« L’Etat de droit résiste, mais de moins en moins » : les inquiétudes de Jérôme Karsenti, avocat historique d’Anticor
Dans son livre « Corruptions », l’avocat pénaliste spécialiste des affaires politico-financières décrit le délitement de l’Etat de droit, la montée du discours extrême dans l’espace public et s’inquiète d’une dérive de notre démocratie vers une société sécuritaire..
Jérôme Karsenti est un avocat français spécialisé dans la défense des droits fondamentaux et la lutte contre la corruption. Il est notamment connu pour être l’avocat historique de l’association Anticor, une organisation qui milite contre la corruption politique et administrative en France. Depuis des années, il intervient comme partie civile dans plusieurs affaires politico-financières majeures, comme le procès Chirac (emplois fictifs à la Ville de Paris), l’affaire des sondages de l’Élysée, l’affaire Bygmalion (dépenses illégales de campagne) ou encore le dossier Bolloré (corruption présumée liée aux ports africains). Il défend aussi des lanceurs d’alerte, des personnes qui révèlent des informations sur des actes illégaux ou immoraux dans leur milieu professionnel. Son expérience lui permet d’observer, selon ses propres mots, un affaiblissement progressif des institutions démocratiques en France.
L’État de droit désigne un système où les lois s’appliquent de manière égale à tous, y compris aux gouvernants, et où les institutions (justice, administration) fonctionnent de façon indépendante et transparente. Jérôme Karsenti alerte sur un délitement de cet État de droit en France, c’est-à-dire un affaiblissement progressif de ses fondements. Selon lui, cette dégradation serait accélérée par plusieurs facteurs, comme la peur du terrorisme islamiste, qui aurait pu justifier des mesures exceptionnelles réduisant les libertés individuelles, ou encore les fantasmes autour d’une immigration incontrôlée, qui alimentent des discours politiques polarisants. Il souligne aussi une tolérance accrue envers le discours de haine dans l’espace public, un phénomène qui menace les valeurs démocratiques. Ces éléments, combinés à des affaires de corruption, illustrent selon lui une démocratie française malade, où les mécanismes de contrôle et de responsabilité s’affaiblissent.
Le livre de Jérôme Karsenti, intitulé « Corruptions » (avec un s final), est une œuvre qui synthétise des années d’observation et d’engagement juridique. Le titre, volontairement trompeur selon l’avocat, ne se limite pas à la corruption au sens strict (abus de pouvoir pour un gain personnel), mais englobe aussi les dérives institutionnelles, les inégalités de traitement et les atteintes aux droits fondamentaux. L’ouvrage s’appuie sur des exemples concrets et des récits de vie pour illustrer ces problèmes, comme les affaires judiciaires qu’il a suivies ou les dossiers de discriminations et de violences policières qu’il a défendus. Le livre vise à montrer comment ces dysfonctionnements, souvent minimisés ou ignorés, sapent peu à peu la confiance des citoyens dans les institutions et dans la démocratie elle-même.
Jérôme Karsenti exprime une inquiétude quant à la capacité des *hommes et femmes politiques* à *soigner* la démocratie française. Il estime que les responsables politiques, au lieu de renforcer les garde-fous contre la corruption et les abus de pouvoir, contribuent parfois à les affaiblir, que ce soit par des lois controversées, des nominations discutables ou une tolérance envers les discours extrêmes. Son constat est sévère : peu de figures politiques semblent aujourd’hui en mesure de proposer des solutions durables pour restaurer la confiance dans les institutions. Cette situation, selon lui, risque d’aggraver la *crise de légitimité* des élites et des institutions, déjà fragilisées par des affaires répétées et une défiance croissante de la population envers les partis traditionnels.

