Des syndiqués dans un entrepôt de Walmart, une première en Amérique du Nord

Des employés de Walmart en banlieue de Toronto ont ratifié un premier contrat négocié par un syndicat.
Résumé
Première syndicalisation
Les 850 employés d'un entrepôt de Walmart à Mississauga, en banlieue de Toronto, ont signé une convention collective avec le syndicat Unifor en mai 2026.
Il s'agit du premier contrat négocié par un syndicat avec Walmart en Amérique du Nord.
Ce centre de distribution est désormais le seul entrepôt de l'entreprise en Amérique du Nord où les travailleurs sont syndiqués.
Martin Gaouette, employé depuis 26 ans chez Walmart, a initié cette démarche syndicale.
Il explique que certains travailleurs, malgré des décennies de service, gagnaient seulement 24 $ de l'heure, un salaire jugé insuffisant pour leurs conditions de travail.
Conditions de travail
La convention collective, valable pour deux ans, prévoit des améliorations significatives pour les employés.
La première année inclut une hausse de salaire de 5 $ l'heure, tandis que la deuxième année prévoit une augmentation de 3 %.
Les travailleurs bénéficient également d'horaires plus stables et d'avis obligatoires avant l'introduction de nouvelles technologies.
Rodolfo Pilozo, un employé, note que les superviseurs sont devenus plus indulgents depuis la signature du contrat.
Martin Gaouette observe que les heures supplémentaires ne sont plus imposées, mais demandées.
Le directeur du service de recrutement d'Unifor, Justin Gniposky, souligne que le secteur de l'entreposage est essentiel pour l'économie canadienne, mais que les emplois y sont souvent précaires, mal payés et soumis à des charges de travail élevées.
Négociations et délais
Les négociations entre Walmart et le syndicat Unifor ont débuté en 2024 et ont duré près de deux ans.
Justin Gniposky affirme que Walmart a délibérément ralenti le processus pour miner la confiance des travailleurs envers le syndicat et affaiblir leur solidarité.
Walmart Canada n'a pas répondu aux questions spécifiques de Radio-Canada, mais a déclaré que le nouveau contrat garantissait une rémunération équivalente à celle des collègues dans des postes similaires ailleurs au pays.
La présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville, estime que cette victoire syndicale renforce le mouvement syndical au Canada et espère que d'autres travailleurs suivront l'exemple.
Contexte canadien
La syndicalisation est davantage ancrée au Canada qu'aux États-Unis, où seulement 11 % des travailleurs sont syndiqués contre 30 % au Canada, selon une étude de 2023.
Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa, explique que les multinationales américaines comme Walmart ou Amazon préfèrent gérer leurs employés directement aux États-Unis, sans intermédiaire syndical.
Au Canada, le droit de s'associer et de former un syndicat est protégé par la Charte canadienne des droits et libertés.
Cependant, les employeurs peuvent tenter de freiner ces démarches par des stratégies antisyndicales, comme des fermetures de sites après une syndicalisation.
Exemples antisyndicaux
Plusieurs exemples illustrent les stratégies antisyndicales des multinationales.
Walmart a fermé son magasin de Jonquière en 2005, quelques mois après la syndicalisation de ses employés.
Amazon a également fermé sept entrepôts au Québec en janvier 2025, peu après la syndicalisation de ses travailleurs à Laval.
La multinationale nie tout lien entre ces fermetures et la syndicalisation, mais Caroline Senneville de la CSN estime que ces décisions visaient à dissuader d'autres employés de se syndiquer.
Amazon a déjà été condamné pour ingérence antisyndicale au Québec, et un procès similaire est en cours pour son entrepôt de Laval.
Différences provinciales
Les lois provinciales influencent fortement le pouvoir des syndicats face aux employeurs.
En Colombie-Britannique, le Code du travail permet au gouvernement d'imposer un contrat si aucune entente n'est trouvée, une mesure que le syndicat Unifor espère voir appliquer pour les travailleurs d'un entrepôt Amazon à Delta.
Justin Gniposky déclare que le syndicat fera tout pour obtenir une première convention collective en Amérique du Nord pour ces employés.
Gilles LeVasseur souligne que cette politique est efficace, contrairement à l'Ontario, où le processus d'accréditation syndicale est plus restrictif.
Il craint que les entreprises se déplacent vers des provinces où la syndicalisation est plus difficile.
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