Les ultrariches doivent payer davantage d'impôts, mais par quelles mesures les y contraindre?
En France, la question de l'imposition des personnes les plus fortunées est un thème de campagne électorale récurrent. Mais des responsables politiques que l'on ne peut classer à gauche se posent aussi cette question par souci de justice sociale... et de rendement de l'impôt.
Résumé
Richesse record des ultrariches
En 2025, la richesse mondiale des particuliers a progressé de 10,8 %, son rythme le plus rapide depuis 2017, selon le Global Wealth Report de la banque UBS.
En France, le nombre de millionnaires en dollars a augmenté de 64 604 personnes, atteignant 2,388 millions, plaçant le pays parmi les six nations comptant plus de 2 millions de millionnaires.
Cette hausse s’inscrit dans un contexte de valorisation exceptionnelle des entreprises technologiques, comme les semi-conducteurs américains ou chinois, dont certaines capitalisations boursières dépassent les milliers de milliards de dollars.
Parallèlement, la France affiche un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025, avec des prélèvements obligatoires représentant 43,6 % du PIB, ce qui interroge sur la contribution des plus aisés au financement des dépenses publiques.
Concentration des richesses
Depuis les années 1980, la France connaît une forte concentration des revenus et des patrimoines.
Les 0,1 % de foyers les plus aisés, soit 40 700 ménages, détenaient en 2022 un revenu total de 42 milliards d’euros, en hausse de 119 % par rapport à 2003, contre une progression de 46 % pour les autres foyers.
Cette évolution s’explique notamment par l’augmentation des revenus du capital (dividendes, plus-values, loyers) plutôt que du travail.
Les 1 % les plus riches voient ainsi la part des revenus du capital croître, tandis que celle des revenus du travail diminue.
Cette dissociation crée une économie à deux vitesses, où la majorité des ménages dépend du travail, tandis que les plus aisés bénéficient davantage du capital.
Inégalités fiscales
Plus de 13 000 personnes disposant d’un patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros ne paient aucun impôt sur le revenu en France, et des dizaines de milliers d’autres ne contribuent que faiblement.
Cette situation s’explique par des mécanismes d’optimisation fiscale, comme l’utilisation de holdings familiales ou de sociétés civiles immobilières (SCI), qui permettent de réduire l’assiette imposable.
Les 50 plus grands patrimoines immobiliers, par exemple, génèrent des revenus imposables relativement faibles, car leurs propriétaires privilégient des revenus taxés au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % plutôt qu’au barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Le coefficient de Gini, indicateur des inégalités, est passé à 0,302 en 2024 en France, contre une tendance à la baisse dans l’Union européenne.
Fiscalité favorable au capital
La transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) en 2018, ainsi que la création du PFU, ont favorisé la rentabilité du capital.
Ces réformes ont contribué à une imposition régressive des plus hauts patrimoines, car les revenus du capital (dividendes, plus-values) sont moins taxés que les revenus du travail.
Par ailleurs, l’État peine à évaluer l’ensemble des actifs des ménages les plus fortunés, notamment les avoirs financiers ou détenus à l’étranger.
Cette situation résulte en une imposition moindre pour les ultrariches, malgré leur capacité financière accrue.
Propositions de réforme
Face à ces constats, des économistes comme Thomas Piketty ou Daniel Zucman ont proposé des mesures radicales, comme une taxe Zucman (impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 10 millions d’euros) ou des tranches marginales d’impôt sur le revenu dépassant 45 %.
Cependant, ces solutions soulèvent des défis : risque de fuite des capitaux vers des paradis fiscaux, difficulté à cibler les bonnes catégories de contribuables, et arbitrage entre efficience économique, rendement fiscal et équité.
Une commission d’enquête parlementaire, créée en 2026, a privilégié des mesures techniques pour améliorer la transparence et réduire les niches fiscales, plutôt qu’un « big bang » fiscal.
Limites des réformes
La commission d’enquête parlementaire a écarté l’idée d’une hausse généralisée des taux d’imposition, jugée inefficace et risquée dans un contexte de concurrence internationale.
Elle a plutôt recommandé de resserrer les dispositifs dérogatoires, souvent utilisés par les ménages les plus aisés, et d’améliorer les outils de l’administration fiscale pour mieux évaluer l’ensemble des patrimoines.
Parmi les 19 propositions, sept visent à renforcer la transparence sur les revenus et actifs des ultrariches.
L’objectif est d’améliorer le rendement et l’équité de l’impôt sans nuire à l’attractivité économique de la France.
Contexte économique difficile
La France fait face à un contexte économique et géopolitique complexe en 2026 : ralentissement de la croissance (–0,1 % au premier trimestre, +0,2 % au deuxième), hausse des dépenses militaires, tensions géopolitiques (guerre en Iran, canicules et feux de forêt).
Dans ce cadre, la question de la contribution des ultrariches aux finances publiques devient centrale.
Alors que le gouvernement demande des efforts à l’ensemble des citoyens, l’enrichissement des plus aisés interroge sur l’équité fiscale.
Les inégalités, bien que moins marquées qu’aux États-Unis ou en Suisse, restent un enjeu politique et social majeur.
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