À Dakar, des créateurs de contenus mobilisés contre la traite des personnes
Une promesse d'emploi qui tourne au piège. Une offre de migration frauduleuse diffusée sur les réseaux sociaux. Une fausse demande en mariage destinée à exploiter de jeunes femmes. À l'ère du numérique, les trafiquants utilisent les mêmes plateformes qui rapprochent les populations pour recruter le…
Résumé
Menace des réseaux criminels
Les réseaux criminels exploitent aujourd’hui les outils numériques comme les réseaux sociaux, les plateformes de messagerie ou les sites web pour organiser leurs activités illégales.
Selon Sylvie Bertrand, Représentante régionale de l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, ces outils, initialement conçus pour faciliter la communication et l’accès à l’information, sont détournés à des fins malveillantes.
Parmi les crimes concernés figurent la traite des personnes (exploitation d’individus par la force, la contrainte ou la tromperie, souvent pour le travail forcé ou l’exploitation sexuelle), le trafic illicite de migrants (organisation illégale de voyages vers un autre pays) et les arnaques en ligne (escroqueries perpétrées via internet).
Ces phénomènes sont particulièrement préoccupants en Afrique de l’Ouest, où les jeunes populations, souvent en quête de meilleures opportunités, constituent des cibles privilégiées pour ces réseaux.
Formation des créateurs
Pour lutter contre ces formes de criminalité, l’ONUDC a organisé une retraite régionale à Dakar, réunissant une vingtaine de créateurs de contenus et journalistes originaires de huit pays africains (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Tchad) ainsi qu’un influenceur congolais installé au Sénégal.
Cet événement, piloté par le Centre d’information des Nations Unies (CINU) de Dakar, visait à renforcer leurs compétences en matière de sensibilisation des jeunes.
Les participants ont notamment été formés à la vérification des informations et des images, aux techniques d’interview, à l’identification des arnaques en ligne et à la production de contenus audiovisuels.
Des experts de l’ONUDC et des forces de l’ordre sénégalaises (Police et Gendarmerie) ont partagé leur expertise sur les méthodes de recrutement des réseaux criminels et les moyens de les combattre.
Réalités des victimes
Les participants ont été sensibilisés aux réalités vécues par les victimes de la traite des personnes, notamment les femmes.
Halimatou Salissou, militante nigérienne, a expliqué que certaines femmes sont attirées par des promesses de mariage à l’étranger, avant de se retrouver piégées dans des situations d’exploitation.
Ces témoignages ont mis en lumière l’ampleur du phénomène, où des milliers de personnes, souvent issues de milieux défavorisés, sont victimes de ces réseaux chaque année.
Le projet PROMIS (Protection des migrants), soutenu par l’ONUDC et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), cible spécifiquement ces enjeux en Afrique de l’Ouest.
Outils limités des créateurs
Malgré leur rôle clé dans la sensibilisation, de nombreux créateurs de contenus en Afrique de l’Ouest disposent de moyens très limités pour produire leurs contenus.
Plusieurs participants ont souligné les difficultés financières, comme l’impossibilité d’acheter des logiciels de montage en ligne faute de carte bancaire.
Pour beaucoup, le smartphone reste l’outil principal de production.
Une masterclass animée par l’actrice et productrice Fatou Jupiter Touré et le créateur de contenu Macdi a montré comment professionnaliser leur pratique tout en respectant les principes d’éthique journalistique, malgré ces contraintes matérielles.
Témoignage impactant
Mohamed Sylla, un créateur de contenu guinéen connu sous le pseudonyme Moh Sylla, a partagé son expérience lors de la retraite.
Ancien candidat à la migration irrégulière vers l’Europe, il a décrit son périple à travers le désert, les violences subies aux mains des passeurs et son emprisonnement en Afrique du Nord.
De retour en Guinée, il a choisi de transformer cette expérience en outil de prévention en publiant des vidéos destinées à dissuader d’autres jeunes d’emprunter les mêmes routes dangereuses.
Son récit a marqué les participants, illustrant l’efficacité du témoignage personnel pour toucher les publics les plus exposés aux risques de traite ou de trafic.
Engagements post-formation
À l’issue de la retraite, les participants se sont engagés à diffuser des campagnes de sensibilisation à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des personnes, célébrée chaque année le 30 juillet.
Ils ont également exprimé leur volonté de poursuivre leurs actions auprès des jeunes dans leurs pays respectifs.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet PROMIS, qui vise à protéger les migrants et à lutter contre les réseaux criminels en Afrique de l’Ouest.
Les participants sont repartis avec une meilleure compréhension des liens entre cybercriminalité, traite des personnes et trafic illicite de migrants, ainsi qu’avec des outils concrets pour produire des contenus responsables et lutter contre la désinformation.
Commentaires (0)
Connecte-toi pour commenter
Se connecterAucun commentaire pour le moment.
Voir aussi
Plus de contenus dans cette catégorie →Découvre plus de contenu sur Napseflow


