Au Canada, deux poids deux mesures pour les étudiants étrangers
Depuis plusieurs années, le Canada, qui se présente comme un “refuge sûr”, a fixé des nouvelles règles pour l’accueil des étudiants internationaux. Des règles discriminatoires et inefficaces, jugent deux chercheuses dans “The Conversation”.
Résumé
Nouvelle politique canadienne
En janvier 2024, le gouvernement fédéral canadien a instauré une mesure inédite en limitant drastiquement le nombre d’étudiants étrangers autorisés à s’inscrire dans les universités du pays.
Cette décision, prise par le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC), marque un tournant dans la politique d’accueil des étudiants internationaux.
Yvonne Zhang et Emma Harden-Wolfson, deux chercheuses de l’université McGill à Montréal, soulignent dans un article publié sur The Conversation que cette réforme s’accompagne de règles jugées incohérentes par les deux expertes.
Leur analyse porte sur les annonces officielles du gouvernement entre janvier 2022 et juillet 2025, période durant laquelle l’IRCC a multiplié les changements de cap sans toujours justifier ses décisions de manière claire.
Traitement différencié des étudiants
L’IRCC applique une politique à deux vitesses selon l’origine géographique des étudiants.
Par exemple, le Canada a facilité l’obtention de visas pour les ressortissants iraniens ou hongkongais, fuyant des régimes répressifs, ainsi que pour les Ukrainiens, qui ont pu bénéficier d’un programme spécifique (Programme d’autorisation de voyage Canada-Ukraine).
Près d’un million de demandes ont été approuvées dans ce cadre, permettant à 300 000 Ukrainiens de s’installer au Canada.
En revanche, les étudiants palestiniens ont été soumis à des conditions plus strictes : un plafond de 5 000 visas temporaires leur était réservé, avec la possibilité de demander un statut d’étudiant international.
Ce programme a été fermé après seulement quatre mois, une fois le quota atteint.
De même, des plafonds sont envisagés pour les étudiants originaires de pays très demandeurs comme l’Inde, le Nigeria ou la Guinée.
Contradictions du système
Le Canada encourage traditionnellement l’arrivée d’étudiants internationaux, perçus comme un atout pour l’économie locale.
Pourtant, les nouvelles règles révèlent une contradiction : ces mêmes étudiants sont ensuite accusés de peser sur le marché du travail, les services sociaux et le logement.
Les deux chercheuses dénoncent une logique discriminatoire, où l’IRCC mêle des considérations géopolitiques et des enjeux nationaux pour justifier un contrôle accru de l’immigration.
Selon elles, cette approche favorise une sélection basée sur la race, l’origine ethnique ou la nationalité des candidats, ce qui soulève des questions éthiques et juridiques.
Bilan des réformes critiqué
En 2026, le vérificateur général du Canada, équivalent de la Cour des comptes française, a évalué l’efficacité des réformes mises en place par l’IRCC.
Son rapport conclut que ces mesures sont inefficaces, car elles ont entraîné une baisse de 60 % des inscriptions d’étudiants internationaux.
De plus, elles ont créé des discriminations et complexifié les démarches administratives, comme en témoigne le cas d’un étudiant français confronté à un « imbroglio bureaucratique ».
Ces dysfonctionnements remettent en cause la réputation du Canada comme destination accueillante pour les jeunes étrangers, tout en illustrant les tensions entre ouverture économique et contrôle migratoire.
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