatoire des politiques culturelles, met en garde contre les conséquences de cette situation, notamment dans un contexte politique marqué par l’approche de la campagne présidentielle.
Stratégie d'extrême droite
L’article analyse une offensive systématique menée par l’extrême droite et la droite extrême pour s’emparer de l’hégémonie culturelle, un concept initialement développé par le philosophe marxiste Antonio Gramsci.
Gramsci, emprisonné sous Mussolini, considérait que la bataille politique se gagne aussi sur le front culturel, en influençant les représentations et les valeurs dominantes.
Cependant, contrairement à l’extrême droite, il prônait une approche ouverte et inclusive, fondée sur un « bloc historique » associant différentes forces sociales.
L’extrême droite a détourné cette idée pour bâtir une stratégie culturelle autoritaire, visant à imposer ses propres thèmes dans le débat public et à contrôler les institutions culturelles.
Elle s’appuie sur des soutiens financiers puissants, des relais médiatiques influents (audiovisuel, presse, édition) et une emprise croissante sur le cinéma, tout en formant des cadres politico-culturels prêts à prendre le contrôle des instances décisionnelles.
Outils de domination
L’extrême droite utilise plusieurs leviers pour imposer son modèle culturel.
Parmi eux, les attaques contre le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) sont emblématiques.
Cet organisme public, créé pour soutenir le cinéma français, permet à ce dernier de rivaliser avec les Majors américaines, malgré un marché dominé par ces dernières.
Les critiques contre le CNC visent à affaiblir un outil indépendant qui garantit la diversité des productions.
Par ailleurs, l’extrême droite promeut une vision assimilationniste, exigeant des populations issues de l’immigration d’abandonner toute référence culturelle liée à leur histoire familiale.
Cette approche contraste avec les principes républicains d’inclusion et de laïcité, qui devraient permettre une synthèse entre unité nationale et diversité culturelle.
L’auteur questionne cette vision, soulignant son incompatibilité avec les valeurs fondatrices de la République.
Propositions pour agir
Face à cette offensive, l’auteur propose la tenue d’États généraux de la culture, un événement destiné à mobiliser les acteurs du secteur et à donner une visibilité aux enjeux culturels dans le cadre de la campagne présidentielle.
Ce projet s’inscrit dans une volonté de réaffirmer le sens d’une culture joyeuse, ouverte et libre, en opposition aux projets autoritaires et restrictifs portés par l’extrême droite.
Les États généraux pourraient servir de plateforme pour discuter des solutions à la crise budgétaire, renforcer la coopération entre les collectivités publiques et défendre l’autonomie des institutions culturelles comme le CNC.
L’objectif est de contrer la stratégie de domination culturelle adverse en proposant une alternative fondée sur la diversité, l’innovation et l’inclusion.
Contexte et enjeux
L’article s’inscrit dans un contexte politique et social tendu, marqué par la montée des discours d’extrême droite en France et en Europe.
Les attaques contre les politiques culturelles ne sont pas isolées : elles s’accompagnent de remises en cause des outils publics comme le pass Culture, dont le premier bilan, publié par la Cour des comptes en décembre 2024, a révélé des limites dans son déploiement.
Par ailleurs, un livre blanc sur la décentralisation culturelle, publié en mars 2026 par l’Observatoire des politiques culturelles, souligne les défis structurels auxquels fait face le secteur.
Ces éléments montrent que la crise culturelle est à la fois politique, économique et organisationnelle, et qu’elle nécessite une réponse collective et ambitieuse pour préserver les valeurs républicaines et la vitalité artistique du pays.
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