A Carcassonne, des syndicats délogés de locaux municipaux protestent contre le maire RN de la ville
Après une manifestation contre ses premières mesures, Christophe Barthès avait appelé la CGT, la FSU, SUD et la CFDT à restituer les bureaux qu’elles occupent dans le centre-ville. Ces organisations, qui veulent s’opposer en justice à la mesure d’expulsion, dénoncent une « atteinte à la liberté d’expression » et la « mauvaise foi politique » de l’élu..
Le 22 mars 2026, Christophe Barthès, membre du Rassemblement national (RN), a été élu maire de Carcassonne, une ville de 50 000 habitants située dans le département de l’Aude. Son élection marque un tournant politique dans cette commune, traditionnellement dirigée par d’autres partis. Dès sa prise de fonction, Barthès a mis en place plusieurs mesures controversées, comme le retrait du drapeau européen de la façade de la mairie ou la suppression d’une subvention municipale à la Ligue des droits de l’homme (LDH), en raison d’un désaccord juridique. Ces actions ont suscité des tensions avec certaines associations et organisations locales, notamment syndicales.
Depuis plusieurs années, quatre syndicats nationaux occupent gratuitement des locaux municipaux à Carcassonne : la CGT (Confédération générale du travail), la FSU (Fédération syndicale unitaire), SUD (Solidaires Unitaires Démocratiques) et la CFDT (Confédération française démocratique du travail). Ces locaux, situés à la Bourse du travail, servent de lieux de travail et d’accueil pour les salariés du privé et du public. Le 30 avril 2026, Christophe Barthès a exigé que ces syndicats quittent les locaux, les accusant de « profiter des largesses des contribuables » alors qu’ils s’opposent à ses politiques. Il a qualifié leur présence de « terminée » et a menacé de les expulser.
Le 13 mai 2026, environ 200 syndicalistes se sont rassemblés devant la Bourse du travail de Carcassonne pour protester contre la décision du maire. Parmi eux, Patrick Borde, cosecrétaire départemental de la FSU, a dénoncé une « atteinte à la liberté d’expression et de manifester ». Il a souligné que les locaux syndicaux sont des lieux d’intérêt général, dédiés à la défense des travailleurs. Les syndicats ont également exprimé leur inquiétude quant à l’évolution des libertés syndicales en France si des mesures similaires étaient généralisées, notamment en cas d’élection d’un candidat RN en 2027.
Christophe Barthès a justifié sa décision en affirmant respecter la liberté syndicale, mais en critiquant le fait que les syndicats « profitent des largesses de ceux que l’on dénigre ». Ancien agriculteur et ex-responsable du syndicat agricole Coordination rurale, il a également évoqué la nécessité de mettre fin à une situation qu’il juge déséquilibrée. Il a ajouté que les syndicats nationaux présents à Carcassonne s’opposent systématiquement à ses choix politiques, ce qui, selon lui, justifie leur expulsion des locaux municipaux.
Les syndicats concernés, rejoints par d’autres organisations comme FO (Force ouvrière), la CFE-CGC (Confédération française de l’encadrement - Confédération générale des cadres), l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) et SUD, ont dénoncé une « mauvaise foi politique » de la part de la municipalité RN. Dans une lettre adressée aux ministres de l’Intérieur et du Travail, ils ont rappelé que les Bourses du travail sont des lieux historiques de défense des travailleurs et que leur expulsion viole la convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de 1948. Ils ont demandé au gouvernement d’intervenir pour garantir le respect des libertés syndicales.
Les syndicats menacés d’expulsion ont annoncé leur intention de contester cette décision devant la justice. Ils estiment que la décision du maire de Carcassonne contrevient aux principes républicains et aux droits fondamentaux, notamment la liberté syndicale. Les organisations syndicales ont rappelé que, dans une démocratie, les syndicats ne doivent jamais être réduits au silence par le pouvoir politique. Cette affaire soulève des questions sur l’équilibre entre les prérogatives d’un maire et le respect des droits des travailleurs, dans un contexte où les tensions politiques locales pourraient préfigurer des débats nationaux.

