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Le Viêt Nam a franchi le cap des 100 millions d’habitants. Et demain ?

The Conversation France · mis à jour 30 juin

Le Viêt Nam vient de franchir le seuil de 100 millions d’habitants et sa population continue d’augmenter. Jusqu’où ? À quoi la population du pays ressemblera-t-elle demain ? Retraçons l’évolution démographique du Viêt Nam et comparons-la à celles d’autres pays d’Asie pour repérer les spécificités vietnamiennes.

Population vietnamienne en 2023

En 2023, le Viêt Nam a atteint le seuil symbolique de 100 millions d’habitants, selon les données des Nations unies. Ce chiffre représente une croissance démographique impressionnante : en 1976, après la réunification du pays, la population n’était que de 46 millions, et seulement de 16 millions en 1926. Cette augmentation s’explique par une transition démographique, un phénomène mondial où la mortalité, notamment infantile, diminue grâce aux progrès médicaux et sanitaires, tandis que la natalité reste élevée avant de baisser progressivement. La croissance annuelle a atteint un pic de plus de 3 % dans les années 1950, mais elle ralentit depuis, en raison d’une baisse de la fécondité. En 2023, les Vietnamiennes ont en moyenne 1,9 enfant par femme, contre 6 enfants dans les années 1960.

Projections démographiques

Les projections des Nations unies indiquent que la population vietnamienne pourrait continuer à croître jusqu’à 110 millions d’habitants vers le milieu du XXIᵉ siècle (vers 2050), avant de diminuer pour atteindre 92 millions en 2100. Ce scénario repose sur l’hypothèse que la fécondité, actuellement de 1,9 enfant par femme, continuera de baisser pour atteindre 1,7 enfant par femme d’ici 2100. Cette évolution reflète un vieillissement progressif de la population, avec une pyramide des âges qui se rétrécit à la base, comme le montre la figure 3 de l’article. Le gouvernement vietnamien a d’ailleurs abandonné en 2025 sa politique de limitation des naissances à « un ou deux enfants » pour encourager désormais les familles à avoir deux enfants, face à ce vieillissement accéléré.

Politique de contrôle des naissances

Dès les années 1960, le Viêt Nam a mis en place une politique de limitation des naissances pour freiner la croissance démographique. En 1963, le gouvernement a restreint les familles à trois enfants, puis à « un ou deux enfants » en 1988, avec des restrictions plus strictes dans les zones urbaines et densément peuplées. Cette politique était moins contraignante pour les minorités ethniques des régions rurales et isolées, autorisées à avoir trois enfants. Cependant, son rôle exact dans la baisse de la fécondité reste difficile à mesurer, car d’autres pays d’Asie comme la Chine, la Corée du Sud ou la Thaïlande ont connu une baisse similaire de la natalité sans toujours recourir à des mesures coercitives. Par exemple, la Thaïlande a utilisé des incitations financières et la libéralisation de l’avortement dès les années 1970.

Déséquilibre des sexes à la naissance

Depuis les années 2000, le Viêt Nam observe un déséquilibre croissant entre le nombre de garçons et de filles à la naissance, avec un rapport de 114 garçons pour 100 filles dans les années 2010, contre un équilibre naturel de 105 garçons pour 100 filles. Ce phénomène est lié à une préférence culturelle pour les garçons, notamment dans le nord du pays, influencé par des traditions confucéennes où les garçons perpétuent la lignée familiale. L’utilisation généralisée de l’échographie a permis des avortements sélectifs de filles, aggravant ce déséquilibre. Le sud du Viêt Nam, culturellement proche du Cambodge et de la Thaïlande, est moins touché par ce phénomène. Ce déséquilibre pourrait ralentir la croissance démographique plus rapidement que prévu, car les générations de garçons surreprésentés auront des difficultés à trouver des partenaires, réduisant ainsi le taux de natalité.

Conséquences du vieillissement

Le vieillissement de la population vietnamienne est déjà visible et s’accélérera dans les décennies à venir, comme le montrent les pyramides des âges de la figure 3. Ce phénomène est amplifié par le déséquilibre des sexes et la baisse de la fécondité. En 2025, le gouvernement a abandonné sa politique restrictive pour encourager les familles à avoir deux enfants, mais cette mesure pourrait ne pas suffire à inverser la tendance. Le Viêt Nam suit ici le même chemin que ses voisins asiatiques, comme la Chine ou la Corée du Sud, où le vieillissement démographique pose déjà des défis économiques et sociaux majeurs. La baisse de la population pourrait atteindre 92 millions d’habitants d’ici 2100, avec des répercussions sur le marché du travail, les systèmes de retraite et la croissance économique.

Ce que ça pourrait changer

Le Viêt Nam se situe entre la Chine, qui a appliqué une politique de l’enfant unique dès 1979, et des pays comme la Thaïlande ou la Corée du Sud, où les mesures de contrôle des naissances ont été moins coercitives. En 2023, la fécondité était de 0,7 enfant par femme en Corée du Sud, 1,0 en Chine et 1,2 en Thaïlande, contre 1,9 au Viêt Nam. La Corée du Sud et la Chine ont aussi été pionnières dans le déséquilibre des sexes à la naissance, avec des rapports de masculinité dépassant 110 garçons pour 100 filles dès les années 1990. Le Viêt Nam, où ce phénomène est plus récent, pourrait connaître des défis similaires dans les décennies à venir, notamment en matière de vieillissement et de pénurie de main-d’œuvre.

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