NapseflowNapseflow
Numérique

Bitcoins : des clés cryptographiques des wallets de Coldcard trop faciles à reconstituer

Next.ink · mis à jour il y a 6 h

Mauvaise surprise pour des utilisateurs de portefeuilles de bitcoins de Coldcard. Des petits malins ont su reconstituer leurs phrases de récupération, générées par une méthode trop simple.

Erreur logicielle critique

Une faille dans le logiciel des portefeuilles physiques Coldcard (modèles Mk2, Mk3, Mk4, Q et Mk5) a empêché l’utilisation correcte de leur générateur matériel de nombres aléatoires pour créer les seeds. Ces seeds sont des phrases de récupération composées de 12 ou 24 mots, qui servent à reconstituer les clés privées permettant d’accéder aux bitcoins. Normalement, ces clés sont impossibles à deviner grâce à un hasard cryptographique. Cependant, le code défectueux a forcé le système à utiliser une méthode de secours basée sur des données prévisibles, comme le numéro de série de la puce ou l’heure de l’horloge interne. Cette erreur a réduit drastiquement l’entropie, c’est-à-dire le niveau d’imprévisibilité des seeds, les rendant vulnérables à des attaques par force brute.

Vols massifs de bitcoins

Entre le 30 juillet et le 3 août 2026, trois vagues de vols ont ciblé 1 816 adresses Bitcoin liées à des portefeuilles Coldcard, totalisant 1 816 BTC, soit environ 114 millions de dollars. Les attaques ont été réalisées en seulement 41 minutes lors de la première vague, puis répétées avec une rapidité similaire. Les bitcoins ne sont pas stockés dans les portefeuilles physiques, mais sur la blockchain Bitcoin. Les clés privées volées permettaient aux attaquants de transférer ces fonds vers quatre adresses Bitcoin contrôlées par les pirates. Les transactions sont publiques, mais les identités des voleurs restent inconnues, bien qu’un compte payant auprès d’un fournisseur de données blockchain ait pu laisser des traces exploitables pour les identifier.

Mécanisme de l’attaque

Les attaquants n’ont pas eu besoin de pirater les appareils Coldcard. Ils ont simplement reproduit le générateur de seeds défectueux sur leurs propres machines, puis testé systématiquement toutes les combinaisons possibles de seeds générées par ce système. Sur les anciens modèles (Mk2 et Mk3), l’entropie était quasi nulle, car aucune source aléatoire sécurisée n’était utilisée. Sur les modèles plus récents (Mk4, Q et Mk5), une source aléatoire existait, mais elle ne fournissait que 32 bits d’entropie, soit environ 4 milliards de combinaisons possibles. Ce nombre, bien que gigantesque à l’échelle humaine, est suffisamment faible pour être exploré par des ordinateurs en quelques heures ou jours. Une fois la seed devinée, toutes les clés privées et adresses associées au portefeuille étaient compromises.

Conséquences pour les utilisateurs

Les utilisateurs de Coldcard doivent impérativement mettre à jour leur firmware, mais cela ne suffit pas. Il est crucial de générer une nouvelle seed à partir d’un système mis à jour, puis de transférer tous les bitcoins vers les nouvelles adresses créées avec cette seed. Les anciennes seeds générées par le système défectueux restent vulnérables et doivent être considérées comme compromises. Coldcard a confirmé que les modèles récents (Mk4, Q et Mk5) utilisaient une source aléatoire sécurisée, mais avec seulement 32 bits d’entropie, ce qui reste insuffisant pour une sécurité optimale. Les utilisateurs sont donc invités à vérifier la version de leur appareil et à suivre les recommandations du fabricant.

Ce que ça pourrait changer

Cet incident illustre un principe fondamental en cryptographie : la robustesse d’une clé dépend entièrement de la méthode utilisée pour la générer. Même une clé de 128 ou 256 bits peut être compromise si le générateur de nombres aléatoires (*RNG*) utilisé pour la créer est faible ou prévisible. Plusieurs exemples historiques montrent que des algorithmes théoriquement solides peuvent être affaiblis par une implémentation défectueuse. En 2010, des chercheurs ont révélé une faille dans la console **PlayStation 3** : l’algorithme *ECDSA* utilisé pour signer les logiciels réutilisait la même valeur secrète (*nonce*) pour plusieurs signatures, permettant de calculer la clé privée de Sony. En 2014, le **NIST** a retiré l’algorithme *Dual_EC_DRBG* de ses recommandations en raison de ses faiblesses et de soupçons de porte dérobée conçue par la **NSA**. Ces cas soulignent l’importance de tester rigoureusement les implémentations cryptographiques avant leur adoption.

Sujets complémentaires