Avoir raison avec... Mary Shelley 5/5 : Frankenstein, un monstre sacré
Publié anonymement en 1818, Frankenstein connaît un succès discret avant de devenir un mythe mondial grâce aux nombreuses adaptations théâtrales. Le cinéma achève d’en faire une icône pop : de Boris Karloff en 1931 aux relectures contemporaines, la créature ne cesse de changer de visage.
Résumé
Origine du mythe
Le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne est publié anonymement le 1er janvier 1818 par Mary Shelley, alors âgée de seulement 20 ans.
Contrairement aux idées reçues, la créature décrite dans le livre n’a rien à voir avec l’image populaire du monstre vert et rapiécé au boulon dans le cou.
Dans l’œuvre originale, la créature est anonyme, intelligente, sensible et capable de ressentir des émotions profondes comme la tristesse ou l’amour.
Elle lit des classiques comme Plutarque et apprécie la musique.
Son drame réside dans son rejet par la société, qui la pousse à devenir violente.
Le sous-titre ou le Prométhée moderne fait référence au mythe grec de Prométhée, mais Mary Shelley s’inspire d’une version particulière de ce mythe, popularisée par ses proches, où Prométhée est un génie incompris et rebelle, condamné par l’ordre établi.
Ce choix renforce le thème central de l’œuvre : la tension entre révolte et résignation, ainsi que la question de la nature humaine, entre bonté innée et méchanceté acquise.
Évolution du mythe
Dès sa publication, Frankenstein connaît un succès modeste avant de devenir un mythe mondial grâce aux adaptations théâtrales et cinématographiques.
Le cinéma joue un rôle clé dans cette transformation.
La première adaptation cinématographique date de 1910, mais c’est le film de James Whale en 1931, avec Boris Karloff dans le rôle de la créature, qui fixe définitivement l’image du monstre dans l’imaginaire collectif.
Cette version popularise l’idée d’une créature lente, menaçante et dotée d’un boulon dans le cou, une image qui s’éloigne radicalement du personnage original.
Par la suite, le mythe est réinterprété à de multiples reprises dans des domaines variés : théâtre, cinéma (plus de cent adaptations), bande dessinée, jeux vidéo, etc.
Cette multiplicité des adaptations entraîne une confusion croissante entre le créateur, Victor Frankenstein, et sa créature, au point que le nom Frankenstein désigne aujourd’hui principalement la créature, alors que dans le roman, c’est le scientifique qui porte ce nom.
Effacement de l'autrice
L’un des paradoxes du mythe Frankenstein est qu’il a progressivement effacé ses origines, notamment celle de son autrice, Mary Shelley.
À sa sortie en 1818, le roman est publié anonymement, et Mary Shelley ne revendiquera la paternité de l’œuvre qu’en 1831, après la mort de son mari, le poète Percy Bysshe Shelley.
Cette anonymat initial contribue à une appropriation du récit par d’autres créateurs, notamment au cinéma, où la figure de la créature prend le pas sur celle de l’autrice.
Ainsi, le mythe devient une entité autonome, détachée de son contexte historique et littéraire, au point que le nom Frankenstein est aujourd’hui associé presque exclusivement à la créature, alors que dans le roman, c’est Victor Frankenstein, le scientifique, qui porte ce nom.
Cette inversion illustre comment un récit peut échapper à son auteur et se transformer au fil des réinterprétations.
Thèmes universels
Au-delà de son statut de mythe populaire, Frankenstein aborde des thèmes universels qui expliquent sa pérennité.
L’œuvre interroge les limites de la science et de la création, notamment à travers le personnage de Victor Frankenstein, qui défie les lois de la nature en donnant vie à une créature.
Elle explore également les conséquences de l’isolement et du rejet social, puisque la créature, bien que dotée d’une intelligence et d’une sensibilité exceptionnelles, devient monstrueuse en raison de son exclusion par les humains.
Enfin, le roman questionne la responsabilité morale du créateur envers sa création, un thème qui résonne particulièrement à l’ère des avancées technologiques comme l’intelligence artificielle ou les manipulations génétiques.
Ces questions, posées dès 1818, restent d’une actualité frappante et contribuent à faire de Frankenstein une œuvre intemporelle.
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