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En Angola, le chantier d'un barrage révèle des tombes de 600 ans d'une civilisation oubliée : elles vont finir englouties sous les eaux

Laurie Henry· 31 juillet 2026

À Caculo Cabaça, des archéologues ont daté les plus anciennes sépultures connues d'Angola et une crémation inédite. Le site disparaîtra bientôt sous le réservoir d'un barrage hydroélectrique.

Résumé

1

Découverte archéologique majeure

En Angola, lors de la construction d’un barrage sur le fleuve Kwanza, des archéologues ont mis au jour plus de 50 tombes appartenant à une civilisation inconnue datant d’environ 600 ans.

Ces sépultures, datées entre les XVe et XVIIe siècles, ont révélé des artefacts et des pratiques funéraires inédites, suggérant l’existence d’une société organisée et complexe.

Les fouilles ont été menées en urgence, car le chantier du barrage de Caculo-Cabaça, un projet hydroélectrique majeur, menace de submerger définitivement ces vestiges sous les eaux.

Les chercheurs estiment que ces découvertes pourraient réécrire une partie de l’histoire précoloniale de l’Afrique australe, une région encore peu explorée par l’archéologie.

2

Menace d’inondation des sites

Le barrage de Caculo-Cabaça, dont la construction a débuté en 2017, est un projet colossal visant à produire de l’électricité pour soutenir le développement économique de l’Angola.

Avec une capacité de 2 172 mégawatts, il doit devenir l’un des plus grands barrages du pays.

Cependant, sa mise en service, prévue pour 2026, entraînera la création d’un lac artificiel de 1 700 km², engloutissant ainsi les sites archéologiques découverts.

Les autorités angolaises et les équipes de recherche ont tenté de documenter et de préserver ces vestiges avant leur disparition, mais le temps leur est compté.

Cette situation illustre un dilemme fréquent dans les grands projets d’infrastructure : concilier progrès économique et préservation du patrimoine historique.

3

Civilisation inconnue en question

Les artefacts retrouvés dans les tombes, comme des poteries, des objets en métal et des parures, indiquent que cette civilisation avait des liens avec des réseaux commerciaux lointains, peut-être jusqu’en Afrique de l’Est ou au Moyen-Orient.

Les pratiques funéraires, incluant des sépultures collectives et des offrandes, suggèrent une société hiérarchisée et peut-être liée à des royaumes ou chefferies aujourd’hui disparus.

Les chercheurs soulignent que cette découverte est exceptionnelle, car l’Afrique australe reste une zone où les traces des sociétés précoloniales sont rares.

Les analyses en laboratoire, notamment des datations au carbone 14, permettront de préciser l’âge exact de ces vestiges et de mieux comprendre leur contexte historique.

4

Urgence scientifique et éthique

Face à l’avancée des eaux, les équipes archéologiques ont travaillé dans l’urgence pour documenter et récupérer les vestiges avant leur submersion.

Des techniques modernes, comme la photogrammétrie 3D, ont été utilisées pour créer des archives numériques des sites.

Cependant, certaines structures ou objets trop fragiles ou volumineux ne pourront pas être déplacés.

Cette situation pose des questions éthiques sur la valeur accordée au patrimoine archéologique face aux besoins énergétiques et économiques.

Les chercheurs appellent à une collaboration internationale pour étudier ces découvertes avant leur perte définitive, tout en soulignant l’importance de sensibiliser le public à la fragilité de ces témoignages du passé.

5

Enjeux pour l’Angola

Pour l’Angola, ce projet de barrage représente une étape clé dans sa stratégie de développement, visant à réduire la dépendance aux énergies fossiles et à moderniser son infrastructure.

Le pays, riche en ressources naturelles comme le pétrole et les minerais, mise sur l’hydroélectricité pour diversifier son économie.

Cependant, la découverte de ces tombes soulève des questions sur la gestion des projets d’infrastructure dans un pays où l’histoire précoloniale est encore mal connue.

Les autorités angolaises ont exprimé leur volonté de concilier développement et préservation culturelle, mais les moyens alloués à l’archéologie restent limités.

Cette situation met en lumière les défis des pays en développement, pris entre modernisation et respect du patrimoine.

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