L’administration Trump est en train de faire plier l’Université américaine
Selon l’ancien directeur de la Yale Law School, un règlement passé inaperçu en Europe donne à la Maison-Blanche un levier sur la science américaine. L’article L’administration Trump est en train de faire plier l’Université américaine est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’administration Trump a modifié en profondeur un texte réglementaire appelé la Uniform Guidance, qui encadre depuis 2013 l’attribution des financements fédéraux aux universités américaines. Ce changement, entré en vigueur le 1er octobre 2026, transforme un simple guide en une règle contraignante pour toutes les agences fédérales. Désormais, les subventions ne sont plus attribuées uniquement sur la base du mérite scientifique, mais doivent être soumises à un examen préalable par des responsables politiques seniors. Ces derniers vérifient si les projets financés font avancer les priorités politiques du Président. Les évaluations par les pairs, autrefois déterminantes, deviennent consultatives et ne sont plus automatiquement suivies. Ce texte, publié au Federal Register le 29 mai 2026, a été cosigné par une quarantaine d’agences fédérales et s’appuie sur le décret présidentiel 14332 signé par Donald Trump le 7 août 2025.
L’Office of Management and Budget (OMB), un bureau de la Maison-Blanche chargé d’élaborer le budget fédéral, joue un rôle central dans cette réforme. Traditionnellement, les financements fédéraux pour la recherche étaient attribués par des experts indépendants, garantissant une évaluation neutre des projets scientifiques. L’OMB inverse ce principe en donnant aux responsables politiques le pouvoir de bloquer ou d’approuver les subventions selon des critères politiques. Cette approche rappelle le contrôle exercé par Joseph Staline sur la science soviétique, où les priorités politiques primaient sur l’expertise. L’article souligne que cette ingérence pourrait avoir des conséquences désastreuses, comme un ralentissement du développement scientifique et technologique américain, ainsi qu’une soumission des universités à l’administration Trump.
L’administration Trump utilise les financements fédéraux comme un levier pour faire plier les universités. En 2025, elle a accusé certaines universités, comme Columbia, d’antisémitisme pour justifier des coupes budgétaires, exigeant des concessions sans lien avec ces accusations. En 2026, elle cible Yale en l’accusant de discrimination raciale dans ses admissions, en s’appuyant sur un mémorandum controversé de l’ancienne procureure générale Pam Bondi, daté du 29 juillet 2025. Ce mémorandum interprète de manière extrême l’arrêt Students for Fair Admissions v. Harvard de 2023, qui avait interdit la discrimination positive. Il interdirait notamment aux universités de prendre en compte les essais personnels des candidats décrivant les obstacles surmontés, une pratique pourtant autorisée par la Cour suprême.
Sous cette pression, Yale a accepté de négocier avec le ministère de la Justice un droit de regard sur ses admissions dans son college, son école de médecine et sa faculté de droit. Cette décision, qualifiée de « pratique courante » par la présidente de Yale, Maurie McInnis, est en réalité une capitulation face à une administration qui utilise des accusations juridiquement faibles pour imposer sa volonté. L’université craint notamment la perte des financements fédéraux pour sa faculté de médecine, dont la survie dépend en grande partie de ces subventions. Le cabinet McGuireWoods, connu pour son rôle controversé dans des négociations similaires, a été engagé pour représenter Yale dans ces discussions.
Si Yale cède, cela pourrait inciter d’autres universités à plier face aux pressions de l’administration Trump. Le risque est que les établissements de recherche ordinaires, moins bien dotés que Yale, n’aient plus les moyens de résister. L’article souligne que cette stratégie repose sur la peur des universités de perdre des financements fédéraux essentiels à leur fonctionnement. Par exemple, l’école de médecine de Yale pourrait ne pas survivre sans les revenus de la recherche financée par l’État fédéral. Cette situation crée un climat de terreur où les universités préfèrent négocier plutôt que de défier ouvertement l’administration, même lorsque les accusations portées contre elles sont juridiquement fragiles.
L’article s’étonne du peu de résistance aux États-Unis face à cette offensive contre les universités et la recherche scientifique. Traditionnellement, les universités américaines ont été un moteur de la prospérité du pays depuis 1945, grâce à un système de financement fédéral basé sur le mérite scientifique. Pourtant, l’administration Trump semble pouvoir agir sans rencontrer d’opposition significative, ni devant les tribunaux, ni au Congrès, ni dans l’arène politique. Les États-Unis sont décrits comme une *nation tribale*, où un camp politique semble prêt à sacrifier des ressources nationales essentielles, comme la recherche scientifique ou la lutte contre le changement climatique, pour imposer sa vision. L’article appelle à une opposition plus forte, notamment pour éviter un affaiblissement durable des capacités technologiques et administratives du pays.

