Soudan : la torture et les disparitions forcées se banalisent, dénoncent des enquêteurs de l’ONU
Au Soudan, la guerre s’enlise et les méthodes se durcissent : détentions arbitraires, torture, disparitions forcées deviennent des outils de contrôle de la population, alertent des enquêteurs indépendants de l’ONU. Alors que le conflit est entré dans sa quatrième année, la situation de protection d…
Résumé
Violations massives des droits
Un rapport de l’ONU publié en juin 2026 révèle que les forces armées soudanaises (SAF), les Forces de soutien rapide (FSR, un groupe paramilitaire) et leurs alliés commettent des violations graves et répétées du droit international des droits humains et du droit humanitaire au Soudan.
Ces crimes, qualifiés de crimes de guerre, pourraient aussi être considérés comme des crimes contre l’humanité selon les enquêteurs onusiens.
Le conflit, qui dure depuis plusieurs années, touche principalement les civils, qui subissent des attaques directes, des détentions arbitraires et un climat de peur permanent.
Ces abus ne sont pas des cas isolés, mais s’inscrivent dans une stratégie systématique de répression.
Le président de la Mission d’enquête de l’ONU, Mohamed Chande Othman, souligne que les civils paient le prix le plus lourd de ce conflit, avec des conditions de vie de plus en plus précaires.
Détentions arbitraires généralisées
Les enquêteurs de l’ONU constatent un recours systématique aux détentions massives et arbitraires par les SAF et les FSR.
Ces arrestations, souvent sans base légale ni contrôle judiciaire, ciblent des personnes suspectées de soutenir le camp adverse.
Les détenus sont privés de garanties de procédure, comme le droit à un avocat ou à un procès équitable.
Les conditions de détention sont décrites comme dures et inhumaines : surpopulation, manque de nourriture, d’eau potable, de soins médicaux et d’hygiène, ainsi que des risques élevés de maladies comme le choléra.
Certains détenus sont placés au secret, ce qui augmente le risque de disparitions forcées, où une personne est arrêtée puis niée par les autorités.
Ces pratiques visent des civils, mais aussi des journalistes, des humanitaires, des militants, des responsables religieux et des proches de combattants.
Loyauté imposée aux civils
Les enquêteurs onusiens rapportent que les civils sont de plus en plus contraints de prouver leur loyauté envers l’une des parties en conflit pour survivre.
Refuser de s’aligner peut entraîner des conséquences graves : détention prolongée, torture, disparition forcée ou mort.
Les déplacements entre zones contrôlées par les différentes factions exposent les civils à des arrestations arbitraires aux postes de contrôle, où ils risquent d’être accusés de collaboration avec l’ennemi.
Joy Ngozi Ezeilo, experte de la Mission, explique que cette pression pousse les civils à choisir un camp, même sous la contrainte, pour assurer leur sécurité, leur liberté ou leur survie économique.
Cette situation aggrave les tensions et fragilise davantage les populations déjà vulnérables.
Torture et extorsions systématiques
Les témoignages recueillis par les enquêteurs de l’ONU révèlent des cas de torture et de maltraitances infligés aux détenus par les SAF et les FSR.
Les méthodes incluent des électrocutions, des passages à tabac, des déshabillages forcés pendant les interrogatoires et des privations de soins.
Ces actes se produisent dans des centres officiels, des locaux de renseignement ou des lieux secrets, notamment à Port-Soudan pour les SAF, et dans des prisons comme celle de Soba à Khartoum ou de Nyala au Darfour-Sud.
En parallèle, les familles des détenus sont souvent victimes d’extorsion : elles doivent payer des sommes très élevées pour obtenir la libération de leurs proches, pouvant atteindre jusqu’à 25 millions de livres soudanaises, soit environ 40 000 dollars.
Ces pratiques aggravent la précarité des familles et alimentent un climat de terreur.
Impact économique et humanitaire
Les détentions arbitraires et les enlèvements ciblent particulièrement les commerçants traversant les lignes de front, ce qui fragilise les économies locales déjà fragiles.
Dans des zones comme El Fasher, Obeid, Dilling et Kadugli, ces pratiques aggravent l’insécurité alimentaire et rendent la vie quotidienne encore plus difficile pour les populations.
Les humanitaires et les journalistes sont également visés, ce qui limite l’accès à l’information et à l’aide humanitaire.
Les SAF, de leur côté, arrêtent des opposants, des avocats, des défenseurs des droits humains et des responsables religieux sous prétexte de liens avec les FSR.
Ces arrestations contribuent à un climat de répression généralisée, où la peur et l’insécurité dominent le quotidien des Soudanais.
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