L’humour raciste existe – à propos d’une image publiée dans Charlie Hebdo
La caricature de Rokhaya Diallo en Josephine Baker ceinturée de bananes, parue dans un hors-série de Charlie Hebdo, accuse la journaliste noire de faire partie des « fossoyeurs de la laïcité » à la française. Mais par cette reprise d’un stéréotype misogyne emprunté au temps de l’expansion coloniale se révèlent la passion triste qu’est le racisme et l’échec idéologique qu’est le sarcasme en bande organisée. Rediffusion d’un article du 5 janvier 2026. L’article L’humour raciste existe – à propos d’une image publiée dans <i>Charlie Hebdo</i> est apparu en premier sur AOC media - Analyse Opinion Critique.
Résumé
Image raciste dans Charlie Hebdo
Une caricature publiée dans un hors-série de Charlie Hebdo représente la journaliste Rokhaya Diallo sous les traits de Joséphine Baker, entourée de bananes.
Ce dessin, signé Riss, vise à l’associer aux « fossoyeurs de la laïcité » à la française.
L’image s’inspire d’un stéréotype raciste et misogyne datant de l’époque coloniale, où les personnes noires étaient souvent représentées de manière dégradante, notamment à travers des comparaisons avec des animaux ou des fruits.
Ce type de caricature, bien que présenté sous couvert d’humour, repose sur des schémas visuels et idéologiques que l’on croyait abandonnés.
L’auteure, Anne Lafont, historienne de l’art, souligne que cette image donne une forme visible à une agressivité latente et réactive des représentations racistes dans l’espace public.
Espace public et racisme
L’article rappelle que l’espace public est considéré comme un bien commun, devant être exempt de toute intention avilissante envers une partie de la population.
La loi française de 1881 sur la liberté de la presse vise précisément à garantir cette sécurité civique et à empêcher les discours racistes, même implicites ou indirects.
Cependant, cette caricature montre que des représentations racistes peuvent encore circuler publiquement, malgré un consensus général sur leur inacceptabilité.
L’auteure interroge ainsi la notion de « on » : qui est ce collectif qui pensait avoir aboli ces caricatures ?
Elle souligne que, bien que ces images ne soient plus tolérées ouvertement, elles persistent sous des formes détournées ou assumées, remettant en cause l’idée d’un espace public neutre et inclusif.
Légalité et recours possibles
La question de la légalité de cette caricature se pose, notamment si Rokhaya Diallo ou des associations de lutte contre le racisme décident de porter plainte.
L’auteure estime que, sur le plan des images, cette caricature relève clairement de l’idéologie raciste, car elle reprend des codes visuels et symboliques associés à des périodes historiques de domination coloniale.
Elle établit un parallèle avec d’autres cas similaires, comme un dessin de Charb en 2013 représentant Christiane Taubira, alors ministre de la Justice, avec un corps de singe, ou un roman graphique de Valeurs actuelles en 2020 réduisant la députée Danièle Obono à une esclave africaine.
Ces exemples illustrent une continuité dans l’utilisation de stéréotypes racistes dans la caricature, malgré les évolutions sociétales.
Origines historiques des stéréotypes
Les stéréotypes racistes utilisés dans ces caricatures trouvent leurs racines dans l’imagerie coloniale et les théories raciales qui se sont développées à l’ombre des Lumières.
À cette époque, des représentations bestialisantes (comparaisons avec des animaux, des fruits ou des objets) servaient à justifier la domination des puissances européennes sur les populations colonisées.
Ces images, bien que produites dans un contexte intellectuel spécifique, ont laissé des traces durables dans l’imaginaire collectif.
L’auteure souligne que, malgré leur condamnation théorique, ces schémas visuels continuent d’être mobilisés, parfois de manière inconsciente, dans des contextes modernes, révélant ainsi la persistance de ces idéologies.
Rôle de l’humour et échec idéologique
L’article analyse l’humour comme un outil ambivalent : il peut servir à dénoncer des injustices, mais aussi à renforcer des stéréotypes.
Dans le cas de cette caricature, l’humour est utilisé pour discréditer Rokhaya Diallo, mais il repose sur des représentations racistes qui sapent son propre objectif.
L’auteure parle de « passion triste » pour décrire le racisme, une émotion qui mêle agressivité et frustration, et de « sarcasme en bande organisée » pour critiquer l’usage collectif de ce type d’humour, qui échoue à atteindre son but idéologique.
Elle suggère que ces représentations, loin de convaincre, révèlent plutôt l’incapacité de leurs auteurs à proposer un discours alternatif cohérent.
Commentaires (0)
Connecte-toi pour commenter
Se connecterAucun commentaire pour le moment.
Découvre plus de contenu sur Napseflow


