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Pourquoi Ceuta n’est pas une crise migratoire pour l’Europe

Louis Puel· 31 juillet 2026
Pourquoi Ceuta n’est pas une crise migratoire pour l’Europe

Pour l’auteur de De l'immigration en France (Grasset, 2026), les images spectaculaires qui ont envahi nos écrans ne confirment aucunement le récit de la submersion. L’article Pourquoi Ceuta n’est pas une crise migratoire pour l’Europe est apparu en premier sur Le Grand Continent.

Résumé

1

Ceuta, une exception européenne

Ceuta est une ville espagnole située sur le continent africain, faisant partie de l’Union européenne et de l’espace Schengen.

Elle partage une frontière terrestre avec le Maroc, ce qui en fait la seule frontière de ce type entre l’UE et l’Afrique.

Contrairement aux autres territoires européens, comme les départements français d’outre-mer, Ceuta et sa voisine Melilla sont des exclaves soumises à des contrôles d’identité et de documents sur les liaisons maritimes et aériennes avec l’Espagne.

Cette situation géopolitique unique s’explique par l’histoire coloniale : l’Espagne a conservé ces villes après la décolonisation du nord du Maroc.

La frontière terrestre, contrairement à une frontière maritime, est plus difficile à contrôler car elle peut être franchie à pied, ce qui explique les tensions récurrentes.

2

Une crise géopolitique structurelle

La crise actuelle à Ceuta, avec entre 40 000 et 50 000 arrivées de migrants en quelques jours et au moins 19 morts, n’est pas une surprise selon l’auteur.

Elle s’inscrit dans une logique géopolitique structurelle : tant que l’Espagne conservera ces territoires contestés, des flux migratoires importants se produiront régulièrement.

Le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla, bien que l’Espagne et le Maroc coopèrent sur le plan diplomatique.

Cette coopération ne suffit pas à endiguer les aspirations migratoires d’une partie de la population africaine.

L’auteur souligne que cette situation ne reflète pas la gestion ordinaire des flux migratoires en Europe, où le système de contrôle fonctionne globalement bien.

3

Des flux migratoires maîtrisés en Europe

L’auteur conteste l’idée d’une submersion migratoire en Europe, alimentée par des images spectaculaires comme celle de Ceuta.

En 2025, Frontex, l’agence européenne de garde-frontières, a recensé environ 178 000 franchissements irréguliers aux frontières extérieures de l’UE, soit le niveau le plus bas depuis 2021.

Les 40 000 entrées à Ceuta en un jour représentent donc une exception, liée à la configuration géopolitique particulière de cette frontière.

Pour l’auteur, les flux migratoires en Europe sont plutôt bien maîtrisés, même si des améliorations sont possibles.

Il rappelle que le respect des droits humains, notamment la Convention européenne des droits de l’homme, reste une limite absolue pour l’UE.

4

Le Maroc et l’Espagne en coopération

Contrairement à ce que certains pourraient penser, la crise de Ceuta n’est pas une réponse du Maroc à la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Alger le 20 juillet 2026.

Cette visite, qui a marqué la réconciliation entre l’Espagne et l’Algérie, n’a pas provoqué de réaction négative du Maroc.

L’auteur estime que cette interprétation, basée sur des spéculations, est invraisemblable, d’autant que la crise est survenue un jour férié au Maroc, la fête du Trône, ce qui rend peu probable une orchestration par les autorités.

Les migrants arrivés à Ceuta sont majoritairement des Marocains, souvent des jeunes diplômés sans emploi, prêts à payer des passeurs pour tenter leur chance en Europe.

5

Une régularisation espagnole controversée

Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a mis en place début 2026 un décret prévoyant une régularisation extraordinaire pour environ 500 000 étrangers en situation irrégulière.

Ce décret, combiné à un arrêt du Tribunal suprême espagnol du 8 juillet 2026, a pu encourager les arrivées à Ceuta.

L’arrêt stipule qu’aucun renvoi automatique n’est possible et que chaque situation doit être examinée individuellement.

Les images de jeunes hommes nageant vers Ceuta ont été largement relayées sur les réseaux sociaux, donnant l’impression que c’était le moment idéal pour tenter l’aventure.

Les passeurs et trafiquants des deux pays ont pu faciliter ces arrivées, profitant des règles fiscales avantageuses de Ceuta, une zone franche où la TVA ne s’applique pas.

6

Absurdité des règles européennes

L’auteur souligne une absurdité dans la gestion de Ceuta : ces territoires, bien que faisant partie de l’espace Schengen, bénéficient de règles migratoires différentes de celles du reste de l’Europe.

Par exemple, les demandes d’asile et de titre de séjour pourraient être traitées directement à Ceuta plutôt qu’à la frontière espagnole.

L’installation de dispositifs dissuasifs pour empêcher les traversées maritimes, autorisée par le jugement du Tribunal suprême espagnol, devrait être renforcée avec le soutien de l’UE.

L’Europe pourrait exiger de l’Espagne que ces territoires appliquent des règles migratoires aussi strictes que le reste du continent, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

7

Pressions internationales et instrumentalisation

L’administration américaine de Donald Trump a récemment exprimé son soutien à une cession de Ceuta et Melilla au Maroc, qualifiant ces villes de territoires marocains.

Un rapport du Comité des crédits de la Chambre des représentants a même encouragé un dialogue diplomatique entre les deux pays sur leur statut futur.

Cependant, l’auteur estime que cette pression américaine n’a pas influencé la crise actuelle.

Le Maroc, qui cherche à améliorer son image internationale, n’a aucun intérêt à orchestrer une crise frontalière avec l’Espagne.

En revanche, certains adversaires politiques de l’Espagne, comme l’ambassadeur israélien Danny Danon, ont saisi l’occasion pour critiquer la présence espagnole à Ceuta, la qualifiant de relique coloniale.

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