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Le coup de folie du président Paul Deschanel, tombé d'un train en pyjama

Nicolas Méra· 2 août 2026

Le 23 mai 1920, le chef d'État chute d'un train en marche, apportant une conclusion déroutante à un mandat expéditif.

Résumé

1

Un président insomniaque

Le 24 mai 1920, Paul Deschanel, président de la République française âgé de 65 ans, se présente devant son Conseil des ministres avec le visage tuméfié.

Cet événement survient après une nuit mouvementée où il a chuté d'un train en pyjama.

Plusieurs signes avant-coureurs avaient déjà alerté sur son état : en mars 1920, après un discours à Bordeaux, il avait insisté pour le relire une seconde fois devant un public perplexe.

Ces comportements étranges s'inscrivent dans un contexte de surmenage et de dépression, aggravés par les responsabilités liées à la fonction présidentielle.

Deschanel souffrait notamment d'insomnies chroniques, un problème qui l'avait poussé à prendre des somnifères, contribuant à sa désorientation.

2

La chute nocturne

Dans la nuit du 23 au 24 mai 1920, vers 23h45, Paul Deschanel, incapable de dormir malgré un somnifère, ouvre la fenêtre à guillotine de son compartiment dans un train Paris-Lyon.

Après une minute d'étourdissement, il bascule sur le ballast, se blessant légèrement et se retrouvant en pyjama.

Il se relève, époussette sa robe de chambre ensanglantée et suit les voies ferrées jusqu'à croiser un cheminot.

Ce dernier, sceptique face à ses affirmations selon lesquelles il serait le président de la République, le ramène chez lui où son épouse, convaincue de son importance («Il avait les pieds si propres»), le soigne.

Pendant ce temps, le train présidentiel continue sa route sans que personne ne remarque son absence.

3

Découverte et télégramme

Le lendemain matin, vers 7h, les conseillers du président frappent à la porte de son compartiment en gare de Roanne, découvrant sa disparition.

Une heure plus tôt, à 5h44, ils avaient pourtant reçu un télégramme inhabituel : «Un voyageur disant être monsieur Deschanel est tombé du train présidentiel.» Cependant, ils avaient choisi de ne pas réveiller le président, connu pour son insomnie, pensant à une plaisanterie.

La découverte de sa chute déclenche une réaction en chaîne : inquiétude, stupéfaction, puis moquerie généralisée.

Les chansonniers, satiristes et caricaturistes se déchaînent, alimentant la rumeur d'une perte de raison du chef de l'État.

4

Diagnostic médical

Les médecins de l'époque évoquent le syndrome d'Elpénor, une désorientation causée par la prise de somnifères, aggravée par des crises d'angoisse liées à ses fonctions.

Paul Deschanel lui-même attribue son état à un surmenage extrême, combiné à l'anxiété engendrée par les responsabilités politiques et les séquelles de la Première Guerre mondiale.

Il déclare quelques mois plus tard : *«Les effets de ce surmenage ne seraient pas arrivés à un point si grave, si les angoisses de la guerre, les douleurs des négociations de paix, les profondes préoccupations d'une situation surchargée de responsabilités, mais dépourvue de tout moyen de contrôle et d'action, n'avaient fini par provoquer ces tourments infernaux d'une effroyable anxiété.

Car ce fut là, au sens scientifique, mon mal : l'anxiété.»*

5

Fin de mandat

La chute du train marque le début de la fin pour Paul Deschanel.

Quelques mois plus tard, il est retrouvé pataugeant dans une mare à 6h du matin, un nouvel épisode qui confirme son épuisement.

Le 21 septembre 1920, après seulement sept mois de mandat, il signe sa lettre de démission, épuisé par le ridicule et l'incapacité à assumer ses fonctions.

Son héritage politique sera dès lors associé à cet épisode rocambolesque, éclipsant ses qualités passées : orateur talentueux, parlementaire avisé et membre de l'Académie française.

Il meurt deux ans plus tard, en 1922, laissant derrière lui une anecdote historique qui illustre les pressions extrêmes liées à la présidence.

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