NapseflowNapseflow
Article externe

Chlore et cancer : pourquoi votre douche et votre eau du robinet sont sous la loupe des épidémiologistes

Laurie Henry· 2 août 2026

Les sous-produits de la chloration de l'eau du robinet seraient associés à un risque accru de cancer de l'utérus, y compris sous les seuils réglementaires américains, chez 53 100 Californiennes.

Résumé

1

Le chlore dans l'eau potable

Le chlore est un produit chimique couramment utilisé depuis plus d'un siècle pour désinfecter l'eau potable.

Son rôle est d'éliminer les bactéries, virus et autres micro-organismes pathogènes présents dans l'eau, réduisant ainsi les risques de maladies comme le choléra ou la dysenterie.

En France, comme dans de nombreux pays, l'ajout de chlore dans l'eau du robinet est une pratique standardisée et réglementée par les autorités sanitaires.

Cependant, cette méthode de traitement de l'eau pose aujourd'hui une question majeure : le chlore pourrait-il avoir des effets indésirables sur la santé à long terme, notamment en augmentant les risques de cancer ?

Les épidémiologistes, qui étudient la distribution et les déterminants des maladies dans les populations, s'intéressent particulièrement à ce sujet, car l'exposition au chlore peut se produire non seulement en buvant de l'eau, mais aussi en inhalant des vapeurs lors de la douche ou en absorbant des résidus par la peau.

2

Formation de sous-produits

Lorsqu'il est ajouté à l'eau, le chlore réagit avec des matières organiques naturellement présentes, comme les feuilles ou les algues, pour former des sous-produits de désinfection (SPD).

Parmi ces SPD, les plus étudiés sont les trihalométhanes (THM) et l'acide chloroacétique.

Ces composés sont suspectés d'être cancérigènes, c'est-à-dire capables de provoquer des mutations dans l'ADN des cellules, favorisant ainsi le développement de cancers.

Aux États-Unis, des études épidémiologiques ont montré une corrélation entre une exposition prolongée à des concentrations élevées de THM dans l'eau potable et une augmentation des cas de cancer de la vessie et du côlon.

En Europe, des normes strictes limitent la présence de ces SPD dans l'eau, mais leur présence reste inévitable à des niveaux très faibles.

Les chercheurs soulignent que le risque absolu reste faible, mais que l'exposition chronique, comme celle liée à une consommation quotidienne d'eau du robinet, mérite une attention particulière.

3

Voies d'exposition au chlore

L'exposition au chlore et à ses sous-produits ne se limite pas à la consommation d'eau.

En effet, lors d'une douche, l'eau chaude favorise l'évaporation des THM, qui sont ensuite inhalés.

Cette voie d'exposition est particulièrement préoccupante, car les poumons absorbent rapidement ces composés, qui passent ensuite dans le sang.

Une étude américaine a estimé que l'inhalation de THM pendant une douche pouvait représenter jusqu'à 50 % de l'exposition totale à ces substances, contre seulement 20 % pour la consommation d'eau et 30 % pour le contact cutané.

De plus, la chaleur de l'eau ouvre les pores de la peau, augmentant l'absorption des résidus de chlore et de SPD.

Les épidémiologistes s'interrogent donc sur l'impact cumulé de ces différentes voies d'exposition, notamment dans les régions où la qualité de l'eau est médiocre ou où les normes sont moins strictes.

4

Risques et niveaux d'exposition

Les études épidémiologiques menées jusqu'à présent montrent des résultats contrastés.

Certaines suggèrent un lien entre une exposition prolongée à des concentrations élevées de THM et une augmentation modérée des risques de certains cancers, comme celui de la vessie ou du rectum.

Par exemple, une méta-analyse publiée en 2020 a estimé que chaque augmentation de 10 microgrammes par litre (µg/L) de THM dans l'eau potable était associée à une hausse de 5 % du risque de cancer de la vessie.

Cependant, les risques restent faibles en valeur absolue, et les autorités sanitaires insistent sur le fait que les bénéfices de la chloration de l'eau, en termes de prévention des maladies infectieuses, dépassent largement les risques potentiels.

En France, la limite réglementaire pour les THM est fixée à 100 µg/L, un seuil jugé sûr par les experts, mais qui fait l'objet de débats parmi les scientifiques.

5

Solutions et alternatives

Face à ces interrogations, des solutions alternatives à la chloration de l'eau sont étudiées, comme l'utilisation de l'ozone ou des rayons ultraviolets pour désinfecter l'eau.

Ces méthodes, bien que plus coûteuses, ne génèrent pas de sous-produits cancérigènes.

Cependant, elles présentent d'autres défis, comme une efficacité réduite contre certains parasites ou une durée de conservation plus courte de l'eau désinfectée.

En attendant, les autorités sanitaires recommandent de limiter l'exposition au chlore en aérant les pièces lors des douches, en utilisant des filtres à charbon actif pour l'eau potable ou en laissant reposer l'eau du robinet dans une carafe avant de la consommer, ce qui permet aux THM de s'évaporer partiellement.

Les experts rappellent également que l'arrêt brutal de la chloration de l'eau pourrait entraîner une résurgence de maladies infectieuses, un risque jugé inacceptable par la plupart des épidémiologistes.

6

Recommandations des experts

Les épidémiologistes et les autorités sanitaires s'accordent sur un point : il n'existe pas de preuve définitive d'un lien causal entre le chlore dans l'eau potable et le cancer.

Cependant, ils recommandent une approche prudente, notamment pour les populations les plus vulnérables, comme les femmes enceintes, les jeunes enfants ou les personnes immunodéprimées.

Ces groupes pourraient bénéficier de mesures de précaution supplémentaires, comme l'utilisation d'eau en bouteille pour la consommation ou l'installation de filtres spécifiques.

Par ailleurs, les chercheurs appellent à renforcer la surveillance des concentrations de THM dans l'eau, en particulier dans les zones où les ressources en eau sont limitées ou où les infrastructures de traitement sont vieillissantes.

Enfin, ils soulignent l'importance de la transparence et de l'information du public, afin que chacun puisse prendre des décisions éclairées sur sa consommation d'eau.

Commentaires (0)

Connecte-toi pour commenter

Se connecter

Aucun commentaire pour le moment.

Découvre plus de contenu sur Napseflow