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Avoir raison avec... Mary Shelley 2/5 : L’âme romantique

France Culture - Savoirs· 28 juillet 2026
Avoir raison avec... Mary Shelley  2/5 : L’âme romantique

Mary entretient avec le poète Percy Shelley un amour transgressif qui s’inscrit dans le romantique ambiant. Mais cette liberté se paie cher et elle côtoie la mort, l’exil et la perte. Ces expériences infusent ses écrits, en particulier son chef-d'œuvre : Frankenstein ou le Prométhée moderne.

Résumé

1

Rencontre bouleversante

Mary Wollstonecraft Godwin, future Mary Shelley, a seulement 16 ans lorsqu’elle rencontre Percy Bysshe Shelley, un poète aristocrate, athée et romantique âgé de 21 ans.

Cette rencontre survient sur la sépulture de sa mère, Mary Wollstonecraft, figure majeure du féminisme et autrice de Défense des droits de la femme (1792).

Leur amour, transgressif car Percy est déjà marié, marque le début d’une relation intense qui influencera profondément la vie et l’œuvre de Mary.

Percy introduit Mary dans un cercle de jeunes romantiques de la deuxième génération, dont le poète Lord Byron, qui voient dans leur existence une œuvre d’art à part entière.

Ce mouvement, né après la Révolution française, rejette les idéaux politiques déçus pour se tourner vers l’émotion, la nature et la transgression des normes sociales.

2

Fuite et exil romantique

En 1814, Mary et Percy fuient ensemble en Suisse, mais leur voyage est interrompu par des difficultés financières.

Malgré cela, ils en tirent un récit de voyage intitulé Histoire d’un voyage de six semaines, publié en 1817.

Ce séjour, bien que bref, s’inscrit dans une période où les romantiques cherchent à échapper aux contraintes de la société.

Leur relation, déjà controversée, les expose à l’exil et à la précarité.

Mary, issue d’un milieu érudit et avant-gardiste, découvre ainsi les réalités d’une vie en marge des conventions, marquée par la mort précoce de plusieurs de ses proches, dont ses enfants, et par la perte de ses idéaux politiques.

3

Romantisme et désillusion

Le romantisme, mouvement artistique et intellectuel du début du XIXe siècle, émerge en réaction à la Révolution française (1789-1799).

Les progressistes, initialement enthousiastes face à cette révolution, sont désillusionnés par la Terreur (1793-1794) et l’avènement de Napoléon en 1799, qui rétablit une forme de monarchie.

Les romantiques, comme Mary et Percy Shelley, se tournent alors vers l’individu, les émotions et la nature pour trouver un sens à leur existence.

Ce mouvement place les sentiments au cœur de sa démarche, comme en témoignent les œuvres de Mary Shelley, notamment Frankenstein (1818) et Mathilda (publié en 1959).

La Suisse, où les Shelley se rendent à plusieurs reprises, devient un symbole de cette quête, avec ses paysages majestueux qui inspirent une littérature centrée sur l’émerveillement et l’émotion pure.

4

Influence sur Frankenstein

L’expérience de Mary Shelley, marquée par la perte, l’exil et la transgression, infuse profondément son chef-d’œuvre Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818).

Ce roman, souvent considéré comme le premier roman de science-fiction, explore des thèmes romantiques comme la quête de l’absolu, la solitude et les limites de la création humaine.

La nature suisse, décrite comme un cadre majestueux et sublimé, joue un rôle central dans l’œuvre, symbolisant à la fois la beauté et la puissance destructrice de la nature.

Dans Frankenstein, Mary Shelley interroge aussi les conséquences de la transgression des normes sociales et morales, un thème récurrent dans le romantisme.

5

Héritage et nostalgie

Vers la fin de sa vie, Mary Shelley semble s’éloigner progressivement du romantisme, qu’elle évoque avec nostalgie dans son journal.

Elle écrit : *« moi qui me figure souvent être l'ultime vestige d'une race bénie, dont étaient issus tous mes compagnons disparus avant moi.

»* Cette phrase reflète le deuil des idéaux romantiques et la perte de ses proches, dont Percy Shelley, mort noyé en 1822 à l’âge de 29 ans.

Mary Shelley, qui survit à plusieurs de ses enfants et à son mari, incarne ainsi la figure tragique du romantisme, où l’amour de la liberté et des émotions pures se heurte aux réalités cruelles de l’existence.

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