La mythologie chinoise 4/10 : Le dragon, symbole des empereurs et de la Chine
Aujourd'hui, partons à la découverte du dragon, totem des empereurs et symbole de la Chine. De la dynastie des Shang aux paroles d'une chanson taïwanaise reprise par Xi Jinping, de la peinture lettrée à Bruce Lee, retour sur la longue histoire d'un mythe que les pouvoirs n'ont cessé de convoquer.
Résumé
Origines anciennes du dragon
Le dragon chinois plonge ses racines dans la préhistoire, bien avant son association avec le pouvoir impérial.
Dès la culture de Hongshan (entre 4700 et 2900 avant notre ère), des artefacts comme les cochons-dragons en jade, liés à des cultes de fertilité, témoignent de son importance.
Sous la dynastie des Shang (1600-1100 av.
J.-C.), il prend forme définitive, notamment dans l'écriture jiǎgǔwén (inscriptions sur os et écaille de tortue utilisées pour la divination).
Ces textes révèlent 268 graphies différentes et 12 caractères contenant le radical du dragon.
Le dragon y est déjà une créature ambivalente, à la fois bienfaisante et source de désastres, reflétant les forces de la nature comme la pluie ou les récoltes.
Dragon, chimère symbolique
Le dragon chinois est une créature composite, fruit de l’assemblage de neuf animaux : tête de cheval, queue de serpent, cornes de cerf, yeux de démon, griffes d’aigle, etc.
Cette combinaison reflète le chiffre 9, considéré comme parfait et associé à l’empereur.
Sous les Han (206 av.
J.-C.
– 220 ap.
J.-C.), l’historien Wang Fu en livre une description canonique dans ses écrits.
Le dragon incarne ainsi l’unité et la puissance, mais aussi la diversité, car il puise dans les caractéristiques de multiples espèces animales.
Lien avec l’empereur
Dès le IIᵉ siècle av.
J.-C., le dragon devient un symbole impérial.
Le premier souverain à s’en réclamer est Liu Bang, fondateur des Han occidentaux, issu d’une famille modeste cherchant une légitimité divine.
Plus tard, la dynastie mongole des Yuan (1271-1368) réserve les dragons à cinq griffes à la cour royale, réservant les versions à trois ou quatre griffes au peuple.
En 1888, après les guerres de l’opium, l’impératrice douairière Cixi officialise un drapeau au dragon jaune, marquant l’identification de la Chine à cette créature.
Dans les années 1930, face à l’invasion japonaise, des intellectuels comme Chiang Fu-tsung en font un symbole de résistance nationale.
Dragon dans la culture populaire
En dehors du pouvoir, le dragon anime les récits populaires, les fêtes et les paysages.
Il est lié au feng shui (art chinois d’harmonisation des espaces), où il représente l’énergie vitale (qi) circulant dans les montagnes et les collines.
Les artères du dragon désignent ces courants d’énergie, essentiels dans la théorie des paysages.
Dans les contes et le théâtre, il incarne souvent un personnage comique ou critique, comme dans Xiyouji (Pèlerinage vers l’Ouest), où le roi dragon joue un rôle secondaire malgré son pouvoir.
Les courses de bateaux-dragons, célébrées lors du festival des bateaux-dragons, perpétuent cette tradition.
Dragon et soft power moderne
Après 1949, la République populaire de Chine rejette le dragon comme symbole féodal.
Son retour s’opère via la culture populaire : en 1978, la chanson Lóng de Chuánrén (Descendants du dragon), écrite à Taïwan par Hou Dejian, devient un hymne identitaire pour les Chinois, Taïwanais et Hongkongais.
En 1988, elle est reprise lors du gala du Nouvel An de CCTV, puis révisée en 1989 pour inclure toutes les ethnies chinoises.
En 2017, Xi Jinping cite la chanson lors d’un sommet avec Donald Trump, montrant l’influence de la culture populaire sur le discours politique.
Parallèlement, Bruce Lee, né en 1940 (année du dragon), incarne une autre facette du mythe : un symbole de résistance anti-coloniale, malgré son ambition hollywoodienne.
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