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Droit

Au Kenya, l’affaire de la jeune PAK expose le flou juridique entourant l’avortement

Le Monde : Droit à l'avortement · mis à jour 23 mai

Alors que la Constitution fait de l’interruption volontaire de grossesse un droit fondamental, certes très encadré, le code pénal l’interdit toujours..

Contexte juridique

En avril 2026, une cour d’appel de Malindi, située dans le sud du Kenya, a rendu un jugement qui complique l’accès à l’avortement dans ce pays. Cette décision contredit un arrêt rendu en première instance en 2022, qui reconnaissait l’avortement comme un droit fondamental protégé par la Constitution kényane. La cour d’appel affirme désormais que l’avortement n’est pas un droit constitutionnel au Kenya. Cette situation crée une insécurité juridique, car les femmes et les professionnels de santé ne savent plus clairement quelles pratiques sont autorisées ou interdites. Le Kenya est un pays où des milliers de femmes meurent chaque année des suites d’avortements clandestins, souvent réalisés dans des conditions dangereuses et sans suivi médical. Cette décision judiciaire intervient dans un contexte où la législation sur l’avortement reste floue et sujette à interprétation.

Affaire de PAK

L’affaire judiciaire qui a conduit à cette décision concerne une adolescente de 16 ans, désignée sous le pseudonyme de PAK pour protéger son identité. Le 19 septembre 2019, PAK se rend en urgence dans une clinique de Kilifi, une ville située sur la côte est du Kenya. Elle présente des symptômes inquiétants : douleurs abdominales, vertiges et saignements. Le médecin Salim Mohammed, qui la reçoit, diagnostique une fausse couche et lui prodigue les soins nécessaires. Deux jours plus tard, des policiers font irruption dans la clinique et saisissent les dossiers médicaux de PAK. Le médecin et l’adolescente sont arrêtés sur place, PAK étant accusée d’avoir tenté d’avorter à l’aide de médicaments, et le praticien d’avoir fourni ces médicaments. Cette affaire illustre les tensions entre la pratique médicale et l’application stricte de la loi, ainsi que les risques encourus par les femmes et les professionnels de santé dans un cadre juridique incertain.

Conséquences sanitaires

Le Kenya enregistre chaque année des milliers de décès liés à des avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions non médicalisées. Ces interventions, réalisées en dehors du cadre légal, exposent les femmes à des complications graves, voire mortelles, en raison de l’absence de suivi médical et de stérilité des instruments utilisés. La décision de la cour d’appel de Malindi, en affirmant que l’avortement n’est pas un droit fondamental, risque d’aggraver cette situation en décourageant les femmes de consulter des professionnels de santé par crainte de poursuites. Les défenseurs du droit à l’avortement craignent que cette jurisprudence ne renforce la stigmatisation des femmes cherchant à interrompre une grossesse et ne limite encore davantage l’accès à des soins sécurisés. Le flou juridique actuel contribue ainsi à perpétuer un problème de santé publique majeur au Kenya.

Ce que ça pourrait changer

La décision de la cour d’appel de Malindi a suscité une vague de contestation parmi les défenseurs des droits des femmes et les organisations de santé au Kenya. Des manifestations ont eu lieu à Nairobi, la capitale, pour dénoncer cette interprétation restrictive de la loi. Les manifestants estiment que cette décision va à l’encontre des droits fondamentaux des femmes et aggrave les risques sanitaires liés aux avortements clandestins. Les débats portent notamment sur la nécessité de clarifier le cadre légal pour protéger à la fois les femmes et les professionnels de santé. Cette affaire met en lumière les tensions entre les interprétations judiciaires, les réalités médicales et les attentes de la société civile. La bataille judiciaire est donc loin d’être terminée, et les prochaines décisions pourraient avoir un impact majeur sur l’accès à l’avortement au Kenya.

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