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Détruire des livres pour entraîner des IA : Anthropic accusé d’un autodafé numérique

Nicolas Lellouche· 28 juillet 2026
Détruire des livres pour entraîner des IA : Anthropic accusé d’un autodafé numérique

Sur X, des messages vus des centaines de milliers de fois accusent les entreprises d'IA de racheter des livres rares en masse pour les découper, les scanner et les détruire, afin d'entraîner leurs modèles. Cette politique peut-elle changer ?

Résumé

1

Accusation virale sur X

En juillet 2026, un message publié sur X (ex-Twitter) par le compte HedgieMarkets, vu plus de 500 000 fois, accuse des entreprises d’IA d’acheter des livres rares en masse pour les scanner après avoir découpé leurs reliures, puis de détruire les originaux.

Ce message a provoqué un vif émoi parmi des universitaires, des élus américains et des internautes, certains comparant cette pratique à un nouvel incendie de la bibliothèque d’Alexandrie ou à une réédition moderne de Fahrenheit 451, un roman où les livres sont brûlés.

L’accusation symbolise, selon ses détracteurs, les conséquences négatives de l’intelligence artificielle.

Cependant, le message mêle des faits avérés, des soupçons et des exagérations, sans que la responsabilité directe d’une entreprise ne soit clairement établie dans ce post.

2

Project Panama révélé

En juin 2025, un procès intenté par trois auteurs américains contre l’entreprise Anthropic a révélé l’existence d’un projet secret nommé Project Panama, lancé début 2024.

Ce projet consistait à acheter des millions de livres d’occasion, notamment avant 2022, pour les scanner et détruire les originaux.

En janvier 2026, le Washington Post a confirmé ces pratiques après avoir analysé plus de 4 000 pages de documents judiciaires.

Anthropic aurait dépensé des dizaines de millions d’euros pour acquérir ces livres, souvent via des intermédiaires, afin d’entraîner ses modèles d’IA comme Claude.

Les livres publiés avant 2022 sont particulièrement recherchés car ils garantissent des textes non générés par IA, contrairement au web, désormais saturé de contenus artificiels.

3

Processus industriel de destruction

Le processus utilisé par Anthropic pour scanner les livres est industriel et destructif.

Une machine hydraulique découpe systématiquement les reliures des livres, libérant les pages qui sont ensuite scannées à grande vitesse avant d’être recyclées.

Cette méthode est bien plus rapide et moins coûteuse que le scan à plat, qui nécessite de tourner les pages une à une sans abîmer l’ouvrage.

Cependant, cette pratique est controversée car elle associe la destruction de livres à la perte de savoir.

Anthropic a justifié ce choix par des raisons juridiques : selon une décision de justice de juin 2025, numériser des livres achetés légalement relève du fair use (usage équitable) à condition que la copie numérique remplace l’original, qui doit être détruit.

Cela évite de créer une copie supplémentaire et fragiliserait la défense de l’entreprise.

4

Fair use et cadre juridique

La destruction des livres après numérisation repose sur une interprétation juridique du fair use, un concept américain qui permet d’utiliser des œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation, sous certaines conditions.

En juin 2025, le juge fédéral William Alsup a estimé que le téléchargement de 7 millions de livres piratés ne relevait pas du fair use, mais que la numérisation de livres achetés légalement pour entraîner une IA était autorisée, à condition que l’original soit détruit.

Cette décision, rendue en première instance, n’est pas définitive et ne lie pas les autres tribunaux.

D’autres juges pourraient donc trancher différemment, ce qui laisse planer une incertitude juridique sur cette pratique.

5

Réaction d’Elon Musk

Face à la polémique en juillet 2026, Elon Musk a réagi en annonçant que SpaceXAI, sa division dédiée à l’intelligence artificielle, ne détruirait plus les livres rares.

Il a demandé à son équipe de les préserver dans une bibliothèque et de les scanner « à la dure », c’est-à-dire sans découper les reliures, une méthode plus respectueuse mais aussi plus coûteuse et lente.

Cette déclaration, invérifiable à ce stade, pourrait marquer un tournant dans les pratiques de l’industrie.

Anthropic, principal visé par les critiques, pourrait être contraint de revoir sa stratégie pour éviter une image publique très négative, alors que les polémiques autour de l’IA s’accumulent, comme le piratage massif, la consommation énergétique ou la pollution du web par des contenus artificiels.

6

Rôle d’ISBNdb

ISBNdb est une base de données spécialisée dans les livres qui propose désormais ses services aux laboratoires d’IA pour faciliter l’achat de livres en masse.

Elle permet de passer des commandes allant de 1 000 à un million de livres, avec un accord de confidentialité pour ses clients.

Sur son site, ISBNdb met en avant le slogan « Les meilleures données d’entraînement au monde dorment sur une étagère », soulignant que les livres papier, surtout ceux publiés avant 2022, sont des sources de données précieuses pour entraîner les modèles d’IA.

Cette entreprise agit comme un intermédiaire entre les libraires et les laboratoires, sans révéler l’identité de ses clients, ce qui rend difficile l’identification des entreprises impliquées dans ces achats massifs.

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