«Si c’est pour qu’il naisse sur une planète en guerre et en feu, ce n’est pas la peine» : elles voulaient un enfant, mais leur vie a basculé cet été

«2026, l’été de la bascule» (1/4). Elles et ils voulaient devenir parents ou avoir un nouvel enfant. Mais cet été infernal, annonciateur du climat qui vient, les en a dissuadé·es. Témoignages.
Résumé
Été 2026 : un choc climatique
L’été 2026 en France a été marqué par quatre canicules successives en mai, juin et juillet, accompagnées d’incendies et de sécheresses.
Les températures ont atteint des records, comme 38°C à Nevers, 37°C à Paris ou 36°C à Lyon.
Ces épisodes ont provoqué une prise de conscience brutale du changement climatique chez de nombreux Français.
Pour beaucoup, ces conditions extrêmes ont transformé leur vision de l’avenir, notamment concernant la parentalité.
Mathilde, 32 ans, diagnostiquée d’un cancer du sein en mars 2026, a refusé de congeler ses ovocytes en juin, estimant que mettre un enfant au monde dans un monde en crise était trop risqué.
Elle décrit sa chambre d’hôpital à 35-36°C, avec une fenêtre recouverte d’une couverture de survie (film réfléchissant utilisé en situation d’urgence pour limiter la perte de chaleur corporelle), comme un symbole de l’urgence climatique.
Doutes sur la parentalité
Plusieurs témoignages illustrent le bouleversement des projets parentaux.
Emma, 31 ans, habitant l’Isère, a vécu une sidération totale lors de la canicule de juin 2026 : les oiseaux ne chantaient plus, son potager ne produisait plus, et les pollinisateurs avaient disparu.
Elle s’interroge désormais sur la faisabilité d’élever un enfant dans un monde où l’eau et la nourriture pourraient manquer.
Émilie, 25 ans, ingénieure agronome en région parisienne, vit dans un logement mal isolé transformé en étuve pendant les vagues de chaleur.
Avant cet été, elle hésitait à se faire stériliser (ligature des trompes), une méthode définitive de contraception.
Elle a désormais perdu tout espoir et promet de ne pas utiliser de nouveau moyen de contraception réversible après l’expiration de son implant actuel, dans deux ans.
Impact sur les choix démographiques
L’inquiétude face à l’avenir climatique influence déjà les projets familiaux en France.
En 2024, l’Institut national d’études démographiques (Ined) a interrogé 12 800 personnes.
Une étude publiée en 2025 révèle que les Français·es très inquiets pour l’avenir souhaitent en moyenne 0,11 enfant de moins que les autres.
Le sociologue Milan Bouchet-Valat, co-auteur de l’étude, estime que les épisodes climatiques extrêmes comme les canicules pourraient renforcer cet effet.
Les témoignages recueillis par Vert montrent que certains renoncent définitivement à avoir des enfants, tandis que d’autres reportent leur décision, espérant un changement politique ou social.
Renoncement et regrets
Certaines personnes ayant déjà un enfant regrettent leur choix après l’été 2026.
Thomas, 30 ans, comptable près de Fontainebleau, affirme : *« Je regrette d’avoir fait un enfant dans ce monde.
J’aime ma fille, mais j’ai peur pour son avenir.
Je ne ferai pas de deuxième enfant.
» Léa, 30 ans, mère d’un enfant à Orléans, partage ce sentiment : « J’adorerais avoir un deuxième enfant, mais pourquoi mettre une personne supplémentaire sur cette Terre alors que celle-ci ne va pas bien ?
» Émilie, quant à elle, rejette toute responsabilité de mettre un enfant au monde dans un contexte qu’elle juge insoutenable, évoquant « des étés à 50°C, la violence du système capitaliste et des responsables politiques inactifs »*.
Conditions pour un changement
Les personnes interrogées conditionnent leur éventuel changement d’avis à des transformations profondes.
Léa cite la nécessité de « planter davantage d’arbres, d’écouter la société, de mettre la santé et les enfants au cœur des priorités ».
Émilie exige un « changement profond de système », critiquant le président Emmanuel Macron pour son appel au « réarmement démographique » (politique visant à augmenter le taux de natalité), qu’elle juge déconnecté de la réalité.
Emma, elle, garde un espoir politique : *« Si La France insoumise ou Les Écologistes arrivent au pouvoir en 2027, je pourrais revoir ma décision.
»* Elle attribue une part de responsabilité aux dirigeants actuels, accusés de ne pas agir suffisamment contre la crise écologique.
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