Réflexions caniculaires. La sortie du capitalisme est plus nécessaire que jamais
Selon le penseur écosocialiste Daniel Tanuro, on ne reviendra pas au monde d’avant, mais nous avons encore la possibilité de vivre, et de vivre bien. Encore faut-il sortir la finance, l’énergie et la production agricole des griffes du grand capital afin de permettre l’élaboration d’une politique globale en perspective d’une autre société, bonne, vraiment humaine, écosocialiste.
L’Europe subit en 2026 sa deuxième canicule printanière, un phénomène météorologique extrême qui s’ajoute aux vagues de chaleur observées en Inde et en Antarctique. Ces événements sont des indicateurs du réchauffement climatique accéléré, principalement causé par l’utilisation massive de combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole ou le gaz naturel. Les conséquences de ces canicules sont multiples : risques sanitaires accrus (déshydratation, coups de chaleur), perturbations agricoles (récoltes en baisse, stress hydrique des cultures), et dégradation des écosystèmes (feux de forêt, mortalité des espèces). Selon les scientifiques, ces phénomènes deviennent plus fréquents et intenses en raison de l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, comme le CO₂ (dioxyde de carbone) ou le CH₄ (méthane), dont les émissions doivent être réduites drastiquement pour limiter les dégâts.
Face à l’aggravation de la crise climatique, l’article souligne la nécessité d’un plan public d’urgence inspiré de la réponse apportée à la pandémie de Covid-19, mais avec une approche structurelle et à long terme. Ce plan devrait comporter deux axes principaux : d’une part, la protection des populations vulnérables (personnes âgées, précaires, travailleurs exposés) et la préservation du vivant (forêts, océans, biodiversité) ; d’autre part, une réduction immédiate et massive des émissions de gaz à effet de serre, en commençant par l’interdiction des activités les plus polluantes comme la déforestation, les jets privés ou les yachts. L’objectif est de concilier justice sociale et transition écologique, en évitant que les mesures ne pèsent davantage sur les plus modestes. Cependant, les investissements des acteurs financiers dans les énergies fossiles ont augmenté de 2024 à 2025, y compris en Europe, en Chine et en Russie, malgré l’urgence climatique.
Les dirigeants des pays du G7, réunis en 2026 dans des locaux climatisés, ignorent délibérément la crise climatique. Parmi eux figure un négationniste climatique pro-fossiles, dont les politiques favorisent la production et l’exportation de pétrole, comme le montre son rôle dans la réouverture du détroit d’Ormuz pour le transport de pétrole iranien. Les membres du G7 le félicitent même pour des actions sans lien avec le climat, comme la restauration de la paix en Iran, illustrant leur priorité accordée aux intérêts économiques et géopolitiques au détriment de la survie écologique. Parallèlement, ces dirigeants promeuvent des technologies comme l’intelligence artificielle (IA), dont les centres de données consomment autant d’énergie que l’ensemble du secteur des transports, un chiffre qui devrait dépasser ce dernier d’ici peu.
La Commission européenne, sous la pression des lobbies industriels et avec l’accord des gouvernements, démantèle les maigres réglementations environnementales mises en place dans le cadre de son plan vert (ou Green Deal). Les mesures concernées incluent l’interdiction progressive des moteurs thermiques, la lutte contre les fuites de méthane dans les infrastructures gazières, et le système d’échange de droits d’émission (un mécanisme où les entreprises achètent des quotas pour polluer, censé les inciter à réduire leurs émissions). Ces reculs, présentés comme une simplification, affaiblissent encore davantage la capacité de l’Europe à respecter ses engagements climatiques. En parallèle, certains médias, y compris des titres de gauche, minimisent la gravité de la situation en qualifiant ces canicules de beau temps, une perception erronée qui contribue à l’inaction politique.
L’article dénonce le profit capitaliste comme un système qui dévore les ressources naturelles et menace la société jusqu’à son essence même. Il cite l’exemple des vols incessants de la compagnie Ryanair au-dessus d’une zone résidentielle, malgré des températures caniculaires, pour illustrer comment l’activité économique prime sur la santé publique et l’environnement. Ce système est qualifié d’automate mortifère, car il fonctionne de manière aveugle et destructrice, sans égard pour les limites planétaires. Les politiques actuelles, qui privilégient la croissance économique à tout prix, sont présentées comme incompatibles avec une transition écologique juste et nécessaire. La sortie du capitalisme est donc présentée comme une condition indispensable pour élaborer des politiques publiques capables de protéger les populations et le vivant.
L’Holocène, période géologique qui a permis le développement des civilisations humaines, est désormais terminé. Nous sommes entrés dans l’Anthropocène, une nouvelle ère marquée par l’influence dominante des activités humaines sur les écosystèmes. Même si les émissions de gaz à effet de serre étaient stoppées immédiatement, certains effets du réchauffement climatique, comme la hausse du niveau des océans, sont irréversibles à l’échelle humaine. Les pertes de biodiversité, par exemple la disparition des récifs coralliens, et l’effondrement de fonctions écosystémiques (comme la pollinisation) sont également irréversibles à court terme. Cependant, l’article souligne qu’il est encore possible de limiter le réchauffement à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle, objectif fixé par l’Accord de Paris, et de stabiliser la température à +1°C au-dessus de l’Holocène d’ici 2 000 ans.
L’avenir de l’humanité dépend des luttes menées aujourd’hui contre ce que l’article nomme le *Moloch capitaliste*, une métaphore désignant un système économique dévorant et autodestructeur. Pour éviter un effondrement écologique et social, il est nécessaire de sortir la finance, l’énergie et l’agriculture de l’emprise du grand capital, afin de permettre l’émergence d’une société *écosocialiste* où l’écologie, la justice sociale et la démocratie seraient indissociables. Les syndicats et les grandes organisations doivent être secoués pour intégrer ces dimensions dans leurs revendications. Les premiers signes d’une prise de conscience émergent, notamment aux États-Unis où les sondages montrent une inquiétude croissante face au climat. L’article appelle à refuser le *réalisme* (c’est-à-dire l’acceptation passive de l’ordre établi) et à ouvrir des brèches dans le *productivisme* (un système économique fondé sur la croissance infinie) partout où cela est possible.

