Cyberviolences conjugales : quand les nouvelles technologies deviennent un outil au service de l'emprise. Par Flora Labrousse, Avocat.
Pendant longtemps, les violences conjugales étaient essentiellement appréhendées à travers les violences physiques. Pourtant, les violences psychologiques constituent souvent le socle de l'emprise exercée par un auteur sur son conjoint ou son ancien conjoint. Avec l'essor des nouvelles technologies…
Résumé
Technologies et emprise conjugale
L’article explique comment les nouvelles technologies, comme les smartphones, les réseaux sociaux ou les objets connectés, peuvent être détournées pour exercer une emprise sur un partenaire dans un couple.
Cette pratique, appelée cyberviolence conjugale, consiste à utiliser ces outils numériques pour surveiller, contrôler, humilier ou menacer l’autre personne.
Par exemple, un conjoint peut exiger l’accès aux mots de passe, géolocaliser en permanence son partenaire via une application, ou encore diffuser des informations personnelles ou des images intimes sans consentement.
Ces actes s’inscrivent dans une dynamique de violence psychologique et peuvent aggraver la dépendance de la victime.
L’auteure, Flora Labrousse, avocate spécialisée, souligne que ces comportements relèvent d’une stratégie de domination, où la technologie devient un instrument de pouvoir.
Formes multiples de cyberviolence
Les cyberviolences conjugales prennent plusieurs formes, souvent insidieuses.
Parmi elles, on trouve le revenge porn (diffusion d’images intimes sans consentement), le harcèlement en ligne via des messages ou des publications, ou encore l’usurpation d’identité sur les réseaux sociaux pour discréditer la victime.
Une autre pratique courante est l’envoi massif de messages ou d’appels pour contrôler les déplacements ou les interactions de l’autre.
L’auteure mentionne également l’utilisation de logiciels espions (spyware) pour surveiller les activités numériques d’un partenaire, comme les messages, les recherches internet ou les appels.
Ces outils, souvent légaux à l’achat, sont détournés pour des fins malveillantes.
Ces actes peuvent laisser des traces numériques difficiles à effacer, aggravant le sentiment de vulnérabilité de la victime.
Cadre juridique et recours
En France, les cyberviolences conjugales sont reconnues comme une forme de violence psychologique et peuvent être poursuivies au titre du droit pénal.
L’article précise que ces actes peuvent relever de qualifications juridiques variées, comme le harcèlement moral (article 222-33-2-2 du Code pénal), l’usurpation d’identité (article 226-4-1 du Code pénal), ou encore la violation de la vie privée (article 226-2 du même code).
L’auteure insiste sur l’importance de conserver des preuves numériques (captures d’écran, logs, messages) pour appuyer une plainte.
Elle recommande également de signaler ces violences à des associations spécialisées, comme le 3919 (numéro national d’écoute pour les victimes de violences conjugales) ou des plateformes comme Pharos (plateforme de signalement des contenus illicites en ligne).
Une prise en charge pluridisciplinaire (juridique, psychologique, sociale) est souvent nécessaire pour aider les victimes à se reconstruire.
Rôle des plateformes numériques
Les plateformes numériques (réseaux sociaux, messageries, applications de géolocalisation) jouent un rôle ambivalent dans les cyberviolences conjugales.
D’un côté, elles offrent des outils de communication et de sécurité, comme le partage de localisation en cas d’urgence.
De l’autre, elles peuvent être détournées pour exercer un contrôle abusif.
L’article souligne que certaines entreprises, comme Apple ou Google, ont mis en place des mécanismes pour détecter et bloquer les logiciels espions sur leurs appareils, mais ces mesures restent insuffisantes.
Les victimes sont souvent confrontées à des difficultés pour faire supprimer des contenus diffamatoires ou des comptes harcelants, en raison des délais de modération ou des politiques de confidentialité.
L’auteure appelle à une responsabilité accrue des plateformes dans la prévention et la lutte contre ces violences.
Prévention et protection
Pour se protéger des cyberviolences conjugales, l’article propose plusieurs mesures préventives.
Il est conseillé de sécuriser ses appareils en utilisant des mots de passe robustes, en activant la double authentification et en limitant le partage de données personnelles.
Les victimes sont encouragées à désactiver les fonctionnalités de géolocalisation non essentielles et à éviter de partager des informations sensibles en ligne.
L’auteure recommande également de consulter des ressources spécialisées, comme le site cybermalveillance.gouv.fr, qui propose des guides pratiques pour renforcer sa sécurité numérique.
Enfin, elle insiste sur l’importance de briser l’isolement en se tournant vers des proches ou des professionnels (psychologues, avocats, associations) pour obtenir un soutien adapté.
La prévention passe aussi par une sensibilisation des proches, qui peuvent repérer des signes alarmants et orienter la victime vers des structures d’aide.
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