Profiler un agresseur en série

Quand les choses vont mal, Poutine surenchérit. Selon l’ancien ambassadeur français à Moscou, il serait imprudent de parier sur un changement de méthode. L’article Profiler un agresseur en série est apparu en premier sur Le Grand Continent.
Résumé
Contexte géopolitique actuel
En juillet 2026, la Russie traverse une période difficile marquée par des échecs militaires et économiques.
Après quatre années de conflit en Ukraine, l'armée russe peine à obtenir des gains stratégiques significatifs malgré des avancées tactiques limitées.
Les frappes de drones sur des villes russes comme Saint-Pétersbourg et Moscou, ainsi que des pénuries d'essence et des blocages d'internet, illustrent une dégradation de la situation interne.
Pour la première fois, un porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a reconnu publiquement que la Russie était en guerre, qualifiant le conflit d'opération militaire spéciale initiale.
Cette admission reflète une réalité que la population russe, notamment dans les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg, commence à accepter, malgré la propagande officielle.
La situation économique se dégrade également, avec des sanctions internationales qui pèsent sur le pays et une population de plus en plus inquiète, surtout à l'approche des élections législatives prévues du 18 au 20 septembre 2026.
Stratégies du Kremlin
Face à cette impasse, le Kremlin dispose de deux options principales.
La première consisterait à proposer une fausse négociation, en manipulant notamment le président américain Donald Trump pour faire pression sur l'Ukraine.
Cette stratégie, envisageable il y a quelques mois, semble désormais compromise par l'échec militaire russe et le réalignement des États-Unis sur les positions européennes, notamment lors du G7 d'Évian en juin 2026.
La seconde option serait une escalade militaire, avec des frappes massives comme celles observées sur Kiev en juillet 2026.
Cette approche s'appuie sur une rhétorique de puissance nucléaire, avec le slogan « Une puissance nucléaire ne peut pas perdre », et une mobilisation des soutiens ultranationalistes russes.
Cependant, Moscou manque de ressources humaines pour une mobilisation supplémentaire et se heurte à une résistance ukrainienne renforcée.
Le Kremlin est donc dans une impasse : ni capable de négocier une paix durable, ni de soumettre l'Ukraine militairement.
Méthode d'agression russe
L'article propose une analyse du profilage de la Russie en tant qu'agresseur en série, c'est-à-dire l'identification de son mode opératoire à travers l'histoire.
Ce mode se décompose en trois temps.
D'abord, un projet mûri sur le long terme, fondé sur une vision historique et géopolitique de la Russie.
Vladimir Poutine, qualifié d'historien en chef, s'appuie sur la victoire de 1945 dans la Grande Guerre patriotique (nom russe de la Seconde Guerre mondiale) et sur la fin de l'URSS comme traumatismes à surmonter.
Son objectif est de restaurer la puissance russe, notamment en résolvant la question ukrainienne, perçue comme existentielle.
Ensuite, une analyse systématique des faiblesses de l'adversaire, comme la division de l'OTAN ou l'impuissance perçue de l'Union européenne.
Par exemple, le sommet de l'OTAN à Bucarest en 2008 a révélé des divergences entre Alliés sur l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie, ce que Moscou a exploité.
Enfin, le passage à l'acte, comme l'invasion de la Géorgie en 2008 ou de l'Ukraine en 2022, où la Russie mise sur des opportunités perçues comme favorables.
Faiblesses occidentales exploitées
La Russie a identifié plusieurs faiblesses dans le camp occidental pour justifier ses actions.
Aux États-Unis, l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 et le retrait chaotique d'Afghanistan en août 2021 ont été interprétés comme des signes de déliquescence du système politique américain.
En Europe, l'Union européenne est perçue comme divisée et indécise, notamment lors du sommet de février 2021 où le haut représentant Josep Borrell a été humilié par son homologue russe Sergueï Lavrov.
Les accords de Minsk, négociés en format Normandie (Allemagne, France, Russie, Ukraine) pour mettre fin au conflit dans le Donbass, n'ont jamais été appliqués, renforçant l'idée d'une Europe incapable d'agir.
La Pologne est citée comme un exemple de pays russophobe bloquant les initiatives franco-allemandes.
Ces perceptions ont convaincu Moscou que l'Occident avait une mémoire courte, était velléitaire (peu déterminé) et versatile (changeant d'avis), facilitant ainsi ses stratégies d'agression.
Conséquences pour l'Europe
Face à ce profil d'agresseur en série, l'Europe doit adapter sa stratégie pour éviter de répéter ses erreurs passées.
L'article souligne l'importance de comprendre le pattern (modèle répétitif) russe pour anticiper ses actions futures.
Par exemple, la réforme constitutionnelle russe de 2020, qui a remis à zéro les mandats présidentiels, a marqué un tournant : Poutine prépare désormais son héritage historique, avec l'ambition de rester au pouvoir jusqu'en 2036.
Pour l'Europe, cela implique de renforcer sa cohésion et sa résilience face aux manipulations russes.
La France et l'Allemagne, souvent perçues comme des acteurs clés, doivent éviter de tomber dans le piège d'une diplomatie mal préparée, comme lors de la visite ratée de Josep Borrell à Moscou.
Enfin, l'article rappelle que la Russie n'a ni l'intention de négocier une paix juste, ni la capacité de soumettre l'Ukraine militairement, ce qui rend la situation particulièrement complexe pour les décideurs européens.
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