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Droit

Aide à mourir : « Sous couvert de progressisme, ce texte est rupture d’égalité

Le Monde : Fin de vie · mis à jour 25 juin

Dans une tribune au « Monde », trois élus de gauche expliquent les raisons de leur opposition à la proposition de loi créant un droit à l’aide active à mourir, qui doit faire l’objet d’un vote solennel, mardi, à l’Assemblée..

Devise républicaine

La devise Liberté, Égalité, Fraternité incarne les valeurs fondamentales de la Révolution française de 1789. Ces trois principes, formulés de manière concise, sont considérés comme intemporels et universels. Chaque génération est invitée à en interpréter le sens et à en appliquer les principes dans son contexte historique. Dans cet article, l'auteur souligne que la gauche politique doit aujourd'hui articuler ces trois concepts pour aborder le débat législatif sur la fin de vie, notamment la question de l'aide à mourir. La sobriété de l'énoncé de la devise reflète sa capacité à transcender les époques et les cultures.

Débat législatif

Le texte législatif sur l'aide à mourir est présenté comme une rupture d'égalité et une illusion de liberté par ses détracteurs. L'auteur, qui s'exprime depuis une perspective de gauche, critique cette loi en s'appuyant sur des traditions philosophiques humanistes. Parmi les penseurs cités figurent Léon Bourgeois (1851-1925), défenseur du solidarisme, une doctrine qui met l'accent sur les interdépendances sociales et la responsabilité collective. Emmanuel Mounier (1905-1950), fondateur du personnalisme, insiste sur la dignité de la personne humaine. Karl Marx (1818-1883) et son matérialisme historique sont également mobilisés pour souligner l'importance des conditions matérielles dans la liberté individuelle. Enfin, Ivan Illich (1926-2002) apporte une vision écologique, critiquant une société qui instrumentalise la vie et la mort.

Fraternitaires vs libéraux

Au milieu du XIXe siècle, sous la IIe République (1848-1852), un débat politique oppose deux courants idéologiques : les fraternitaires et les libéraux. Les fraternitaires, représentés par Constantin Pecqueur (1801-1887), défendent une vision de la République sociale. Pecqueur rejette la conception libérale de la liberté, qu'il juge négative car elle ignore les interdépendances entre les individus. Pour lui, la liberté ne peut exister sans une fraternité active, qui se traduit par des droits et des devoirs réciproques. Il affirme que l'individu ne s'appartient pas entièrement, car il est lié à ses semblables par des obligations mutuelles. Ce courant s'oppose à une vision individualiste de la société, où la liberté serait absolue et sans limites.

Trois principes clés

Constantin Pecqueur développe trois principes fondamentaux pour comprendre sa vision de la liberté et de la fraternité. Premièrement, il affirme que l'individu ne s'appartient pas entièrement : ses droits s'accompagnent de devoirs envers les autres, et cette interdépendance est essentielle pour éviter l'esclavage. Deuxièmement, il défend l'intervention de l'État et des institutions sociales pour garantir cette solidarité. Selon lui, le droit et la justice, définis par chaque société, doivent fixer les limites de la liberté privée. Enfin, il souligne que l'égalité devant la loi ne suffit pas à garantir une liberté réelle pour tous. Pour Pecqueur, une véritable liberté nécessite une égalité des conditions matérielles, c'est-à-dire un accès équitable aux ressources et aux opportunités pour chaque individu.

Ce que ça pourrait changer

Le débat sur la fin de vie s'inscrit dans un contexte historique précis, celui de la IIe République française (1848-1852). Cette période est marquée par un mouvement intellectuel et politique visant à promouvoir une République sociale. Parmi les initiatives de l'époque figure la création de la *commission du Luxembourg*, chargée d'étudier la question du travail et des conditions de vie des ouvriers. Par ailleurs, des projets comme l'*Encyclopédie nouvelle* reflètent cette volonté de repenser la société sur des bases plus justes et solidaires. Ces initiatives illustrent l'opposition entre deux visions de la liberté : une vision libérale, centrée sur l'individu et ses droits, et une vision fraternitaire, qui insiste sur les devoirs collectifs et la solidarité.

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