Chine: l'IA détruit de plus en plus d'emplois et le gouvernement réagit timidement
En Chine, le déploiement massif de l'intelligence artificielle a bouleversé un marché du travail déjà fragile. Alors que des dizaines de millions de travailleurs ont dû quitter un emploi stable pour se tourner vers de petits boulots, le gouvernement prend de nouvelles directives centrées sur l'humain..
En Chine, l’introduction de robotaxis autonomes, comme ceux de la flotte Apollo Go développée par le géant Baidu, a provoqué des perturbations majeures pour les chauffeurs de taxi traditionnels. À Wuhan, une panne technique en mars 2026 a bloqué des véhicules pendant des heures, illustrant les risques de ces technologies. Yao Xinnong, chauffeur de 45 ans, a vu ses revenus chuter de 40% depuis le lancement d’Apollo Go en 2022. Ces véhicules, équipés d’intelligence artificielle (IA), analysent leur environnement en temps réel pour se déplacer sans conducteur, réduisant ainsi le besoin en main-d’œuvre humaine. Les chauffeurs, souvent précaires, subissent une concurrence directe, ce qui a provoqué des tensions sociales et des manifestations, rapidement censurées par les autorités.
La Chine fait face à un marché du travail déjà fragile, avec un taux de chômage élevé et une montée des emplois précaires. En 2026, 320 millions de personnes (soit 44% de la population active) occupent un emploi flexible, contre 160 millions en 2019. Cette précarisation s’explique par la disparition d’emplois stables dans des secteurs comme l’immobilier ou l’éducation, poussant les travailleurs vers des métiers moins protégés, comme les VTC. L’IA accélère cette tendance en automatisant des tâches autrefois réservées aux humains, réduisant les opportunités pour les travailleurs peu qualifiés ou indépendants. Le gouvernement chinois, bien que conscient des enjeux, peine à proposer des solutions efficaces pour protéger ces emplois.
Face à la colère des travailleurs et aux manifestations réprimées, le gouvernement chinois a commencé à ajuster sa position sur l’IA. En 2026, un éditorial du quotidien officiel Workers’ Daily a reconnu que l’IA posait de nouveaux défis pour les droits des travailleurs. Selina Xu, analyste spécialisée dans le secteur technologique, parle d’un changement d’orientation de Pékin, qui met désormais l’accent sur l’IA comme outil de création d’emplois et de développement centré sur l’humain. Des décisions de justice ont même accordé des indemnités à des employés licenciés au profit de l’IA. Cependant, ces mesures restent limitées et tardives pour beaucoup, comme Tian Zemin, directeur de la photographie à Pékin, remplacé par un logiciel après vingt ans de carrière.
L’IA ne menace pas seulement les emplois manuels ou logistiques, mais aussi les métiers créatifs. Tian Zemin, directeur de la photographie, a vu ses tarifs chuter de **plus de 40%** en six ans. Il explique que l’IA, capable de générer des *clones numériques* réalistes, peut désormais produire des avatars ou des visuels de qualité professionnelle. En un an, la technologie est passée de créations grossières à des résultats convaincants, capables de porter un long-métrage. Pour les professionnels comme lui, l’adaptation est difficile : les créneaux où l’humain reste indispensable se réduisent. Les analystes estiment que la Chine, grâce à son contrôle sur le secteur privé, pourrait imposer des quotas d’embauche pour limiter l’impact de l’IA, mais ces mesures arrivent souvent trop tard pour les travailleurs déjà remplacés.

