«Faire primer l’intérêt de la nature sur celui d’un loisir» : la pression monte pour suspendre la chasse dans les zones incendiées
Ce mardi, une pétition pour «un moratoire immédiat de la chasse» dans les espaces sinistrés par les incendies a dépassé les 380 000 signatures. Le gouvernement et les fédérations de chasse évoquent, eux, des adaptations «au cas par cas»..
Une pétition intitulée «Pas de fusil sur les cendres», lancée le 4 août 2026 par Bruno Valentin, gérant d’un refuge pour animaux dans le Cantal, a dépassé les 380 000 signatures en quelques jours. Ce texte demande un moratoire immédiat sur la chasse dans les zones touchées par les incendies, c’est-à-dire une suspension temporaire de cette activité. La pétition propose également d’instaurer un périmètre de protection autour des espaces brûlés pour permettre aux animaux sauvages de se réfugier dans des zones épargnées sans être traqués. Une autre pétition similaire, déposée sur le site de l’Assemblée nationale, est moins suivie pour l’instant. Ces initiatives reflètent une mobilisation croissante pour protéger la faune sauvage, déjà fragilisée par les incendies.
Les feux de forêt qui ravagent la France en 2026 ont causé la mort de dizaines de milliers d’animaux sauvages, bien que le bilan exact reste difficile à établir. Parmi les victimes figurent des chevreuils fuyant les flammes, des oisillons asphyxiés par la fumée, ou encore des tortues brûlées. Les incendies, comme ceux de Gironde, illustrent l’urgence écologique actuelle. Face à cette situation, des associations de défense des animaux, dont l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), demandent une suspension de la chasse dans les territoires sinistrés. Elles soulignent que les animaux, déjà affaiblis par les feux, ne peuvent supporter une pression supplémentaire comme la chasse d’été, autorisée sous conditions pour certains animaux (chevreuil, sanglier, renard).
Cinq associations, dont l’Aspas, ont envoyé une lettre à la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, le 4 août 2026, lui demandant de suspendre la chasse dans les zones incendiées, mais aussi en cas de sécheresse ou de canicule. Elles estiment que «la responsabilité de l’État est de faire primer l’intérêt de la nature sur celui d’un loisir». Les associations proposent de reporter l’ouverture générale de la chasse, prévue début septembre, «tant que les conditions écologiques restent critiques». Elles critiquent le fait que les dates de chasse ne tiennent pas compte des conditions climatiques actuelles, aggravées par le changement climatique. Leur argumentaire repose sur la nécessité de protéger les populations animales déjà fragilisées.
Le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, a qualifié la demande de moratoire de «ridicule» et «idéologique», affirmant que les chasseurs sauraient adapter leur pratique «sans tirer sur des populations d’animaux mises à mal par les incendies». La FNC prône une approche «au cas par cas», en collaboration avec les préfets, pour suspendre la chasse si nécessaire. Juridiquement, les préfets peuvent en effet interdire la chasse pour une durée de dix jours renouvelables en cas de «calamité» susceptible de menacer le gibier. Plusieurs fédérations départementales, comme celles des Pyrénées-Orientales ou du massif du Bois Noir dans les Hautes-Alpes, ont déjà décidé d’interdire la chasse dans les zones incendiées. Le gouvernement, interrogé par l’AFP, a confirmé des adaptations «territoire par territoire», en lien avec les fédérations de chasseurs.
Le débat oppose deux visions : d’un côté, les associations écologistes et une partie de l’opinion publique, qui estiment que la chasse doit être suspendue pour protéger la faune sauvage dans un contexte de crise écologique. De l’autre, les chasseurs, qui défendent leur activité comme un loisir encadré et affirment pouvoir s’adapter aux circonstances. Le gouvernement, par la voix du Premier ministre Sébastien Lecornu, privilégie une approche décentralisée, laissant aux préfets le soin de décider des suspensions. Cette méthode suscite des critiques, notamment de la part des associations, qui estiment que *«ce ne sont pas aux chasseurs de décider»* et demandent à l’État de reprendre le contrôle pour protéger la biodiversité. Le conflit illustre les tensions autour de la gestion des espaces naturels et des activités humaines en période de crise climatique.

