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Philosophie

Marine, bergère : « Une journée typique »

Ballast · mis à jour 19 août

« L'estive », quatrième volet : une bergère témoigne. L’article Marine, bergère : « Une journée typique » est apparu en premier sur BALLAST..

Un métier en majorité féminin

Environ un tiers des gardiens et gardiennes de troupeau sont des femmes, selon les données disponibles. Marine, l’une d’elles, a découvert le pastoralisme grâce à une amie qui lui a proposé de participer à une transhumance. Cette première expérience l’a convaincue de se lancer quelques années plus tard en répondant à une annonce pour devenir aide-bergère. Aujourd’hui, elle s’occupe d’un troupeau de plus de 1 000 brebis pendant l’estive, une période où les animaux montent en alpage pour brouter des herbes fraîches. Contrairement à d’autres élevages ovins qui produisent du fromage, son troupeau est destiné à la production de viande. Pendant l’estive, qui dure environ quatre mois, les brebis gestantes mangent pour deux, ce qui nécessite une gestion rigoureuse des pâturages.

Gestion des pâturages en alpage

Le rôle principal du berger est de guider le troupeau vers des quartiers spécifiques répartis sur l’alpage, en fonction des types d’herbes disponibles et de la saison. Au début de l’estive, les brebis broutent des plantes invasives comme le queyrel (une plante herbacée) sur les plateaux en contrebas. Progressivement, elles montent vers des zones d’herbes plus tendres qu’elles affectionnent. Cette rotation permet d’entretenir les montagnes et le paysage. Quatre quartiers principaux sont utilisés : celui d’août, de septembre, d’octobre, avant la redescente pour l’agnelage (la mise bas). Le berger doit s’assurer que les brebis mangent suffisamment tout en évitant qu’elles ne dégradent prématurément les pâturages.

Routine matinale du berger

Une journée type commence vers 7 heures avec un réveil matinal. Le berger commence par un tour du parc où les brebis ont été regroupées pour la nuit, protégées par des clôtures électrifiées contre les prédateurs comme les loups. Cette inspection permet de vérifier l’état de santé du troupeau, notamment en période d’agnelage où certaines brebis peuvent mettre bas pendant la nuit. Si nécessaire, des soins sont prodigués dans un parc dédié. Ensuite, le berger répand du sel sur les rochers pour apporter des sels minéraux aux brebis. La préparation des repas pour la journée suit, puis le départ a lieu généralement entre 8h30 et 9 heures, selon la météo. Si les brebis sont humides après des pluies, il faut attendre qu’elles sèchent avant de les déplacer.

Rôle du chien de conduite

Le travail du berger s’effectue en équipe avec un chien de conduite, comme Poutchie, qui aide à diriger le troupeau. Sans ce chien, gérer un troupeau de plus de 1 000 brebis dans une montagne serait impossible. Le chien permet de rabattre les brebis vers la bonne direction, d’éviter qu’elles ne débordent dans des zones interdites ou dangereuses, et de les maintenir groupées. Il existe deux types de chiens en pastoralisme : les chiens de travail, comme les border collies, et les chiens de protection, comme les patous ou les bergers d’Anatolie. Ces derniers, élevés avec le troupeau, protègent les brebis des prédateurs (loups, etc.) et des intrus. Leur présence est cruciale lors de rencontres avec des randonneurs, car ils peuvent s’interposer pour protéger le troupeau.

Défis et apprentissages

Les premières années, Marine a ressenti une pression intense, craignant de perdre des brebis, de se tromper de quartier ou de ne pas répondre à leurs besoins. Elle a vécu des situations stressantes, comme perdre la moitié de son troupeau une nuit de pluie parce qu’elle les avait laissées dans un parc sans abri. Une autre fois, les brebis ont passé la nuit dans un quartier éloigné sans qu’elle puisse les récupérer, la privant de sommeil. Ces expériences lui ont appris à faire confiance aux brebis et à la montagne. Elle a réalisé que son rôle n’était pas de tout contrôler, mais d’accompagner leur mouvement naturel. Avec l’expérience, elle a développé une meilleure connexion avec le troupeau et une approche plus sereine, en laissant les brebis choisir leurs parcours tout en veillant à ce qu’elles restent dans les limites des pâturages.

Ce que ça pourrait changer

Les journées de berger sont longues, souvent de 10 à 12 heures, et les conditions météo peuvent être éprouvantes : vent, chaleur, froid, pluie. Les températures peuvent varier énormément entre le jour et la nuit, obligeant à s’adapter rapidement en changeant de vêtements. Marcher à un rythme lent pour suivre le troupeau est fatigant physiquement. Les journées de pluie sont particulièrement difficiles : impossibilité de fumer, de lire, vêtements trempés, et même les pauses repas deviennent inconfortables. Malgré cela, Marine apprécie son travail et se sent plus compétente avec le temps. Elle a acquis des connaissances en soins aux animaux et se sent plus autonome. Elle envisage de continuer cette activité, bien qu’elle sache que son rôle pourrait être repris par d’autres à l’avenir.

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