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Droit

La singulière histoire de Marguerite Durand, actrice de la Comédie-Française à la tête du premier journal féministe

Nouvel Obs : Droits des femmes · mis à jour 22 mars

En réponse à une humiliation du « Figaro », Marguerite Durand créa « la Fronde », un journal très en vue, où travaillaient des femmes telles que Clémence Royer, traductrice de Darwin. Yoann Iacono a retracé le journalisme politique de celle qui rassembla toute une génération de pionnières.

Marguerite Durand, une actrice engagée

Marguerite Durand (1864-1936) était une figure majeure du théâtre français, ayant débuté comme actrice à la Comédie-Française, une institution prestigieuse du spectacle vivant en France. Son parcours artistique lui a valu une notoriété publique, mais c’est son engagement pour les droits des femmes qui a marqué l’histoire. En 1896, alors qu’elle travaillait pour le journal Le Figaro, elle couvrit un congrès féministe international à Paris. Ce congrès, organisé à une échelle mondiale, réunissait des militantes et des intellectuels pour discuter des droits des femmes, un sujet encore marginalisé à l’époque. L’article souligne que son statut d’actrice lui a permis d’éviter les discriminations sexistes habituelles dans le milieu journalistique, voire de bénéficier d’une attention particulière de la part de certains hommes influents, comme le député socialiste René Viviani ou l’homme politique Georges Clémenceau, qui étaient fascinés par sa personnalité.

Naissance d'une idée féministe

Lors du congrès féministe de 1896, Marguerite Durand découvre l’ampleur des débats sur l’égalité des droits entre les sexes. Contrairement aux attentes de ses employeurs au Figaro, qui qualifiaient ces discussions de « l’adorable brouhaha », elle perçoit l’urgence et la légitimité des revendications portées par les militantes. Cette expérience la pousse à imaginer un projet ambitieux : créer un journal entièrement rédigé par des femmes. L’idée était radicale pour l’époque, car elle remettait en cause la domination masculine dans le domaine de la presse. Le projet, baptisé « La Fronde », verra le jour peu après et deviendra le premier journal féministe en France, offrant une tribune exclusive aux femmes journalistes et écrivaines. L’article précise que Marguerite Durand refusait catégoriquement la présence d’hommes dans la rédaction, une position qui reflétait son engagement pour l’autonomie des femmes dans l’espace public.

Un journal pionnier et combatif

« La Fronde », lancé après l’inspiration de 1896, se distingue par son approche inédite : un média entièrement géré par des femmes, couvrant des sujets variés comme la politique, la culture ou les droits sociaux. Le journal s’inscrit dans un contexte où les femmes étaient exclues de nombreux domaines, y compris la presse. Marguerite Durand y défend des causes comme le droit de vote des femmes, l’accès à l’éducation ou l’égalité salariale, des sujets encore tabous à l’époque. L’article mentionne que le journal a marqué l’histoire en prouvant que les femmes pouvaient non seulement produire un contenu de qualité, mais aussi influencer le débat public. « La Fronde » a existé jusqu’en 1905, laissant une empreinte durable dans le paysage médiatique et féministe français.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son rôle pionnier dans le féminisme et le journalisme, Marguerite Durand est longtemps restée une figure méconnue de l’histoire. L’article souligne qu’elle n’a inspiré aucun roman ou biographie majeure de son vivant, ce qui contraste avec l’importance de ses combats. Aujourd’hui, son parcours est redécouvert comme un exemple de l’engagement des femmes dans la sphère publique à une époque où leur place était largement restreinte. Son histoire illustre les défis auxquels étaient confrontées les femmes souhaitant s’imposer dans des domaines dominés par les hommes, comme le théâtre, la politique ou la presse. Marguerite Durand incarne ainsi une génération de femmes qui ont brisé des barrières pour faire avancer les droits des femmes.

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