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Géopolitique

Le ministre Luís Neves et le “desenrascanço”, cette culture des petites combines si portugaise

Courrier International · mis à jour il y a 3 h

Depuis plusieurs semaines, le ministre de l’Intérieur portugais est englué dans une affaire de conflit d’intérêts à son ancien poste de patron de la police judiciaire. Au-delà de ses accommodements avec les procédures, plusieurs éditorialistes dénoncent une culture bien ancrée dans le pays : après tout, ironise le média “ECO”, “nous sommes trop souvent semblables à lui”..

Affaire des produits chimiques

En juin 2022, alors qu’il dirigeait la police judiciaire portugaise, Luís Neves a autorisé le stockage gratuit de produits chimiques saisis lors d’une opération antidrogue chez un entrepreneur privé. Cette décision aurait permis, selon ses déclarations, d’économiser 150 000 euros à l’État. Cependant, aucune trace écrite de cette autorisation n’a été retrouvée, ce qui soulève des questions sur la transparence de la procédure. L’entrepreneur en question travaillait pour la police judiciaire tout en réalisant des travaux dans la propriété privée de Neves, ajoutant une dimension conflictuelle à cette affaire. Ces éléments ont déclenché une polémique politique au Portugal, mettant en lumière des pratiques administratives inhabituelles.

Irregularités administratives

Outre l’affaire des produits chimiques, d’autres irrégularités ont été signalées dans le dossier de Luís Neves. Une piscine aurait été construite sans autorisation sur sa propriété privée, et ses déclarations de patrimoine ont été modifiées tardivement. Ces éléments, combinés à l’absence de documents écrits pour justifier la décision de stockage, ont affaibli la crédibilité et l’autorité du ministre. Après trois semaines de silence, Neves a tenu une conférence de presse le 29 juillet pour tenter de clarifier la situation, mais les questions persistent quant à la légalité et à l’éthique de ses actions.

Le desenrascanço expliqué

Le desenrascanço est une expression portugaise qui désigne l’art de se débrouiller, souvent en contournant les règles ou en improvisant des solutions pratiques. Ce concept, profondément ancré dans la culture portugaise, valorise la débrouillardise et l’adaptabilité face aux obstacles administratifs ou économiques. Dans l’affaire de Luís Neves, le desenrascanço est évoqué pour expliquer comment des décisions controversées, comme le stockage de produits chimiques chez un entrepreneur privé, ont pu être justifiées par des économies réalisées ou des solutions rapides. Cependant, cette pratique soulève des débats sur les limites entre l’ingéniosité et la transgression des règles.

Ce que ça pourrait changer

L’affaire a relancé au Portugal un débat national sur le *desenrascanço* et ses conséquences. L’éditorialiste São José Almeida, dans le journal *Público*, a résumé cette méthode en combinant trois expressions portugaises pour critiquer son usage dans un contexte politique. Bien qu’aucune preuve de corruption n’ait été établie à ce stade, la crédibilité du ministre a été sérieusement ébranlée. Les révélations ont mis en lumière des tensions entre l’efficacité administrative et le respect strict des procédures, un dilemme qui touche de nombreux pays mais qui prend une dimension particulière au Portugal en raison de cette culture du *desenrascanço*.

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