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«Ugly laws»: quand la législation des États-Unis stigmatisait les «moches»

Nicolas Méra· 5 juillet 2026

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, plusieurs villes américaines interdisaient la rue aux physiques jugés disgracieux. Simple délit de faciès? La réalité est un peu plus compliquée.

Résumé

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Origine des lois

En 1867, la ville de San Francisco (Californie) adopte la première ugly law, une ordonnance visant à interdire aux personnes présentant des difformités visibles de se montrer en public.

Le texte précise qu’il s’agit de toute personne atteinte d’une maladie, estropiée, mutilée ou difforme, au point de constituer un objet inesthétique ou répugnant.

Cette loi s’inscrit dans un contexte historique marqué par la fin de la guerre de Sécession (1861-1865), qui a laissé des milliers d’amputés et de blessés.

L’objectif affiché est de purifier les rues des mendiants exhibant leurs blessures pour susciter la compassion, perçus comme une honte pour la ville et une nuisance pour les passants.

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Expansion géographique

Après San Francisco, d’autres grandes villes américaines adoptent des lois similaires, comme Portland (Oregon), Chicago (Illinois), Denver (Colorado) ou La Nouvelle-Orléans (Louisiane).

Ces ordonnances s’ajoutent à d’autres mesures urbaines, comme l’interdiction de proférer des insanités ou de tirer sur son voisin.

À Chicago, la loi est justifiée par le fait que les mendiants atteints de difformités constituent une honte pour la ville, une nuisance pour les passants et une source de désagréments pour les commerces.

Ces mesures reflètent une volonté de nettoyer les espaces publics des personnes marginalisées, notamment les sans-abri et les personnes en situation de handicap.

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Applications et peines

Les ugly laws servent principalement de mesure antimendicité.

Entre les années 1870 et 1970, plusieurs milliers d’arrestations sont recensées dans les grandes métropoles.

À Chicago, les personnes interpellées sont souvent poussées, traînées, voire transportées en brouette jusqu’au poste de police.

Les peines encourues varient de simples remontrances à des peines de prison de plusieurs mois.

Une fois libérées, certaines personnes sont envoyées dans des hospices ou des asiles.

Ces lois ciblent particulièrement les minorités raciales, renforçant une logique de purification urbaine et ethnique.

4

Contexte eugéniste

Les ugly laws s’inscrivent dans un contexte plus large de politiques eugénistes aux États-Unis.

À la même époque, le gouvernement américain finance un programme de stérilisation forcée qui touche environ 70 000 personnes, majoritairement des migrants ou des personnes racisées.

Ces politiques visent à éliminer les traits jugés indésirables de la population.

Les ugly laws participent de cette logique en marginalisant les personnes en situation de handicap ou de difformité, plutôt que de les intégrer.

Chicago abroge sa loi en 1974, la qualifiant de cruelle et insensible, après près d’un siècle d’application.

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Fin et héritage

En 1974, un policier d’Omaha (Nebraska) tente d’appliquer une ugly law obsolète pour verbaliser un sans-abri présentant des cicatrices visibles.

L’affaire est portée devant les tribunaux, mais le procureur reconnaît que la loi reste active tout en estimant que l’accusé ne remplit pas les critères.

Le tribunal souligne l’impossibilité de définir objectivement ce qui est moche, ce qui conduit à la relaxe de l’accusé.

Cette affaire relance le débat sur ces lois et contribue à leur disparition.

En 1990, la loi ADA (Americans with Disabilities Act) marque une avancée majeure en autorisant enfin les personnes en situation de handicap à occuper l’espace public sans discrimination.

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Actualité du sujet

Malgré l’abrogation des ugly laws et l’adoption de l’ADA, la marginalisation des personnes en situation d’itinérance ou de handicap reste un enjeu actuel aux États-Unis.

Les politiques de stérilisation forcée, bien que moins systématiques, persistent dans certains États.

Par ailleurs, la précarité grandissante et les inégalités sociales continuent de nourrir des formes de rejet envers les populations marginalisées.

Les ugly laws illustrent ainsi une période où la différence physique était criminalisée, reflétant des normes sociales et des politiques publiques aujourd’hui largement remises en question.

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