Limiter l’accès, redessiner le tracé… En Corse, des pistes pour protéger le mythique GR20 du surtourisme et du changement climatique

Surfréquentation, incendies, érosion des sols, fortes chaleurs… Le GR20, célèbre sentier de randonnée corse, subit de nombreuses pressions. Pour préserver les écosystèmes fragiles qu’il traverse, scientifiques et gestionnaires appellent à instaurer des quotas. Lacez vos chaussures, on vous emmène.
Résumé
GR20 : un sentier mythique
Le GR20 est un sentier de grande randonnée emblématique en Corse, considéré comme l’un des parcours les plus exigeants d’Europe.
Long de 180 kilomètres, il traverse l’île du nord-ouest au sud-est avec un dénivelé cumulé de près de 12 000 mètres.
Balisé depuis 1970, il relie Calenzana à Conca et attire chaque année des milliers de randonneurs du monde entier.
Ce sentier est réputé pour ses paysages spectaculaires, mais aussi pour sa difficulté technique, ce qui en fait une destination prisée des passionnés de trek et de trail.
Cependant, sa popularité croissante pose des défis majeurs en termes de préservation de l’environnement et de gestion de la fréquentation.
Surtourisme et érosion
Le GR20 souffre d’une surfréquentation croissante, avec une augmentation constante du nombre de randonneurs.
En 2025, entre mai et octobre, le Parc naturel régional de Corse (PNRC) a enregistré 150 000 nuitées dans ses refuges, soit une hausse de 25 % par rapport à 2019, déjà une année record après la pandémie de Covid-19.
Cette affluence excessive entraîne une érosion des sentiers, notamment dans des zones fragiles comme la descente vers le lac de Nino, où les passages répétés des randonneurs ont creusé des sentes qui détruisent la végétation.
La faune et la flore locales, déjà menacées par le changement climatique, subissent également cette pression humaine.
Changement climatique en montagne
En Corse, les montagnes se réchauffent bien plus vite que le littoral.
Selon Antoine Orsini, hydrobiologiste à l’université de Corse, la température moyenne de l’air a augmenté de 1,4 °C au bord de la mer et de 5,2 °C à 2 000 mètres d’altitude en quarante ans.
En altitude, les températures peuvent dépasser 30 °C en été, et les lacs, comme celui de Melo, voient leur température de surface atteindre 21 °C, contre 17 °C il y a quarante ans.
Ces changements menacent directement les espèces endémiques, comme la truite corse (Salmo macrostigma), dont la limite de survie se situe autour de 20-21 °C.
En 2022, des centaines de poissons sont morts dans le lac de Nino en quelques jours.
Menaces sur les écosystèmes aquatiques
Les écosystèmes aquatiques du GR20 sont fragilisés par plusieurs facteurs.
Les fortes chaleurs et le piétinement des randonneurs assèchent les pozzini, des prairies tourbeuses caractéristiques de Corse, où l’eau s’évapore rapidement.
Les berges du lac de Nino, par exemple, sont érodées par le passage des humains et du bétail.
De plus, la baignade et la fréquentation des berges polluent l’eau via la crème solaire, l’urine et la sueur, qui apportent des chlorures favorisant l’eutrophisation.
Les organismes aquatiques, extrêmement sensibles, subissent un déséquilibre écologique qui se traduit par une prolifération d’algues.
Incendies et fermetures de sentiers
Les incendies aggravent la situation du GR20.
En juillet 2026, un incendie près d’Albertacce a forcé la fermeture d’une portion du sentier entre la station de ski de Haut Asco et le refuge de Ciuttulu di i Mori, bloquant 200 randonneurs au refuge de Tighjettu.
Cette interdiction, levée dix jours plus tard, illustre la vulnérabilité du parcours face aux risques climatiques.
Les fermetures perturbent non seulement les randonneurs, mais aussi l’économie locale, qui dépend à 39 % du tourisme selon l’Insee.
Certains se tournent alors vers d’autres itinéraires comme les mare a mare ou le sentier des douaniers du cap Corse.
Solutions envisagées
Pour limiter l’impact du surtourisme et du changement climatique, des solutions sont proposées.
Le PNRC encourage la réservation anticipée dans ses refuges via une plateforme en ligne, mais cette mesure ne suffit pas à réduire la fréquentation.
Antoine Orsini, hydrobiologiste, suggère de limiter l’accès au GR20 dans l’espace et dans le temps, par exemple en restreignant l’ouverture à trois mois par an (printemps et automne) pour éviter les périodes caniculaires.
Il propose aussi de redessiner le tracé pour l’éloigner des milieux aquatiques et des pozzini, et d’instaurer des quotas comme dans les calanques de Marseille.
Cependant, ces mesures restent difficiles à mettre en œuvre dans une île où le tourisme représente 39 % de l’économie.
Rôle et limites des acteurs
Le Parc naturel régional de Corse (PNRC) gère les douze refuges du GR20 et tente de réguler la fréquentation, mais il n’envisage pas pour l’instant de quotas.
Antoine Orsini, expert en hydrobiologie, plaide pour une prise de conscience des acteurs du tourisme : la dégradation de l’environnement menace à terme l’attractivité de la Corse.
Il souligne que sans action, la surfréquentation et le changement climatique pourraient « tuer la poule aux œufs d’or ».
Cependant, les solutions radicales se heurtent aux enjeux économiques locaux, où le tourisme joue un rôle central.
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