Dépendant aux réseaux sociaux, un jeune Québécois crée une nouvelle plateforme

Après avoir souffert de dépendance, un jeune Québécois crée un réseau social sans algorithme.
Résumé
Dépendance aux réseaux sociaux
Alexis Bossé, un jeune Québécois étudiant en entrepreneuriat, a constaté qu’il passait un temps excessif sur les réseaux sociaux, ce qui affectait négativement sa motivation et son bien-être.
Il décrit un phénomène appelé scrolling (faire défiler sans but précis des contenus sur un écran), qui perturbe l’équilibre de la dopamine, une substance chimique du cerveau liée au plaisir.
Selon lui, cette pratique crée une dépendance où la seule satisfaction provient de la poursuite du défilement, au détriment d’autres activités.
En 2022-2023, l’Institut national de santé publique du Québec révèle que 25 % des élèves du secondaire passent plus de quatre heures par jour devant un écran pour des loisirs ou des communications, illustrant l’ampleur du phénomène dans la province.
Création de Lyvio
Face à cette situation, Alexis Bossé a développé Lyvio, une nouvelle plateforme de réseau social conçue pour limiter les effets négatifs des plateformes traditionnelles.
Lyvio se distingue par plusieurs caractéristiques : elle n’utilise pas d’algorithme pour suggérer du contenu, son fil d’actualité est limité (une fois que l’utilisateur a vu toutes les publications de ses amis, il n’y a plus rien à consulter), et elle n’affiche ni le nombre de likes (mentions j’aime) ni celui des abonnés.
De plus, la plateforme ne contient aucune publicité.
L’objectif est d’encourager les utilisateurs à quitter l’application après avoir consulté les contenus, favorisant ainsi un retour à des activités réelles.
Le lancement officiel de Lyvio est récent, et son créateur insiste sur son caractère expérimental et non lucratif pour l’instant.
Réactions d'experts
Laurence Grondin-Robillard, doctorante et professeure associée à l’École des médias de l’UQAM, qualifie Lyvio de positive alternative (alternative positive) face aux réseaux sociaux traditionnels.
Elle souligne que ces derniers posent deux problèmes majeurs : leur potentiel addictif et la comparaison sociale malsaine générée par des indicateurs comme le nombre de likes.
Cependant, elle interroge la capacité de Lyvio à attirer des utilisateurs actifs et son modèle économique.
Malgré ces questions, elle reconnaît l’initiative comme une réponse innovante aux excès des réseaux sociaux.
En 2023, le Canada étudie un projet de loi (C-34) visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, reflétant une prise de conscience croissante des risques liés à leur usage chez les jeunes.
Témoignages de jeunes
Plusieurs jeunes Québécois ont partagé leur rapport aux réseaux sociaux lors d’une enquête.
Kayla, 24 ans, estime passer environ six heures par jour à scroller (faire défiler des contenus sans but précis), souvent sans se souvenir de ce qu’elle a vu.
Lina, également 24 ans, consacre trois heures et demie par jour à ces plateformes, bien qu’elle tente de se limiter.
Lili-Rose, 20 ans, passe quatre heures par soirée sur Instagram à regarder des vidéos courtes.
Steph, 20 ans, a quant à lui supprimé les réseaux sociaux il y a deux ans, jugeant que les vidéos courtes en quantité infinie prennent une place excessive dans sa vie.
Tous ont exprimé un intérêt pour Lyvio, même Steph, malgré son rejet des réseaux sociaux traditionnels.
Contexte international
Le phénomène de dépendance aux écrans chez les jeunes n’est pas limité au Québec.
En juillet 2023, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a souligné que les enfants européens passent entre quatre et six heures par jour sur des écrans, ce qui équivaut à vingt années de leur vie.
Le lendemain, un groupe d’experts de l’Union européenne a recommandé de limiter l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes.
Peu après, la France a interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Ces mesures s’inscrivent dans un débat plus large sur la régulation des plateformes numériques, notamment en raison de leurs algorithmes conçus pour maximiser l’engagement, souvent au détriment du bien-être des utilisateurs.
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