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Haïti : les gangs étendent leur emprise jusque dans les camps de déplacés

ONU : Migrants et réfugiés· 10 juillet 2026

Pendant des années, fuir son quartier pouvait suffir à échapper aux gangs haïtiens. Aujourd’hui, même les camps de déplacés ne sont plus des refuges.

Résumé

1

Crise humanitaire aggravée

En Haïti, la situation humanitaire s’est dramatically aggravée en 2026, avec 6,4 millions de personnes (soit plus de la moitié de la population) ayant besoin d’une aide d’urgence.

Les violences des gangs ont forcé des centaines de milliers de familles à fuir leur domicile, créant une crise sans précédent.

À Port-au-Prince, capitale du pays, les camps de déplacés sont désormais infiltrés par les groupes armés, qui imposent leur loi aux populations les plus vulnérables.

Les témoignages recueillis par des organisations humanitaires comme le Norwegian Refugee Council (NRC) révèlent des scènes de terreur : des femmes dormant sur leurs filles pour les protéger des viols, des enfants traumatisés brisant des vitres pour s’automutiler, et des nouveau-nés et leurs mères dormant à même le sol dans les hôpitaux publics.

Un seul hôpital public sur 10 fonctionne encore normalement dans le pays.

2

Violences ciblant femmes et enfants

Les violences en Haïti touchent particulièrement les femmes et les enfants, qui subissent des atrocités systématiques.

Les viols, y compris collectifs, sont devenus omniprésents et sont utilisés comme une arme de guerre par les gangs.

Les organisations humanitaires rapportent que ces violences sont désormais perçues comme « normales » par une partie de la population, signe d’un effondrement moral et social.

Les femmes et les filles sont souvent ciblées en représailles ou pour humilier leurs communautés.

Pour les enfants, la situation est tout aussi dramatique : le recrutement de mineurs par les gangs a augmenté de 200 % en 2025, et les violations graves commises contre eux (travail forcé, enlèvements, meurtres) ont progressé de 21 % par rapport à 2024.

Les humanitaires soulignent que ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité, car de nombreux cas ne sont pas signalés par peur des représailles.

3

Déplacements massifs et précarité

La crise des déplacements en Haïti atteint un niveau historique, avec 1,5 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, un record depuis le début des violences.

Les familles fuient à plusieurs reprises, parfois jusqu’à cinq fois, car les gangs contrôlent désormais des zones entières.

Les écoles et les bâtiments publics sont transformés en abris de fortune, où des milliers de personnes vivent entassées, sans intimité, sans accès à des latrines ou à des espaces pour cuisiner.

Les conditions sanitaires sont catastrophiques, aggravant les risques de maladies.

Par ailleurs, des centaines de personnes sont quotidiennement expulsées de la République dominicaine, un pays voisin, vers Haïti.

Certaines, comme une adolescente de 15 ans expulsée avec son nouveau-né, n’ont plus aucun foyer où retourner.

Les maisons des déplacés sont souvent incendiées par les gangs, les empêchant de rentrer chez eux.

4

Force anti-gangs : espoir et limites

Pour tenter de rétablir la sécurité, une nouvelle force multinationale, la Force de répression des gangs (FRG), a été déployée à Port-au-Prince avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cette force, non-onusienne, a pour mission de reprendre le contrôle des zones contrôlées par les gangs.

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est rendu sur place en juin 2026 pour soutenir ce déploiement.

Cependant, les humanitaires restent prudents : si une amélioration de la sécurité est indispensable, elle ne suffira pas à résoudre la crise humanitaire.

Les opérations de la FRG sont distinctes des actions humanitaires, et leur succès dépendra de leur capacité à protéger les civils.

Les organisations sur le terrain, comme le NRC ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), insistent sur la nécessité d’investir à la fois dans la sécurité et dans l’aide humanitaire, faute de quoi l’effondrement de l’État haïtien pourrait devenir irréversible.

5

Appel aux financements urgents

Les organisations humanitaires présentes en Haïti disposent encore des équipes et de l’expertise nécessaires pour étendre leur action, mais elles manquent cruellement de financements.

Sans ressources supplémentaires, leur capacité à aider les populations les plus vulnérables sera limitée.

Les humanitaires estiment que l’année 2026 offre une « fenêtre d’opportunité décisive » pour Haïti, mais que cette fenêtre se refermera rapidement si les fonds ne sont pas débloqués.

Les besoins sont immenses : distributions de nourriture, accès à l’eau potable, soins médicaux, protection des femmes et des enfants, et reconstruction des infrastructures détruites.

Sans une réponse internationale rapide, la crise humanitaire pourrait s’aggraver encore, rendant la stabilisation du pays encore plus difficile.

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