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Droit

ChapsVision, cette entreprise de logiciels française méconnue qui va remplacer l’américain Palantir à la DGSI

Le Monde : Libertés numériques · mis à jour 29 juin

La discrète société d’Olivier Dellenbach a remporté, mi-juin, un contrat-clé avec les services du renseignement intérieur français. Elle veut s’appuyer sur ce succès pour lever les doutes sur sa capacité à rivaliser avec le géant de l’analyse de données..

ChapsVision remplace Palantir

En juin 2026, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), service de renseignement français chargé de la lutte antiterroriste, a choisi l’entreprise française ChapsVision pour remplacer l’américain Palantir dans un contrat majeur d’analyse de données. Ce changement a été officiellement annoncé par le premier ministre Sébastien Lecornu le 16 juin 2026. Palantir, une entreprise américaine spécialisée dans le traitement de grandes quantités de données, était jusqu’alors le prestataire de ce service pour la DGSI. Le contrat remporté par ChapsVision porte sur l’analyse et le croisement de milliards de données, incluant des interceptions téléphoniques, des messages sur les réseaux sociaux, des localisations et des mouvements bancaires. Ces données sont utilisées pour prévenir des menaces terroristes.

Critères de sélection

Le choix de ChapsVision s’explique par deux critères principaux. D’abord, la nationalité française de l’entreprise était un critère essentiel, voire obligatoire, dans l’appel d’offres lancé par la DGSI fin 2021. Seules les entreprises françaises étaient autorisées à concourir, excluant ainsi Palantir. Ensuite, la technologie développée par ChapsVision a été jugée performante par la DGSI, comme l’a souligné Olivier Dellenbach, président de l’entreprise, lors d’une interview au Monde. Cependant, Dellenbach a précisé que la souveraineté nationale n’était pas le seul motif de ce choix. Pour lui, la souveraineté signifie avant tout « avoir l’option de choisir », et non simplement être français. Le contrat a été attribué à ChapsVision deux semaines avant l’annonce publique, soit début juin 2026.

Contexte politique et économique

Ce contrat s’inscrit dans une volonté politique française de réduire les dépendances stratégiques dans le domaine du numérique, comme l’a déclaré le premier ministre Sébastien Lecornu. En choisissant une entreprise française, l’État cherche à éviter une nouvelle dépendance envers des acteurs étrangers, notamment américains. L’appel d’offres, lancé fin 2021, visait explicitement à faire émerger un logiciel français capable de traiter et d’analyser des données massives pour les services de renseignement. ChapsVision, dirigée par Silvano Sansoni, a été présentée comme une solution adaptée à ces besoins, notamment lors du salon VivaTech à Paris le 17 juin 2026, où Dellenbach a évoqué ce contrat.

Fonctionnement du logiciel

Le logiciel développé par ChapsVision permet de traiter et de croiser des milliards de données provenant de sources variées, comme les interceptions téléphoniques, les messageries instantanées, les réseaux sociaux, les données de localisation ou encore les mouvements bancaires. Ces données sont analysées en temps réel ou quasi réel pour identifier des schémas suspects ou des menaces potentielles. L’objectif est d’aider la DGSI à prévenir des actes terroristes en détectant des connexions entre des individus ou des groupes. Ce type de logiciel relève de ce qu’on appelle l’intelligence artificielle appliquée à la sécurité ou l’analyse prédictive, où des algorithmes identifient des tendances ou des anomalies dans des flux de données massifs.

Ce que ça pourrait changer

Olivier Dellenbach, président de ChapsVision, a réagi avec mesure à l’annonce de ce contrat, qualifiant cette victoire de « belle référence » sans pour autant la réduire à une question de souveraineté. Il a souligné que la technologie de son entreprise avait été déterminante dans le choix final. De son côté, le premier ministre Sébastien Lecornu a présenté cette décision comme une étape vers l’autonomie stratégique de la France dans le numérique. L’enjeu dépasse le simple remplacement d’un prestataire : il s’agit de renforcer les capacités françaises en matière de cybersécurité et d’analyse de données sensibles, tout en limitant les risques liés à la dépendance envers des entreprises étrangères.

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